Une agriculture plus résiliente et adaptée aux effets du changement climatique dans le haut Plateau central

Publié le 2019-08-08 | Le Nouvelliste

L’année 2019 se dessine comme une année particulièrement difficile pour l’agriculture haïtienne et, par ricochet, pour la sécurité alimentaire des ménages. En cause, une période de sécheresse très prolongée et un régime de pluies particulièrement irrégulier. En effet, alors que la saison sèche laisse généralement la place aux pluies à partir du mois de mars ou avril, on a dû attendre cette année jusqu’au mois de mai ou même juin pour constater les premières pluies importantes dans de nombreuses zones du pays, notamment certaines zones du Plateau central et du Nord-Est.

Les phénomènes climatiques, particulièrement les variations dans le régime des pluies, sont extrêmement complexes et il est donc difficile de les modéliser et les prévoir avec exactitude. Toutefois, les observations indiquent que la sécheresse qui a caractérisé ce début d’année 2019 a été accentuée par le phénomène El Niño présent dans le bassin des Caraïbes, un phénomène cyclique qui pourra donc se répéter dans les années à venir. Qui plus est, les spécialistes sont unanimes sur le constat qu’Haïti, comme la plupart d'autres pays, commence désormais à subir de plein fouet les effets du changement climatique, effets qui seront de plus en plus importants dans les années à venir. Pour le pays, les modèles climatiques prévoient entre autres une augmentation importante de la température, un régime de pluies plus aléatoire et des périodes de sécheresse plus prolongées, et encore une augmentation de la salinité du sol dans les zones côtières due à la hausse du niveau de la mer.

Il est évident que si ces effets ne seront pas pris en compte dans les politiques et les plans de développement du pays, cela ne va pas rester sans conséquence, notamment sur le secteur de l’agriculture, et de surcroît, sur la sécurité alimentaire du pays. Il est donc fondamental non seulement de tout mettre en œuvre pour mitiger le changement climatique à l’échelle globale, en limitant les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère afin de garder l’augmentation de la température globale bien au-dessous du seuil de 2°C, comme défini par l’Accord de Paris sur le climat de 2015, mais également d’adapter nos plans de développement en tenant compte des conséquences du changement climatique sur les différents secteurs.

Dans le secteur de l’agriculture, il est impératif d’adapter nos pratiques agricoles et d’identifier des variétés végétales améliorées qui soient adaptées aux effets du changement climatique, d’adopter donc une agriculture plus résiliente face au changement climatique, sans quoi il ne sera pas possible d’augmenter durablement la productivité agricole nationale et de lutter donc efficacement contre l’insécurité alimentaire.

Face à ce constat, le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, de concert avec le Comité interministériel d’aménagement du territoire et la Banque interaméricaine de développement, a procédé, en présence des autorités locales et des organisations paysannes, au lancement d’un vaste programme d’agriculture résiliente au changement climatique dans les communes de St-Raphaël et de St-Michel de l’Attalaye. Deux communes situées dans le haut Plateau central, une zone très importante pour l’agriculture du pays, sise dans le bassin versant de l’Artibonite, mais qui est également extrêmement sensible aux conséquences du changement climatique, notamment à la sécheresse.

Soutenu grâce à un financement du Fonds d’investissement climatique dans le cadre du Programme pilote pour la résilience climatique et mis en œuvre dans le cadre du programme de mitigation des désastres naturels du ministère de l’Agriculture, ce programme d'une durée de quatre ans sera centré sur la recherche, la formation et la vulgarisation agricole et sera mis en œuvre par deux consortiums, chacun composé d'institutions de recherche et d'organisations à la fois locales et internationales. Le consortium composé d'Agrisud international, du campus Henry Christophe de Limonade, de l'Institut de recherche pour le développement et de Gradimirh sera en charge de la bonne réussite du programme à St-Raphael, alors que, pour la commune de St-Michel de l’Attalaye, c’est le consortium composé de la Fondation Chibas, de l’Université Quisqueya et de Cirad qui en sera en charge.

À peine lancé, le programme est déjà en pleine phase de diagnostic agraire. Selon les vœux du ministère de l’Agriculture et des autres institutions en charge du pilotage du programme, les paysans seront au centre de la démarche et ne seront pas que de simples bénéficiaires ; guidés et encadrés par les deux consortiums, ils participeront activement au processus d’identification, de sélection et de mise à l’essai dans leurs parcelles des techniques culturales et d’élevage plus adaptées, non seulement aux caractéristiques climatiques de leurs communes, mais également à leurs conditions socio-économiques. Comme expliqué par les membres des consortiums, il s’agira notamment de nouvelles associations culturales et de pratiques impliquant un labourage très réduit de la terre, en réduisant ainsi l’érosion et en augmentant du même coup la fertilité du sol.

Une fois que ces nouvelles techniques auront été suffisamment testées et auront fait leurs preuves en matière de productivité agricole et de résilience au changement climatique, ce seront également les paysans qui seront en charge de leur vulgarisation, dans le cadre d’une démarche basée sur le modèle des champs école paysans. Il en sera de même pour les nouvelles variétés de céréales, légumineuses ou encore de tubercules qui seront d’abord développées et testées dans les parcelles paysannes, puis vulgarisées pour le plus grand nombre.

Ce projet ambitieux vise donc à supporter la recherche, la formation et la vulgarisation dans le cadre de la relance de la productivité agricole dans le haut Plateau central, pour augmenter les revenus des ménages ruraux, combattre l’insécurité alimentaire, et du même coup mitiger les risques de désastres naturels à travers la mise en œuvre d’une agriculture plus résiliente et plus adaptée aux effets du changement climatique.

Lorenzo Roveli

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