Best Definition Studio, une fabrique à tubes du HMI

PUBLIÉ 2020-01-20
Zenglen, Klass, Disip, Roody Roodboy, Djakout #1… il n’y a pas un seul roi ou reine des tubes qui n’ait pas collaboré avec Best Definition Studio ces derniers temps. Par la force des choses l’on commence à croire qu’y produire sa musique est un gage de la propulser dans les charts. Confiences de Valéry Lezin, l’homme par qui la magie s’opère.


Valéry Lezin se yon nèg Okap tankou Shedly Abraham, Maestro Richie, Arly Larivière. S'on “kinan nou”. S'on nèg ak gwo ogèy. Et pour cause, c’est une déconvenue survenue au cours de sa tendre enfance qui va le diriger vers une carrière de musicien et bien entendu à l’ouverture en Floride de l’un des studios d’enregistrement les plus mieux lotis du HMI. À l’époque, n’étant même pas encore pubère, il s’amourache de la musique mais les parents traditionnels qu’il a n’en ont cure. Pour satisfaire ce fantasme, à force de chercher, Valéry découvre l’antre où le groupe Big Band Masters fait ses répétitions. Ce jour de bonheur (ou de malheur, selon comment on voit les choses) le bambin se pointe à l’entrée de l’espace tentant d’assister à la répétition. C’est alors que le gardien lui crie « Ti gratè, demaske w la ! » « La honte aurait pu me tuer, je peinais à bouger quand soudain M. Chérimond, le propriétaire du groupe, ayant assisté à l’humiliation dont j’ai été l’objet, m’a fait chercher », raconte l’homme qui garde ces mots enfouis dans sa tête aujourd'hui encore. Quand il arrive enfin dans la salle, le boss lui dit de désigner l’instrument qu’il pense aimer le plus. Il s’est dirigé tout droit vers le keyboard. Depuis ce jour-là Valéry est admis presque comme étudiant libre dans ce cercle qu’il idéalisait. Il rentre ce soir chez lui avec la détermination de n’avoir jamais à se faire humilier au nom de la musique.

Valéry Lezin n’a pas été un cancre au cours de sa scolarité qui a débuté chez les frères de Saint-Joseph pour se poursuivre chez les prêtres du Collège Notre-Dame au Cap. Toutefois dans l’évocation de ces années d’écolier, il parle plus de ses aventures musicales que de ses bulletins. Il passe brièvement dans plusieurs groupes dont les noms diront quelque chose surtout aux Capois/Capoises. Citons entre autres Peaces’s Messengers, ce serait le pendant nordiste de King Posse et d’une certaine manière de Boyz 2 Men, puisque les filles les adulaient comme de véritables légendes locales. L’homme est parti vivre en Floride d’abord à Orlando où il fait l’expérience du groupe Biznis. Il a expérimenté brièvement « Nu look » comme keyboardiste. C’est alors que son projet de venger cette enfance où il n’arrivait pas faire ce qu’il voulait faire lui revient en tête.

Il étudie la sonorisation, la production et l’arrangement après le secondaire. Les parents sont furieux et déclarent « Nou pèdi lajan an ». Ils voulaient qu’il soit médecin. Valéry, lui, maintient le cap vers son objectif. Il aura la paix quand son petit frère est devenu pédiatre. En 2007 il inaugure dans le centre de la Floride « Black Carpet Studio » qu’il rebaptise « Best Definition Studio » quand il le transplante à Miami qui est de loin plus cosmopolite et plus prospère qu’Orlando. C’est surtout à partir de ce déménagement que l’homme va commencer à tisser la légende de fabrique de tubes de sa boîtes. « Avant de commencer quoique ce soit je suis allé voir des grands maîtres  qui sont passés par le chemin avant moi. Je citerai vaguement Shedly Abraham, Reynaldo Martino, Jean Prosper, Anderson Cameau, qui m’ont prodigué de bons conseils. Je suis en quelque sorte en compétition avec eux aujourd’hui puisqu’on évolue dans un même marché ; toutefois il est fondamental de rappeler ce qu’ils ont fait pour moi », reconnaît l'ingénieur de son.

Ces 10 dernières années, Best Definition Studio a accueilli en son local tous ceux qui ont marqué la musique hatienne durant la période. Harmonik, Fantom, Réginald Cangé, Klass. Les deux derniers albums de Disip par exemple ont été travaillés dans cet espace. Roody Roodboy est parmi les clients bien servis de l’institution. "Defo" de Enposib provient de cette écurie également.  Blondedy Ferdinand dont beaucoup contestent le talent du chant mais pas la capacité à faire parler d’elle s’est offerte le travail de la boîte. Il faut ajouter à cela des groupes et artistes du secteur gospel et rap évoluant chez Toton Sam. Il y a aussi des artistes de France, des Antilles? de l’Afrique qui n’ont rien à voir avec Haïti et qui font le voyage jusqu’à Miami pour s’offrir l'expertise de Valéry Lezin.

Le producteur ne jure que par la qualité de ses appareils dans la réussite des morceaux qui sont travaillés chez lui. C’est du dernier cri comme Pro Tools HDX. Mais il n’y a pas que ça. « On travaille avec notre cœur. On ne parle pas de prix tant qu’on n’aura pas discuté avec le client sur la qualité maximale qu’il recherche. Nou pa vann kalite. Nou chita ak moun nan pou ede l jwenn kalite li bezwen an », confie-t-il avec humilté. Le professionnel croit que la discrétion est aussi sa force. « On existe depuis 2007, dit-il. À ce jour on n’a été accusé d'avoir fait fuiter la moindre composition qui a été enregistrée dans nos locaux, or cette mauvaise pratique est assez courante à Miami dans ce secteur. »

La difficulté à laquelle il fait face c’est souvent ces clients qui demandent le ciel comme si ça allait de soi. « La personne te dit qu’il vient chez toi parce qu’on lui a dit que la plupart des tubes ont été enregistrés ici et que tu "dois" faire marcher sa chanson. Parfois il est difficile de faire comprendre à la personne qu’on n’est pas un promoteur de musique et que notre travail c’est de l’aider à améliorer son brut pour en faire quelque chose qui puisse devenir un tube. Par ailleurs, tu ne peux exiger d’avoir un tube comme Klass ou Disip si t’as un texte limite », explique-t-il.

L’homme a insisté pour qu’on cite le nom de ces personnes dont il dit être redevable de tant de choses : Jeffrey Medelus, Jaymond Junior, Danash Staniclas, Son Cherichel, Ti Ga Cherichel, Dexter Petit Frère, Josh Petit Frère et Madenr Henry, mais aussi sa mère, son épouse et son fils qui sont ses plus grands soutiens.

L’ambition du boss c’est le ciel maintenant, car il pense avoir beaucoup progressé dans sa quête d’excellence dans cet univers qui est le sien depuis toujours. Valéry Lezin croit qu’aujourd’hui qu’il s’est assez vengé de sa déconvenue de l’enfance.



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