Le Droit : Une science ou une réinvention du système capitaliste

Publié le 2019-12-20 | Le Nouvelliste

Antoine JEUDY

La Science Juristique se révèle très vaste. L’aborder c’est invoquer subrepticement plusieurs disciplines à la fois. Celles des sciences humaines sont dès l’abord considérées comme ses plus favorites, en plus des sciences politiques et des statistiques pour la présentation de ses profondes recherches scientifiques ou pour la réalisation de ses objectifs selon les normes et principes reconnus. Car le Droit s’avère très semblable aux mathématiques : « il possède son propre découpage de la réalité et s’en tient à cette catégorisation du réel pour opérer ses déductions,» dixit le professeur Jean Claude Ricci. L’étudier en profondeur c’est effectuer un voyage absorbant, incessant à travers un univers singulier, enrichissant, surprenant et même renversant face à certaines découvertes ou réalités juridiques. L’abandonner constitue un crime et ne pas l’alimenter un délit grave. Tout le monde peut se consacrer à l’étude de cette branche complexe combien exigeante, mais il n’est pas permis à  tout le monde  d’exercer cette profession sans avoir l’éthique recommandée par le domaine étant le complément fondamental de la formation académique. N’importe qui peut avoir accès à la formation académique car il suffit de présenter les prérequis pourtant parait-il, l’éthique n’est pas l’apanage de tous ou la transmission de celle-ci se révèle difficile pour beaucoup. Mais c’est quoi au juste le Droit ?

Définitions du Droit :

Les Théoriciens de cette branche mandarinale si élégante ont mis à la disposition des étudiants, professeurs et des chercheurs beaucoup de définitions. Certaines ont retenu largement l’attention et d’autres selon la capacité d’appréciation des chercheurs. C’est ainsi que pour Jean-Claude  Ricci, professeur de droit à l’Université d’Aix Marseille III, le Droit est un ensemble de prescriptions régissant les diverses activités sociales. Pour l’essayiste et professeur Jean-Louis Bergel, le Droit est l’ensemble des règles de conduite qui régissent les rapports susceptibles de s’établir dans une société plus ou moins organisée. D’après notre professeur François Latortue, le mot Droit vient du latin Directum pris dans son sens figuré pour designer ce qui est conforme à la règle. Il désigne un ensemble de règles juridiques, impersonnelles et pertinentes, imposées par l’autorité publique, pour assurer un ordre général et continu, Ubi societas, ubi jus ; il n y a pas de société sans Droit. Ce professeur, en outre, a ajouté que le vocable Droit comprend moult acceptions. Il est premièrement tantôt synonyme de règle  ou norme de droit. Selon la deuxième acception, le Droit désigne parfois un pouvoir de droit, une certaine prérogative et la dernière de concert avec les deux premières, indique la pratique du Droit, la technique et la science.

Le Droit et les Systèmes  Politiques

C’eût été une balourdise, une ineptie se baser uniquement sur ces trois définitions pertinentes pour développer ce thème en dépit de leur cotisation ou apport indéniable et certain favorisant vivement la compréhensibilité du Droit. Mais la remarque contestable et incontestable du grand Karl Marx affirmant que le Droit, ensemble de moyens par lesquels la classe bourgeoise assure sa domination économique selon ses intérêts collectifs, doit devenir un outil du prolétariat dans sa lutte contre la classe dominante jusqu’ à ce que dans la société communiste, sa disparition accompagne le dépérissement de l’Etat. L’auteur de ‘’ Le Capital’’, conscient des exploitations, de l’enrichissement sans cause de la classe possédante, proteste et souhaite que la classe prolétarienne utilise ce même pouvoir juridique au préjudice de la classe à laquelle s’oppose Karl Marx. Comment porter les premiers coups à un adversaire aussi puissant que son système ? Par quelle voie ! La classe prolétarienne est incapable de contraindre les locataires du Parlement à voter des lois en sa faveur, à l’instar des opulents de la classe aisée. Alors que le droit a un rôle majeur à jouer à travers les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire même si chacun est indépendant. Le Droit ayant presque tout prévu et a tout mis à la disposition de ces pouvoirs, pour la résolution  de tout conflit économique, politique et social. Le père Lacordaire de surcroit, n’a-t-il pas écrit : « Entre le faible et le fort, c’est la loi qui libère et c’est la liberté qui opprime ». Dans quelques pays abusivement sur-administrés le Droit n’y respire même pas voire pour l’application de la célèbre formule de Charles de Secondat, baron de Montesquieu et de La Brède : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir ».

Il parait que le Droit, malgré son pouvoir révolutionnaire, sa capacité imaginative quasi illimitée à présenter des arguments logiques et imposants, c’est l’Etat qui soit capable d’introduire la justice effective dans les rapports sociaux. A bonne enseigne : « le Droit, disait Giraudaux par la bouche d’Hector, est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète, n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité ». Puisque c’est l’Etat bourgeois, n’étant qu’à la sauvegarde des intérêts privés. Dans l’Etat socialiste le Droit a pour rôle de dérober à la vue le caractère répressif de cet état. Ne serait-il pas important de  faire mention de cette citation : « le professeur émérite Philippe Jestaz de l’université Paris Val-de-Marne Paris XII a confirmé dans son ouvrage titré Le Droit, édition Dalloz 2007 cette réflexion en écrivant : « Dans la réalité le Droit  ne tend  pas uniquement à occulter les oppositions d’intérêts, mais surtout à les apaiser au grand jour ». Dans ce cas les intérêts privés aveuglent  le monde juristique si vrai que cette pensée foncièrement juridique perd aisément toute son énergie ou sa puissance romaine : « Suum cuique tribuere ». Rendre à chacun le sien.

Point n’est besoin d’évoquer le système communiste. Car l’Etat et le Droit n’en font pas partie. En ce qui a trait aux deux premiers systèmes, que serait le Droit sans l’Etat et sans l’Etat, le Droit ? Peut-être que les Communistes ont la réponse. Les riches gangrènent les systèmes en utilisant les appareils judiciaires  et non le droit au détriment des faibles. Car c’est par le Droit que toute civilisation s’édifie chaque jour, que la justice, la liberté, la paix, la prospérité et l’épanouissement des hommes sont assurés rappellent Philippe Malaurie et Patrick Morvan dans « Introduction Générale du Droit ». Il n’existe pas’ d’ailleurs’ un conflit insoluble et inextricable en matière de Droit.

Le Droit, une science réinventée :

Le Droit, une science sociale qui prend appui sur toutes les disciplines afin d’apporter des éléments de réponse judicieux et juste. Une science ne peut pas être réinventée pour un groupe spécifique mais pour subvenir équitablement au besoin de la société, du pays et de la planète. Une discipline fait toujours part  de son objet et présente ses propres théories sur lesquelles se basent tous ses techniciens pour aplanir les difficultés socio-économiques, politiques et culturelles ayant rapport avec. Toutes les sciences sont honnêtes et proposent des résultats convenables et décents. Pourtant avec la pratique, certains réfléchissent d’une autre façon et réagissent en fonction de leur propre éthique. Alors que d’autres maintiennent l’objet de leur science. Réinventer le Droit serait de lui redonner une valeur nouvelle. On entend par valeur nouvelle en Droit, dans ce travail, toute dimension sociale atteinte par ladite discipline dans l’intérêt de tous. Il n’est pas un secret pour quiconque que le procès des timbres-poste en 1975 (mille-neuf-cent soixante-quinze) a amplement ouvert l’espace juridique. Puisque la décision de poursuivre ces accusés en jugement offrait à la société d’alors l’opportunité de redéfinir le contenu d’un nouveau contrat social.  Du fait que le contrat social aspire à introduire un Etat démocratique caractérisé  par l’égalité entre les citoyens etc. une aspiration, une pensée qui préoccupait beaucoup l’élite de la classe moyenne particulièrement ceux qui enseignaient, parce qu’ils répétaient a huisclos les idées de John Locke, le père de la démocratie libérale : selon ces professeurs, l’auteur anglais du fameux ouvrage ayant pour titre « Traité sur le Gouvernement Civil » a déclare que le pouvoir législatif est le pouvoir suprême. Ce principe signifie que le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire doivent lui obéir et le but ultime est de protéger la liberté des gens a-t-il ajouté.

Réinventer le Droit constituerait une stratégie tendancieuse de la classe dominante à officialiser, légaliser ses exploitations outrancières. Un Etat faible garantit cette réinvention. C’est fort de cette raison que le Droit est considéré  comme le reflet et sous la dépendance des systèmes politiques, des idéologies et des principes fondateurs moraux et philosophiques de la société qu’il régit. Il s’avère nécessaire de rappeler cette citation de Jean-Jacques Rousseau tirée du fameux de Du Contrat Social « je tacherai d’allier toujours ce que le Droit permet avec ce que l’intérêt prescrit, afin que la justice et l’utilité ne se trouve point divisée ». Mais une autorité forte, capable d’assurer la stabilité des lois et l’exécution des jugements affirme, à coup sûr, la valeur du Droit, l’objet de cette science, elle donne en outre, accès à la vie sociale et prête main forte au développement.

En dépit de tout ce qu’on peut avancer, il incombe à l’homme de jouer véritablement sa partition en tant que l’animal raisonnable pour que les nations concernées puissent en tirer profit tout en imposant partout l’éthique. Car l’injustice humaine fabrique généralement non pas des martyrs, mais des quasi-damnés, a écrit Simone Weil dans La Pesanteur et la Grace. Il est urgent dans ce cas de pratiquer le mot du Droit si l’on tient compte de cette phrase magique léguée par Jean-Jacques Rousseau : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maitre, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».  Lorsque le Droit n’existe pas, qu’il est méconnu ou violé, la civilisation se délite : la décadence, le régime des voyous, la dérive intellectuelle et morale, la misère, d’immenses souffrances et de grands désastres. Le contraire du Droit c’est la barbarie attestent les théoriciens  de la science juristique.

  Antoine JEUDY

    31\ 07\ 19

Bibliographie :

1-            Théorie Générale du Droit, Bergel JEAN-LOUIS, Edition Dalloz 2003

2-            Cours de Droit Civil, François LATORTUE , Edition Imprimeur II 1994

3-            Sociologie du Droit, Henry LEVY-BRUHL, Editions Presses Universitaires de France 1961

4-            Du Contrat Social, Jean-Jacques ROUSSEAU, Editions Flammarion 2001

5-            Introduction à l’Etude du Droit, Jean-Claude RICCI, Editions Hachettes Paris 1993

6-            Le Manifeste du Parti Communiste, Karl MARX, Union Générale d’Editions 1847

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