L’agriculture haïtienne à l’épreuve du Covid-19 : l’avenir en face

Publié le 2020-05-05 | Le Nouvelliste

En mai 2017 le président de la République Jovenel Moïse a lancé la Caravane du changement dont certaines de ses priorités sont de satisfaire les besoins des ménages ruraux et combattre l’insécurité alimentaire. Malheureusement cette caravane n’a pas pu atteindre ses objectifs, si et seulement si l'on se réfère aux données de la FAO de mars 2020 où 4,1 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire. La Caravane du changement tout comme les programmes de développement rural intégré se sont heurtés aux problèmes suivants : environnement de politique défavorable, manque d’engagement des pouvoirs publics, absence de technologie adaptée, négligence du développement institutionnel, manque de participation des bénéficiaires, problème de coordination.

En dépit de tout, cet échec peut nous aider à mieux élaborer des politiques agricoles viables vecteur de changement socio-économique. Comme dit l’autre on voit mieux certaines choses avec des yeux qui ont déjà pleuré, c’est le cas de la crise de 1929 qui a permis aux Américains d’instaurer le « Big Government » en guise de réponse. Le devoir nous revient de tirer profit de nos problèmes. Nul ne doute que le secteur agricole représentant 23% du PIB national est un pilier économique globale du pays, les paysans haïtiens avec leurs faibles moyens de production couvrent 45% de la demande en consommation alimentaire du pays.

Au temps de Covid-19 où l’insécurité alimentaire frappe nos portes et où les pays qui approvisionnaient Haïti ferment leurs frontières et stockent leurs denrées afin de s’alimenter, si cette situation persiste et on ne sait pas pour combien de temps, elle nous conduira vers une faim aiguë et/ou chronique. Du coup, on aura une population scindée ainsi : une partie qui a du pouvoir d’achat (argent) qui ne peut pas s’approvisionner car il y a raréfaction des denrées qui devraient être disponibles sur le marché, une partie qui déjà n’avait pas de pouvoir d’achat et était classée en situation d’insécurité alimentaire et une autre franche qui exercera une pression sur les ressources disponibles qui va conduire à l’augmentation des prix. Imbu du danger potentiel que représente la faim, l’urgence de proposer certains éléments de solutions pouvant remédier à la situation parait un engagement citoyen responsable.

Il existe environ un million d’exploitants agricoles dans le pays et le secteur agricole couvre 60% de la population active (MARNDR, 2010). On admet que ces chiffres prouvent qu’Haïti est sous développée car l’une des fonctions primordiales de l’agriculture c’est la fonction de transfert, qui implique une diminution de la main-d’œuvre agricole par la mécanisation en transférant ces employés vers le secteur secondaire (industrie). En effet, les exploitations agricoles sont caractérisées par un faible accès aux moyens de production et elles sont tributaires à 90 % de la pluviométrie alors que 10% des parcelles sont dans les périmètres irrigués qui font face aux problèmes d’approvisionnement en eau et à l’ensablement des canaux d’irrigation et ces dernières sont généralement constituées de plusieurs parcelles (2 ou 3 en moyenne) de taille réduite (0,62ha/parcelle en moyenne). Cette situation détruit la logique de la production à échelle et affaiblit du même coup la production globale.

En se référant aux causes de l’échec de la Caravane du changement et des programmes de développement rural intégré, l’État central doit favoriser le développement institutionnel, en renforçant la capacité des Bureaux agricoles communales (BAC) en mettant disponibles les ressources humaines, financières, logistiques nécessaires. Ainsi les BAC vont procéder à la formation des « Unités de production agricoles » en lieu et place des associations planteurs et/ou paysannes enclavées par des polémiques sociales multiples. Cette démarche va permettre à l’État à travers les BAC de concert avec les unités de production agricoles de fixer des objectifs précis de production suivant des potentialités agro-écologiques des milieux de production afin d’éviter le problème de complexité et de coordination.

Outre de ces décisions, la productivité du travail, et des sols doivent être améliorés, notamment par l’irrigation maitrisée, la mécanisation, la restauration des terres dégradées, et la gestion de la fertilité des sols en privilégiant les pratiques agro écologiques. Ensuite, l’engagement des pouvoirs publics engagera le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), le Ministère des Affaires Étrangères et des Cultes (MAEC), le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), le ministère de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), car on doit orienter l’aide étrangère et les actions des organisations non gouvernementales (ONG) vers les objectifs de production précis établis entre l’État et les unités de production agricoles. La construction de routes intercommunales et agricoles pouvant faciliter le déversement des denrées agricoles sur le marché, inciter la création de nouvelles entreprises agricoles à travers des programmes viables d’augmentation de la production animale spécifiquement la production avicole et le renforcement de la pêche.

Au fait, la technologie adaptée concernera la recherche agricole efficace et efficiente, la mise en place des mécanismes pouvant réduire les pertes post récoltes qui s’estiment à 40%, cette situation diminue le revenu des paysans et aussi l’offre alimentaire local. De même, un environnement de politique favorable requiert la participation de tous les acteurs politiques et de la société civile, les chiffres de la FAO nous montrent que les personnes en situation d’insécurité alimentaire ont passées de 2,6 millions en décembre 2018 à 3,7 millions en décembre 2019 et 4,1 millions en mars 2020, le phénomène «peyi lòk» en est pour beaucoup.

Comme Demesvar Delorme, le moyen de tout sauver à cette heurre critique, c’est celui dont j’ai souvent parlé dans le cours de ces réflexions : il n’y en pas d’autre, il n’y en a pas deux, c’est de relever en hâte notre production agricole. Si nous faisons cela, nous aurons le temps de tout sauver.

Agronome Manassé Samedy Devert Email : manasse.devert@gmail.com Tel : 50933770693/50937192892 Auteur

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