Causeries sur l’oreiller

Commentaires de l’article de Ginette Chérubin « On m’a volé un rêve »

Publié le 2019-08-12 | Le Nouvelliste

Robert Paret

Combien  de fois, le soir venu, après une dure journée de labeur,  quoiqu’épuisés  par la fatigue qui alourdissait nos  paupières,  Ginette et moi n’avions-nous pas partagé quelques  causeries  sur l’oreiller ? Car il y a toujours quelque chose à raconter ou à signaler dans ce pays aux innombrables imprévus. Dans ces circonstances, nous commentons très souvent l’actualité du jour tout en étant persuadés de devoir revenir, le plus souvent, aux mêmes rengaines de la veille. À moins qu’un évènement inattendu ne nous surprenne. Dans ces échanges relaxants qui parfois s’accompagnent de  petites dégustations, nous parlons un peu de tout et il arrive parfois que nos idées divergent. Toutefois on se retrouve toujours sur les points essentiels qui nous unissent tels que : l’avenir de la nation et la nécessité d’introduire la moralité et la probité dans  la gouvernance du pays. L’urgence de revenir à un État fort, indépendant, au profit de tous les Haïtiens, en nous débarrassant des scories qui l’embarrassent, n’a jamais souffert d’aucune discussion. Cela demeure depuis des années le point fort de nos convenances  idéologiques. C’est pourquoi nous réclamons à l’instar de la majorité de la population haïtienne le départ de ce gouvernement inapte à accomplir une telle mission.

De nos jours, la vulgarité  de la politique s’entremêle si bien à la précarité de la vie  quotidienne  que leur effluve dégage la même senteur âcre des jours sans soleil. On s’accommode tant bien que mal à cet inconfort. Si bien que leurs méfaits  se noient dans l’indolence ou dans  la soumission à un ordre anarchique.

Comment peut-on imaginer dans un pays  avec tous les attributs d’un État  indépendant  et souverain  que des fonctionnaires  de l’État demeurent plus de 3 mois sans solde? D’autres, au plus bas de l’échelle, patientent depuis plus de 24 mois ! Plus horrible encore : des enlèvements, des vols, des assassinats, des crimes collectifs sont perpétrés en plein centre  de la capitale sans que leurs auteurs ne se sentent nullement inquiétés. Certains organismes de défense des droits humains avancent l'idée sans ambages qu’il y aurait complicité entre les criminels et certaines instances gouvernementales.

Face à cette décadence qui nous accable, certains  individus  s’arrachent les cheveux, d’autres crient au scandale, les plus déprimés s’enferment dans un silence de plomb. Sauf que dans ce capharnaüm le peuple n’a pas encore dit son dernier mot. Fort heureusement  qu’il y a encore des hommes et des femmes qui ne baissent pas les bras.

Ma femme Ginette est de cette trempe. Toujours  prête à bondir et à se défoncer  lorsque la patrie et la famille – englobant ses proches -  sont en danger. Ce binôme, elle en fait son credo de vie.

Désarçonnée par ce navrant constat, ne pouvant plus contenir son martyre, elle a laissé éclater son exaspération dans un texte ou le lyrisme embrasse sa colère : « On m’a volé un rêve. »! Elle a réagi à cette calamité.

 Dans un aveu presque embarrassant, elle reconnaît que le slogan électoral du candidat Jovenel Moïse l’avait séduite. Ce nouveau langage « tè a, dlo a, solèy la, moun yo », sorti des lèvres d’un politicien, l’avait happée, « en dépit de mon aversion pour la tribu des "roses", s’empressait-elle d’ajouter.  Sa sensibilité de poète l’avait portée à croire en la sincérité de tels propos à « nous inviter au ralliement autour de nos ressources  pour un pays nouveau ». De « la parole apaisante du jeune président » Hélas ! Hélas ! « En guise de l’envol, aggravant sa disgrâce d’inculpé, il a choisi l’enfouissement dans le ventre pourri de la bête, un plongeon, tête la première dans la frange des bandits légaux, dans le purin des fossoyeurs de la Patrie.»

Et dans une envolée pathétique, elle conclut : « Vous avez volé mon rêve …Soyez maudit, condamné et damné pour toujours ! Nou rele chalbari dèyè w ! Kite peyi m tande ! Pati ! Pati ! Ale ! Laissez-nous. Laissez-nous avec la terre, l’eau, le soleil d’Ayiti… Laissez-nous avec nous – mêmes. Tè a, dlo a, solèy la  se pa nou. Jenès la la, jenès la djanm. Que le châtiment des Pères et des Mères de la Patrie vous emporte vous et vos sbires. Dégagez ! Libérez-nous enfin ! … de l’autre bord renaîtra l’Ayiti chéri de nos rêves.

 De mon côté, j’avoue n’avoir jamais été dupe d’un tel discours. Car, comme dit un dicton  haïtien, « joumou pa donnen kalbas ». Fils de « tèt kale – bandi legal », il ne pourrait qu’hériter des mêmes sentiments. Sans oublier que leur mentor en politique disait déjà : « Pitit tig se tig.»

Voilà pourquoi je ne cesserai jamais de reprendre les sages paroles de Georges Orwell : « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

C’est pourquoi nous réclamons la réalisation du procès « PetroCaribe » qui viendra mettre fin à cet État prédateur afin que le peuple haïtien ne soit plus  victime d’un tel vandalisme.

 Pour ma part, je pense que pour se soustraire aux influences néfastes d’un environnement anarchique et despotique il n’y a mieux que de rester dans le droit chemin et d’occuper son temps à faire œuvres qui vaillent  et  qui enrichissent l’esprit. C’est pourquoi  je me refuge dans l’atmosphère apaisante de mes créations artistiques.

Pèlerin août 2019.

       

Robert Paret paretrobert@yahoo.fr Auteur

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