« Rasenbleman », un appel à l’unité de Zing Eskperyans

PUBLIÉ 2020-03-27
Le 17 avril prochain, Zing Eksperyans dévoilera en ligne son album baptisé « Rasenbleman » enregistré au Ciné Institute en janvier 2019. Le public, du fond de son confinement, pourra explorer les dix chansons qui s’y retrouvent, les dix vidéos et un film sur les coulisses de l’enregistrement en un seul jour de l’opus. Pour Paul Beaubrun, pas question de renvoyer le lancement de l’album à cause du coronavirus puisque l’appel à la fraternité planétaire dont l'œuvre recèle fait beaucoup sens en ces temps où riches et pauvres, gwo peyi et ti peyi se retrouvent à déplorer un mal commun.


Paul Beaubrun, de son appartement new yorkais, nous confie qu'il tâche de garder son calme même s’il se retrouve dans l’un des points focaux de la propagation du coronavirus. « Nou tout relaks lakay la, nou kache kò nou pou nou pa soti al chache maladi », dit-il. « Rasenbleman », l’objet de notre conversation, est bel et bien bouclé de son aveu. Pour l’heure, l’artiste s’impatiente de voir poindre l’aube du 17 avril pour procéder au lancement de l’album. « Pas question de renvoyer le lancement en ligne de l’opus puisque le message de fraternité qui en ressort prend tout son sens compte tenu du fait que les peuples désarçonnés par la maladie tendent à s’isoler. Bien entendu, on ne demande pas de faire des rassemblements physiques ; on parle plutôt de cette connexion spirituelle qui peut fort heureusement compter sur les technologies », explique-t-il. Le chanteur de Zing Ekperyans, pour le moment, est en train de prospecter sur le cérémoniel de lancement de l’album. « Puisque Michael Brun, Anie Alerte et moi nous nous retrouvons tous les trois à New York, sans nous rencontrer physiquement, on pourra en ligne concocter quelque chose », dit-il.

L’idée de « Rasenbleman » trotte dans l’esprit du chanteur-guitariste depuis longtemps. En effet, son groupe a longtemps perpétué une habitude assez étrange. « L’on se produit çà et là avec un répertoire connu de beaucoup de fans sans jamais enregistrer aucune de ces chansons. Au PapJazz, par exemple, on fait danser tout le monde, mais quand un étranger nous approche dans l’espoir de s’offrir un disque qui serait autographié par nous ou pour qu’on lui suggère la plateforme pour réécouter plus tard ce qu’il venait d’apprécier on est comme quoi gênés », explique le chanteur. Le titre est venu au cours du chantier qui aura duré juste 3 jours à Jacmel au Ciné Institute. C’est donc l’esprit de konbit qui y a régné au cours de ce tridium qui a inspiré Ti Paul.

En effet, l’artiste, qui a choisi Jacmel pour prouver que la qualité peut être produite en Haïti et en dehors de la République honorifique de Port-au-Prince, débarque au studio le 18 janvier 2019. Le lendemain il répète avec son groupe en attendant que les invités de marque dont Michael Brun, Mikaben, Anie, Jean Caze, Kanis, Trouble Boy, Boukman Eksperyans, Kabysh les retrouvent en fin de journée. Le troisème jour, soit le 20, tout le travail est fait et bien ficelé tandis que le pays expérimentait une crise liée à la fluctuation du prix de l’essence.

L’album s’ouvre avec « Vodou ceremony ». C’est une intro qui débute avec une complainte et qui se ferme avec l’éclat d’un rara. Un appel au rassemblement auquel participent l’international Michael Brun et le groupe Boukman Eksperyans. S’ensuit « Legba blues » qui fait se lier du jazz et du rythme nago. Ce titre figurait précédemment dans l’album solo « Vilnerab » de Paul Beaubrun. C’est un anticonformiste qui en appelle au secours des dieux faute de trouver celui des hommes qui le méprisent pour sa singularité. Jean Caze y joue une trompette tandis que Kabysh y ajoute sa touche aussi.

« Ayizan » de Mizik Mizik est sautée à la sauce soul avec la participation d’Anie Alerte. Trouble Boy et Kanis apportent leur grain de sel sur « Kay la mande wouze » qui est une adresse à la déesse Erzulie pour conjurer les mauvaises énergies comme le kidnapping qui s’introduit comme un corps étranger dans notre pays.

« Mawoule », un air traditionnel de la religion vodou, fusionne l’afrobeat et le jazz qui se décline par un solo à la guitare de Jean Caze. La plage 6 correspond à la chanson vodou « Simbi Dlo » et est le seul titre sur lequel il n’y pas d’invités. Juste Paul et son groupe. Le texte dont le refrain est « Simbi dlo yo poko konnen mwen » explique selon lui la grande reconnaissance à laquelle il aspire. « Di m kijan », qui est assorti d'un clip déjà, est un featuring avec J Perry assez sobre tant dans le fond que dans la forme.

« Zing nati zing » a été composé il y a quelques années tandis qu’il se retrouvait chez son père. « Il fredonnait l’air qui lui passait à l’esprit. Je m’en suis entiché dans l’immédiat. J'ai pris mon laptop, j'ai contruit le texte et voilà », conte Ti Paul. Mikaben s’occupe du cachet reggae avec sa voix qui se lie avec la sonorité congo. En tant que zing (à peu près l’équivalent vodou de l’enfant indigo adoptant le plus souvent la crinière rasta depuis la tendre enfance), Paul se croit investi de la mission de prêcher au monde la nécessité de briser nos chaines mentales. Le fameux numéro 9 (selon une superstition de mélomane, la chanson numéro 9 est en général la plus belle d’un album) a pour titre « Gade sa yo fè mwen ». Gardy Girault est l’auteur du beat. Boisgris du groupe Boukman Eksperyans officie au tambour et Jean Caze à la trompette s’harmonisent sur ce morceau qui évoque tout le mal qu’on nous a fait. 

Tout comme sur le dernier album de BelO, « Rasenbleman » se boucle avec un rara célébrant l’unité qui a régné durant ce tridium à Jacmel. « On avait pratiquement terminé avec l’album. On se retouvait sur la plage quand ma mère et notre tambourineur se sont mis à chanter « lasirèn, labalèn, chapo m tonbe nan lanmè ». Le manager de mon groupe a enregistré cette première bribe sur son iPhone. Tous les invités s’y sont rejoints. Tout le monde en fait. On a enregistré cette prestation toute improvisée : c’est pourquoi vous entendrez le bruit de la mer, l'atmosphère ambiante », prévient le chanteur.

Aux fans, à nos lecteurs, à tous les habitants de notre planète, l’artiste demande de rester en confinement, d’appliquer les consignes mais aussi de penser à l’après-corona, d’élever la fréquence vibratoire en aimant et en cultivant la fraternité pour pouvoir dessiner un monde plus beau après l’orage qui nous secoue en ce moment.  

   



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