Les leaders protestants face à la crise

Publié le 2019-12-13 | Le Nouvelliste

Pour l’heure, le regard est porté sur la crise générale que traverse Haïti (politique, sociale, économique, religieuse). Si les artistes haïtiens ont su finalement se rassembler autour d’une cause commune, les leaders protestants, quant à eux, n’affichent aucune position. Tout se passe comme si l’Église est muette, pour ne pas dire que nos leaders se voient dépasser par les événements. Comment se fait-il que l’Eglise estime judicieux de garder le silence? C’est-à-dire que l’on puisse constater qu’elle n’a aucune prise de position commune. Faut-il croire que, pour ne pas dire n’importe quoi, il serait mieux de se taire et aussi donner congé à une annonce de l’Évangile, porteuse d’espoir et d’Espérance? Car s’il faut parler, il ne faut pas des propos déplacés, mais bien mesurés, cadrés, inspirants, intelligents.

Face à cette crise, le comportement du secteur protestant nous interpelle sur deux choses au moins:

Des raisons d’ordre théologique peuvent être avancées et rendant compte d’une formation en seconde main. Quelle formation qui nous a été transmise par nos écoles et séminaires de théologie? Posons la question : Qu’est-ce qui empêche, dans une situation pareille, que le secteur protestant se fasse corps, s’unisse pour se faire entendre? Le point de départ de ce manque est constitué par une formation inadéquate, inappropriée transmise par nos séminaires de théologie. Et l’on comprend également que, dans une telle situation, nos chers pasteurs, nos églises et le secteur protestant en général ne savent croire dire. L’explication par le recours au motif qui, pour être solide, est que les enseignements reçus ne nous ont jamais appris de se regrouper, mettre de côté notre tendance doctrinale, pour faire front commun pour le bien de notre patrie. Parce que, d’ailleurs, notre patrie est la haut! On est en droit de questionner nos écoles bibliques, nos séminaires théologiques, à eux incomberaient cette responsabilité.

Ils se chargent d’un enseignement en second degré, d’un enseignement qui finalement n’a aucune utilité sociale et politique, aucune importance pour le vivre-ensemble. Si notre Christ n’est pas capable de nous sortir de ce labyrinthe, il est au moins capable de nous dicter une parole. Ce type de formation reçue doit être désormais récusée parce que frappée de caducité par sa spécificité du mal commis. Car, jamais, nos formateurs ne nous ont jamais appris que nos écoles bibliques, de par leur tendance doctrinale, ne font nourrir que des clivages. Ils ne nous ont jamais enseigné que, derrière les doctrines, se cache tout un système de dépendance économique et sociale, expression de pouvoir, d’un mode de production venant directement de l’étranger. Ce système ne nous apprend pas le vivre-ensemble, à aimer notre patrie, apprendre de notre histoire et créer notre propre destin. Le vivre-ensemble est un espace de conscientisation, d’innovation et de création qui montre que nous sommes uns. On se rappelle tous de cette fameuse prière de Jésus : « Et moi, je leur ai donné la gloire. [...] Afin qu’ils soient un comme nous sommes un, [...] Afin qu’ils soient parfaitement un |....] ». Nous sommes tous des disciples, que l’on soit baptiste, pentecôtiste, nazaréen, etc. d’où vient cette maladie de ne pas vivre ensemble, de ne pas se mettre ensemble?

La deuxième chose est qu’il faut rebondir sur la responsabilité de nos fidèles d’église. Si les bergers ne nous dictent pas la voie, il faut de par nous-mêmes emprunter une voie. Il le faut tout au moins. Nul besoin de parler du temps du catholicisme romain, le temps d’avant la réforme. On ne retiendra qu'ici un seul motif : les églises ne sont que des sources en vue d’enrichir nos pasteurs. Ils ne se soucient pas de leur formation, du moins, une formation adéquate afin de se débarrasser de cet Évangile de seconde main, héritée d’un christianisme tel qu’il a été transmis. Nos paresseux pasteurs et formateurs ne sont pas à la hauteur de leur tâche. Il faut oser dire la vérité, aller à la recherche de la vérité. Ainsi, ce dont il est question ici, c’est de s’adresser une parole d’espérance, de faire front commun. Dans la mesure en effet où l’Évangile est adressé à tous comme une parole que Dieu adresse à l’homme, cette parole n'est rien d’autre qu’une parole libératrice. Rien que très classique jusque-là, il faut une adaptation. Ainsi, le christianisme a été toujours pour nous les chrétiens des pays colonisés un mal difficile à digérer. Des raisons d’ordre historique entachent le christianisme, la maintenance du système esclavagiste, ses interprétations hybrides des textes bibliques pour garder en vie ce mal dont nous continuons tous de subir. Aussi longtemps que le christianisme n’aura pas été révisé, retravaillé, il restera un mal pour une société telle que la nôtre. Nous vivons le temps d’un christianisme colonisateur qui génère une division systémique : il y a les  esclaves des champs, les esclaves à talent, etc. Cet esprit clanique reste et demeure notre réflexe et domine toujours notre comportement. Nous vivons à l’heure de ma doctrine est la meilleure, celle-là qui a été façonnée, formulée et écrite par nos chers missionnaires étrangers, celle-là qui a été prise et transmise telle qu’elle était sans que nous soyons capables de la retravailler. Celle-là qui constitue le malheur de notre société. Elle ne fait pas force de foi, car ce n’est pas le Christ. Non, cette parole telle qu’elle a été transmise à nos parents, sans jamais avoir été l’objet d’une adaptation montre que nous sommes à l’heure d’une théologie de seconde main. Ainsi, allons-nous droit au but, nous souffrons tous de la maladie de se mettre ensemble, de se regrouper pour une cause commune. Nous vivons le temps où les non-convertis nous dictent les bonnes manières.

Manassé Pierre Louis, Penserlatheologie@gmail.com Auteur

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