2010-2019 : une décennie qui a mis à nu les faiblesses d’Haïti

Publié le 2020-01-10 | Le Nouvelliste

Deux événements majeurs ont respectivement ouvert et fermé la décennie 2010-2019 en Haïti. Il s’agit du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et des vagues de manifestations incessantes connues sous l’appellation « Peyi lòk » qui se sont déroulées par intermittence du dernier trimestre de l’année 2018 au début du mois de décembre 2019. 

Ces deux phénomènes, à eux seuls, suffisent à expliquer la situation socio-économique pénible que vit Haïti à l’entame de 2020 avec une inflation étouffante évaluée depuis septembre 2019 aux environs de 20% avec une économie plongée en récession, selon le constat du FMI qui fait état d’une croissance négative de l’économie haïtienne de l’ordre de -1,2% en 2019.

Au lendemain du séisme du 12 janvier, la Banque interaméricaine de développement (BID) avait déjà évalué à 14 milliards de dollars le montant des dégâts matériels provoqués par la catastrophe. Une somme colossale pour un pays dont la croissance moyenne au cours de la décennie avoisine 1,5% alors que la population croît au même rythme annuellement. Face à l’étendue des dégâts, le président René Préval avait opté pour la reconstruction d’Haïti avec l’aide de l’international. Le coût de cette reconstruction oscillait entre 8 et 12 milliards de dollars toujours selon la présidence qui voulait profiter de cette conjoncture pour transformer la catastrophe en une réelle opportunité de faire d’Haïti un pays émergent à l’orée de 2030.

L’occasion était belle pour  remettre le pays sur les rails du développement en le dotant de ressources nécessaires à la croissance comme l’électricité, un réseau de communications fiables, des infrastructures routières, de l'eau potable, le renforcement de la technologie au profit de l’agriculture, etc. Malheureusement Haïti n’a pas su profiter de ce momentum où tous les projecteurs du monde convergeaient vers le pays.

La grande mobilisation pour recueillir des fonds pour la reconstruction n’a pas atteint les objectifs visés. La Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), avait la mission d’assurer la coordination et le déploiement efficaces des ressources relatives à la reconstruction du pays et certains partenaires internationaux du projet de la reconstruction n’ont pas su donner des informations claires concernant des montants qu’ils avaient en leur possession.

Au fil des jours, l’international se désintéresse d’Haïti. Tous les grands projets de création d’emplois (parc Caracol), de construction de logements et d’infrastructures routières ont eu du plomb dans l’aile et n’ont jamais pu aboutir comme prévu. Le fonds PetroCaribe, qui devait colmater les brèches du projet de reconstruction, a fait aussi l’objet  d’une insatisfaction généralisée de la part de la population qui ne cesse d’exiger des comptes de la part des autorités concernées.

Face à l’opacité qui caractérise les dépenses relatives au fonds PetroCaribe, les partis de l’opposition haïtienne et des groupes de citoyens ont élevé la voix contre le président Jovenel Moïse et exigé sa démission. Les positions se sont durcies jusqu’à mettre le pays tout entier dans un état de dysfonctionnement sans précédent. Le « peyi lòk » a vu le jour avec son cortège de violences, d’insécurité, de meurtres, de fermeture d’entreprises, de perte d’emplois, etc.

Loin de conduire Haïti sur la voie du développement tant souhaité par l’ex-président Préval, le séisme du 12 janvier a plutôt plongé davantage le pays dans les affres de la pauvreté et de l’insécurité en réduisant l’autorité de l’État à sa plus simple expression. Qui pis est, si la catastrophe du 12 janvier devait reproduire cette année encore, rien ne garantit que les pertes seraient moindres, car la population et les autorités semblent navoir tiré aucune leçon de ce sinistre. Les constructions anarchiques continuent de pulluler de plus belle dans l'aire métropolitaine à la barbe des concernés. Aucune mesure, ni mise en garde sévère, n'a été prise contre un quelconque contrevenant. 

De quoi se demander, à quoi cela sert-il d'avoir des dirigeants jouissant de tous les privilèges ?

Aujourd’hui aucune institution publique ne peut se vanter d’avoir rempli sa mission comme il se doit au bénéfice de la population. Qu’il s’agisse des mairies, du Parlement, de la Primature, de la justice,  de la présidence, de la DGI, de la Douane, de la banque centrale, de tous les ministères, etc., toutes ont pratiquement failli à leur mission.

Cela se traduit dans la paupérisation à outrance des couches défavorisées avec la diminution effarante de leur pouvoir d’achat.  En effet, les chiffres avancés par la banque centrale font état d’une dépréciation de 130% de de la gourde par rapport au dollar durant la décennie. Seulement pour l’exercice  2018-2019, la monnaie locale s’est dépréciée de  33%.

Dans le domaine sanitaire, Haïti fait également office de cendrillon dans la région. Non seulement nos infrastructures ne sont pas suffisantes par rapport à la dimension de la population, elles sont aussi très mal équipées. Selon une étude réalisée par l'Institut de métrologie et d'évaluation de la santé (IHME, Université de Washington), c'est en Haïti que la probabilité de mourir après un accident de la route est la plus forte: elle concerne plus de 15% des blessés, soit un sur sept.

Tout cela nous place en très mauvaise position avant d’entamer la dernière décennie avant de boucler d’ici 2030 les Objectifs de développement durable (ODD) dans lequel nous nous sommes engagés. Marchons-nous encore vers un autre rendez-vous raté ?  Attendons 2030.

Cyprien L. Gary

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