Haïti, l'OEA et les USA, une alliance solide pour diverses raisons

Publié le 2020-01-07 | Le Nouvelliste

Pour avertir le monde entier de leur conjonction de vue sur la marche du monde, le président haïtien Jovenel Moïse, le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, et l’ambassade américaine en Haïti ont utilisé le plus politique des réseaux sociaux : Twitter.

 Le président de la République a reçu en audience au palais national ce premier mardi de l’année le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), indéfectible allié du régime Tèt Kale depuis des mois. Dans une série de messages postés sur Twitter, le patron de l’organisme hémisphérique, Luis Almagro, et le président Jovenel Moïse, ont dévoilé l’essentiel des points débattus pendant leurs échanges.

« L'une des priorités dont nous avons discuté est la lutte contre la corruption. Le secrétaire général de l’OEA est prêt à soutenir le gouvernement haïtien dans le cadre de la lutte contre la corruption et l'impunité et le renforcement des institutions démocratiques », a posté le responsable de l’OEA. Il n’est question ni du scandale PetroCaribe, ni des massacres des derniers mois, ni du Parlement haïtien qui sera bientôt caduc.

Dans un message sur le même sujet, le président Moïse a apporté des précisions essentielles à la compréhension des sujets dont il a été question. « Au cours de mon entretien avec Almagro, nous sommes convenus de la nécessité de lutter contre la corruption et de renforcer nos institutions face à des situations inacceptables de “state capture” par des individus corrompus, ce qui fragilise notre #démocratie. #vivehaïti », a dit le chef de l’Etat. Il parait évident que l’OEA couvre les actions haïtiennes des dernières semaines que beaucoup de groupes de défense des droits humains et de la société civile en Haïti ont assimilé à une instrumentalisation de la justice.

Dans un autre message, Almagro a dit : « J'ai également assuré le Président @moisejovenel de notre soutien à l'adoption d'une nouvelle Constitution qui reflète la culture politique et la volonté de tous les Haïtiens, ainsi que la poursuite des réformes électorales et économiques indispensables. » Pour ceux qui suivent la situation en Haïti, c’est un blanc seing que le secrétaire général de l’OEA a délivré au président qui n’aura plus de garde-fous à partir du 13 janvier 2020 pour une aventure politique inédite.

« Aujourd'hui, j'ai réitéré au Président @moisejovenel notre soutien indéfectible à la bonne gouvernance et à la stabilité politique en Haïti, à travers la conclusion d'un accord politique, la promotion d'un dialogue constant et inclusif », a également dit Luis Almagro qui, s’il les a vus, n’a pas donné de publicité de ses rencontres avec des acteurs de l’opposition haïtienne ou de la société civile. On a simplement su qu’il avait rencontré des élus haïtiens sans révéler la teneur des conversations qu’il a eues avec eux.

Dans son tweet sur les questions politiques, le président Moïse s’est contenté de dire : « Je viens de recevoir en audience privée au Palais national le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), M. Luis Almagro, autour de la conjoncture sociopolitique en Haïti et des défis liés au continent américain. »

Dans ce message, la partie la plus importante concerne les « défis liés au continent américain ». L’OEA et Haïti, sous le chapeau des Etats-Unis d’Amérique, marchent ensemble vers une résolution de la situation au Venezuela excluant Nicolas Maduro. D’ailleurs, encore une fois, un moment important de la crise haïtienne coïncide avec un enjeu vénézuélien. Notre Parlement s’efface pour donner de fait les pleins pouvoirs au président Moïse pendant que Juan Guaido se bat pour prendre la tête du pouvoir législatif à Caracas et le pouvoir virtuel que lui attribuent ses alliés.

Dès son arrivée à Port-au-Prince lundi 6 janvier en soirée, le secrétaire général de l’OEA n’avait pas fait mystère de qui lui donne des ordres dans la question haïtienne : « J'ai eu une conversation fructueuse avec l'ambassadeur Sison au sujet de la situation politique en Haïti et de l'importance de la collaboration entre l'OEA et les États-Unis dans la mise en œuvre de projets visant à renforcer la démocratie et les droits de l'homme dans le pays. ».

Quand on sait comment se portent la démocratisation et les droits de l’homme dans le pays…

Pour clarifier sa mission, dans un autre message posté sur Twitter, Luis Almagro avait expliqué : « J'ai rencontré à Port-au-Prince des membres du Core Group pour discuter des défis urgents auxquels est confrontée la démocratie haïtienne aujourd'hui. J'ai souligné l'importance de fournir un soutien pour maintenir la stabilité du système politique ». Les Américains, d’une part, les autres membres de la communauté internationale plutôt réticents aux solutions de l’OEA, d’autre part. C’est la séparation des tâches.

Pour que personne ne doute de la conjonction de vues entre l’OEA et les USA, l’ambassade américaine en Haïti a repris sur son compte Twitter une déclaration faite ce mardi lors d’un point de presse par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo : « Le secrétaire général Almagro est le leader dont nous avons besoin pour que l’OEA continue à aborder de manière proactive les défis majeurs que confronte la région : faire avancer la démocratie, soutenir les droits humains, promouvoir la sécurité et favoriser le développement économique. »

En 2020, Haïti se retrouve au centre de l’utilisation que comptent faire les USA de l’instrument que représente l’OEA. Les problèmes d’Haïti, les intérêts d’Haïti, les besoins des Haïtiens ne pèsent pas lourd dans la balance. La lecture américaine du moment décide de tout. Du bien, du mal, de l’acceptable et du reste. Le président Jovenel Moïse l’a bien compris et s’est aligné sur la vision de ses plus précieux alliés.

Faut-il souligner que Luis Almagro est en campagne pour sa propre réélection pour le poste de secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) ? Cela est indispensable pour saisir qu’il ne peut se risquer à fâcher personne parmi ses électeurs potentiels.

Frantz Duval
Auteur
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