En Haïti : pourquoi « vivre de la politique » ?

Publié le 2020-01-06 | Le Nouvelliste

Un nouvel an vient de commencer, 2020, les élèves, étudiants, salariés, entrepreneurs, professionnels ou non, tout le monde en profite pour fabriquer ou de ranimer des projets existants. Cela me semble tout à fait logique voire culturel dans de nombreux cas. Plus précisément, dans cet article, je voulais profiter de ce moment pour poser une simple question à une catégorie non citée expressément dans la courte liste, celle des politiques en Haïti : quel est le projet / objectif du politique haïtien pour ce nouvel an? Jusqu’à présent, à ma connaissance, il n’y a pas de document officiel « fiable » présentant le bilan, en termes de résultats intermédiaires ce que les Anglo-saxons appellent « output », de l’année précédente, 2019. Par contre, si l’on procède par observation, une méthode aussi scientifique, nous donnerait une palette d’idées sur la non performance publique qui s’empare les politiques publiques en Haïti.

Par ailleurs, l’un des termes le plus prononcé par la quasi-totalité de la société civile est celui de la corruption. La notion « politique » représente, je dirais, le noyau dur de cet article. Avant même de soumettre quelques raisons qui font des politiques « vivre de la politique », il me parait logique et utile pour la compréhension d’établir une différenciation classique entre ces termes, qui sont généralement mal compris voire confus par des Citoyens-Usagers-Contribuables : la politique, le politique et les politiques.

Qu’est-ce que la politique ?

Un concept ancien, mais toujours d’actualité et continue à inspirer la littérature scientifique politologique, philosophique, sociologique voire des Sciences de gestion. Dans cet article, nous n’avons pas l’intention de cerner les différentes connotations du concept. Toutefois, nous nous voulions dire tout simplement la politique n’est pas synonyme de conspiration, mais plutôt une gestion effective d’une collectivité publique. Par ailleurs, si la politique est mal vue, c’est parce que son sens originel est dénaturé avec surtout l’expansion des systèmes « totalitaires », car l’essence même de la politique est la pluralité (Arendt, 1906-1975). Donc, nous n’allons pas terminer cette partie sans mentionner le concept de pouvoir. La politique peut aussi être considérée comme la lutte pour le pouvoir politique. Attention ! Cette lutte ne signifie pas qu’elle est encourage toute volonté de conspiration au détriment de l’intérêt général.

Qu’est-ce que le politique ?

Si la notion « politique » au féminin est relativement éclairée, sa masculinité, en termes de compréhension, est devenue plus facile. Le politique peut être conçu, selon la Science politique, de deux façons : d’une part, il désigne la personne exerçant l’activité politique comme métier et/ou comme un lieu privilégié d’opportunités individuelles ou corporatistes au malheur de la collectivité au sens large. D’autre part, elle fait référence au champ dans lequel se déroule la dynamique de pouvoir soulevée précédemment. À partir de cet éclaircissement conceptuel, le terme d’ « animal politique » commence à être bien compris. En un mot, cela peut vouloir dire la citoyenneté s’inscrit depuis toujours dans une posture collective, à l’heure actuelle on pourrait parler de « gouvernance », c’est-à-dire la Co-construction, cogestion des politiques publiques.

Ce que les politiques signifient ?

Même dans la vie quotidienne, la pluralité est toujours plus difficile à maitriser, cela est aussi vrai pour la compréhension de la notion « politique » au pluriel. Sa pluralité fait référence généralement à ce que les théoriciens appellent « Politique Publique ». C’est impossible de traiter cette thématique dans un article dit scientifique voire dans un tel article de presse qui prétend être scientifique. Identifier une politique publique n’est pas aussi simple que le laisse supposer l’apparente « consistance » de l’objet. Les nombreuses définitions proposées dans la littérature spécialisée se contentent d’ailleurs d’une formulation relativement générale (Muller, 2011 : 19-20), comme celle proposée par Yves Mény et Jean-Claude Thoenig (1989) : « Une politique publique se présente sous la forme d’un programme d’action gouvernementale dans un secteur de la société ou un espace géographique ».

Cette approche non suffisante mais nous dit que une politique publique ne réside uniquement pas dans un simple discours politique politico-électoraliste ou dans un programme politique isolé, elle doit être discutée, pensée, soumise au débat dans les médias et par/pour les citoyens. C’est pour cette raison, il y a un consensus scientifique stipulant : pas de politique publique sans problème. Toutefois, une politique n’est pas tenue de prendre la forme d’une action, car les pouvoirs publics peuvent décider de s’abstenir dans une situation délicate d’ordre intérêt général. Cela peut être aussi considère comme une politique publique. Ici, nous allons présenter, à notre avis, des raisons pour lesquelles des personnes vivent de la Politique en Haïti:

1. Quasi-inexistence des instituts formant des hommes et femmes politiques

Le fait de gérer une toute petite collectivité publique en termes de taille démographique exige des connaissances, compétences diverses et précises. Si nous voulons construire un pays qui soit juste socialement et fort économiquement, cessez d’être des Amateurs fougueux dans le sens péjoratif du terme! Il n’existe d’autres métiers où tout le monde peut gagner sa vie dignement et tranquillement. Absence de véritables politiques publiques de la formation universitaire tenant compte non seulement les résultats voulus, les « outputs », le nombre de diplômes livré par an, mais aussi les impacts que ces politiques peuvent avoir sur le long terme, les « outcomes », par exemple, le niveau d’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Donc, une carence de volonté stratégique des pouvoirs publics à doter le pays des instituts ou unités universitaires afin de former des femmes et hommes compétents et motivés pour les services publics est à préciser.

2. Non-valorisation des formations professionnelles

Les métiers techniques en Haïti sont malheureusement marginalisés. Or, d’autre pays ont besoins de main-d’œuvre qualifié ou non pour assurer le développement des infrastructures routières, physiques… ou pour promouvoir l’intelligence artificielle. Ce triste constat permet aux jeunes d’investir l’espace politique, qui est censé considéré comme le haut lieu pour s’enrichir malgré les lacunes importantes dans le domaine de la politique, parce qu’on dit souvent « Tout est politique », un slogan est fondamentalement mal compris.

3. Des acteurs écartent l’exigence du métier du politique

Des femmes et hommes politiques, jusqu’à présent ignorent, le fait d’être au service de la Collectivité, cela n’a pas de prix, tout simplement c’est le signe de respect pour les valeurs liées surtout à la Motivation Service Public. Même si l’on exige pas de grades académiques ou autres pour être élus, soyons conscients de nos limites, car avec les nouveaux enjeux mondiaux liés à ce que certains auteurs appellent la « connectivité », « société liquide », « démocratie liquide », on ne peut pas gouverner tout en restant dans une logique traditionnelle ou encore réductrice de la politique.

Infine, quel est le projet / objectif du politique haïtien pour ce nouvel an ? « vivre de la politique » n’est pas un problème en soi, mais comment ? Comme citoyen haïtien, je vous propose un seul et unique objectif pour ce nouvel an : « Vivre pour la Politique » (Weber, 1959).

Amos FRANÇOIS,

Consultant junior indépendant en Management public et Science Politique

francojesuite@gmail.com

Auteur

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