À propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… de Jean Ledan fils, un quart de siècle au Nouvelliste

Publié le 2019-11-25 | Le Nouvelliste

Vous respirez les faits, les évènements quand vous lisez À propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… de Jean Ledan fils. Cette série tient à son compteur au journal Le Nouvelliste un quart de siècle. Débutée dans une période troublée, l’embargo économique sur Haïti en novembre 1994, la chronique hebdomadaire de l’historien nourrit les lecteurs de tous les horizons des morceaux de la mémoire de notre peuple.

Pour toucher le lecteur, l’historien publie, dans sa chronique en fin de semaine, un petit texte épicé d’anecdotes qui accrochent l’attention.  Il choisit un angle de traitement et se concentre sur le fait tout en brodant parfois un cadre autour de l’évènement qu’il raconte. Dans certaines scènes, il le restitue de manière vivante. Ainsi devient-on un lecteur spectateur. « Un 15 août – Notre-Dame » illustre le talent du chroniqueur.

Apprécions ce cadrage qui met en lumière l’aspect psychologique d’un tyran : Henri Christophe, un roi qui a régné dans le nord du pays comme un dieu devant qui tout devait se prosterner.

                                                               Un 15 août 1820

« Fête de la Notre-Dame, jour de l’Assomption, fête patronale du Cap, 15 août 1820 ! Habituellement, les dignitaires du royaume du Nord commémoraient cette fête au Cap. Cette année-là, Christophe s’y rendit quelques jours à l’avance pour préparer et assister aux manifestations. Cette date était décrétée fête du royaume et était, par ailleurs, l’anniversaire de naissance de la reine Marie-Louise. Les préparatifs allaient bon train. Soudain, d’une manière inattendue, le roi Christophe décréta le 14 août qu’au lieu du Cap, sa cour se rendrait plutôt à Limonade pour célébrer la Notre-Dame. La reine Marie-Louise objecta à son époux que la tradition religieuse solennisait la Vierge au Cap, non à Limonade. Le roi lui aurait répondu tout bonnement : « Si Notre-Dame veut fêter sa fête, qu’elle me suive. »

Il faudrait voir ce tableau peint par cet artiste qui a aussi le don de colorier ses toiles autant que ses pages. Dans un cadrage serré, il saisit un pan d’histoire en nous offrant du concret, du solide pour mettre nos sens en éveil. Il plante un décor, introduit des personnages. On voit la scène, on entend des propos qui remontent du fond du royaume du Nord. Sautons à pieds joints pour rappeler que c’est ce jour-là que le roi tomba frapper d’une crise d’apoplexie à l’église de Limonade. Quand il reprit ses sens, comment réagit-il ? Jean Ledan fils donne la parole au roi : « Le coq ne chanterait pas à Limonade. »

Nous revivons en toute intimité l’envers du décor après cette tragédie, l’une des causes qui poussera le roi à mettre fin brutalement à ses jours.  L’atmosphère du pays est inquiétant. Jean Ledan rapporte : « Les habitants de Limonade, sous le coup de la plus pesante des consternations, et dans la crainte de voir le moindre bruit interprété comme une réjouissance, ou une indifférence au deuil qui accablait leur paroisse, empêchèrent le chant des coqs et le caquetage des poules en mettant ces oiseaux sous des paniers ; ils bâillonnèrent les chevaux pour les empêcher de hennir ; et les ânes, de braire. »

À la lumière de ce tableau, de grandes ombres envahissent le personnage lugubre d’Henri Christophe. Ce monarque qui a consacré son règne à construire des forts et des palais avait aussi réduit tout un peuple au silence.  Il s’était enfermé dans son monde rempli de douleurs, de traumatismes mal cicatrisés comme une citadelle.

                                               La transmutation d'une chronique

De telles leçons d’histoire saisies dans une langue audible et accessible représentent une manne pour quelques enseignants du secondaire abonnés au quotidien Le Nouvelliste. Les plus zélés, dans un souci pédagogique et pratique, multiplient des polycopies de la page du week-end et les distribuent à leurs élèves. Aussi n’auront-ils pas besoin de dicter des notes pendant tout le temps imparti à leur cours.

Cette publication hebdomadaire de Le Nouvelliste, cette antidote qui ne gomme pas l’histoire, comme bon nombre des chroniques de ce centenaire de la rue du Centre, s’est transmuée en livre. 

Chaque année, une nouvelle série d’À propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… de Jean Ledan fils rejoint sur les comptoirs, les chevalets et les tables le festin de Livres en folie. Quelqu’un qui a raté quelques textes se rattrape dans un volume. Et puisque l’appétit de tout bon lecteur vient en mangeant, il emporte le jour de la Fête-Dieu tout un coffret de l’auteur. Tenez vous bien ! Dix volumes de la chronique qui soutient les dix premières années de la fameuse rubrique. Il faudra aussi bien noter que tout le poids des vingt-cinq années de recherches historiques patientes s’est soldé par une vingtaine d’ouvrages de l’auteur : L’histoire d’Haïti en toute simplicité, L’histoire d’Haïti la petite histoire, Hommage au patrimoine, Haïti 2004 – le fil des évènements, L’histoire d’Haïti au singulier, L’histoire d’Haïti – Simples faits, L’histoire d’Haïti – Anecdotes, pour ne citer que ceux-là.

Depuis 1996, année où Jean Ledan a rejoint la cohorte des auteurs qui alimentent le fleuve Livres en folie, il ne cesse de nous étonner comme un vrai athlète de cette chronique qui respire l’histoire comme une quintessence qui nourrit notre quotidien.

Dans la coulée originale de sa verve narrative que nous a donc appris l’historien ? La lumière de l’âme de ses ouvrages peut-elle éclairer notre présent pour influencer positivement notre futur ?

Pour les vingt-cinq ans de la rubrique À propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… Jean Ledan fils signe L’histoire d’Haïti – Anecdotes, le 7 décembre 2019, à Jazzy’z, 129, rue Louverture, Pétion-Ville, à côté de Signal FM. Une seconde vente-signature aura lieu le samedi 14 décembre chez l’Éditeur Bèljwèt, 24, rue Duncombe, Port-au-Prince (Bois Verna et Turgeau à côté de l'hôpital Saint-Joseph.)

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