L’appel à la trêve et au dialogue de Religions pour la paix Haïti, un acte de foi

Publié le 2019-11-04 | Le Nouvelliste

Dans un contexte de radicalisation des positions des uns et des autres, de grandes confusions et d’un retour sournois à la pensée unique, Religions pour la paix Haïti (RPPH) assument une position courageuse en invitant les acteurs politiques à la trêve pour favoriser le lancement d’un processus de dialogue pour résoudre la crise.

Nous maintenons notre point de vue selon lequel il faut un dialogue en deux temps. D’abord, un dialogue politique pour résoudre la crise conjoncturelle puis un dialogue national pour aborder les questions structurelles.

Pourquoi dit-on que cet appel à la trêve et au dialogue de RPPH est un acte de foi ? Nous partons, d’un constat que les protagonistes de la crise assument des positions irréconciliables, ils sont méfiants et ne manifestent aucune velléité de parvenir à un consensus sur les désaccords. De plus, les interventions incendiaires dans la presse, cette violence verbale à laquelle la population est quotidiennement exposée, et les actions des acteurs sur le terrain compliquent davantage toute possibilité d’accepter le dialogue au risque de perdre la face.

On a l’impression que les acteurs voient dans le dialogue un acte de faiblesse plutôt qu’un moyen démocratique pour résoudre un conflit. Il est évident qu’en acceptant de dialoguer les acteurs savent pertinemment qu’ils devront faire des concessions, car c’est le principe de toute négociation, on ne peut pas tout gagner, on ne peut pas tout perdre, c’est un processus donnant/donnant. Or, l’haïtien est viscéralement orgueilleux. Historiquement, nous avons toujours tenu des positions intransigeantes qui nous ont conduits à des situations catastrophiques : révoltes, insurrections, guerres civiles, occupations étrangères. Et de fait, aujourd’hui, Haïti est sous la menace d’une occupation étrangère. Il est vrai que pour certains, les américains ne sont pas vraiment intéressés à occuper de nouveau Haïti et ce pour plusieurs raisons :

1.- L’actuel président des Etats-Unis d’Amérique du Nord, Donald Trump, lors de sa campagne électorale avait clairement promis aux américains que sous son administration, il placera les intérêts des Etats-Unis d’abord. Que des pays enlisés dans des crises ne bénéficieront plus gratuitement du support militaire des Etats-Unis d’Amérique.

2.- Haïti ne représente plus les mêmes intérêts géopolitiques et stratégiques pour les Etats-Unis comme par le passé.

3.- Par rapport à la situation au Venezuela qui a valu aux américains d’essuyer de nombreuses critiques, les Etats-Unis sentent l’obligation d’aborder la situation d’Haïti non pas avec un œil impérialiste mais plutôt dans le strict respect de la souveraineté d’Haïti. Sachant que le principe de souveraineté est sacrosaint en droit international. Ne pouvant pas demander à un président démocratiquement élu de démissionner ni n’étant pas prêts à cautionner son éviction du  pouvoir par la force, les Etats-Unis insistent sur le dialogue dont le résultat sera imposable à tous.

On pourrait encore multiplier les raisons mais nous ne voulons pas nous éloigner de l’objectif de cette réflexion.

En effet, nous nous approchons de Noël et des fêtes de fin d’année. Il est une tradition que cette période est sacrée pour les communautés et les familles. On ne touche pas à Noël, c’est une fête universelle où une attention particulière est accordée aux enfants, aux déshérités. C’est la fête de la réconciliation. En ce sens, RPPH n’ont fait qu’anticiper une demande qui, les jours qui viennent, proviendra d’une bonne partie de la population. La trêve sollicitée de toute manière s’imposera d’elle-même.

S’agissant du dialogue, les raisons évoquées par RPPH sont plus que légitimes. Personne ne peut ignorer que nous allons vers une crise humanitaire sans précédent. La présence dans la rade de Port-au-Prince du Navire-hôpital USNS Comfort de l’armée des Etats-Unis d’Amérique du Nord est une preuve que nous sommes déjà en pleine crise humanitaire. On se rappelle que la première fois que ce Navire-hôpital a battu pavillon dans la rade de Port-au-Prince, c’était après le séisme du 12 janvier 2010. Son retour est un indicateur que la crise a atteint des proportions alarmantes.

Dans leur posture d’autorités morales, RPPH, assument leur responsabilité en invitant les acteurs à s’asseoir pour entamer un dialogue dans le but de trouver des solutions pacifiques à la crise. Le postulat est simple, des démocrates ne peuvent refuser le dialogue comme méthode pacifique de résolution des conflits. Nous ne sommes plus au temps de la politique de la canonnière où les conflits se réglaient par les armes. Accepter le dialogue, c’est faire preuve d’humanité, de rationalité, de sens de responsabilité, de patriotisme, car la violence est destructrice alors que le dialogue est constructeur. Toutefois RPPH ne se sont pas offertes comme médiatrices or pour un dialogue de cette envergure, il est nécessaire qu’il y ait un médiateur indépendant, neutre et impartial bénéficiant de la confiance des acteurs et disposant de la capacité nécessaire pour mener à bien les négociations.

Présentement, nous avons une présence militaire étrangère sur le sol haïtien. C’est un constat, une triste réalité que nous ne pouvons feindre. Avec quelle fierté chantons-nous à gorge déployée « Du sol soyons seuls maitres » comme nous le faisons fièrement quand nous entonnons notre hymne national ?

Si nous sommes incapables de dialoguer pour trouver des solutions consensuelles à la crise ; si nous sommes incapables de prendre en main le destin de notre nation ; un nouveau maitre le fera à notre place et ce ne sera pas à notre avantage. Elites haïtiennes, nous avons le devoir historique d’éviter l’opprobre à notre chère Haïti. Soyons à la hauteur de ce grand rendez-vous de l’histoire et saisissons la perche tendue par RPPH pour enclencher de bonne foi un processus de dialogue.

Dr. Ricardo Augustin

Juriste – Politologue

Tél. : 3193-9045

Email : ricky_august@yahoo.fr

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".