Avec Taïwan ou avec la Chine, rien n’avance pour Haïti sous Jovenel Moïse

Publié le 2019-07-11 | Le Nouvelliste

Haïti a le cœur entre les deux Chines, depuis des années. La grande, celle de la République populaire de Chine et la petite, celle de la République de Chine. Au fil des ans, nos dirigeants ont fini par faire de la place pour les deux, sans que cela soit profitable au pays.

Taïwan, la République de Chine (ROC), est notre ami depuis des décennies. Elle a une ambassade dans nos murs et multiplie les gestes d’amitié envers Haïti. Les deux pays organisent des visites réciproques de leurs autorités et, de temps à autre, des millions en dons ou en prêts, agrémentent l’ordinaire des ministères ou financent les besoins de la présidence haïtienne.

La Chine, celle de Mao, a un simple bureau commercial en Haïti. Son représentant dans le pays n’a pas le titre d’ambassadeur. Haïti cultive autant que possible son amitié de membre du Conseil de sécurité des Nations unies sans aller plus loin. Les relations commerciales sont fortes et si des firmes chinoises vont et viennent en Haïti, elles le font dans le cadre d’initiatives privées.

Pris par leurs engagements envers Taïwan, les présidents haïtiens, depuis François Duvalier, renouvellent, au moins une fois par an, leur attachement à Taipei quel que soit le parti politique qui gouverne Taïwan.

Pour Pékin, c’est plus discret. Nos dirigeants rêvent des milliards chinois avant d’être, à chaque fois, réveillés par les rappels à l’ordre de nos amis américains ou par la diplomatie attentionnée des Taïwanais en poste chez nous.

Pour la première fois, cette année, Haïti a nommé en Chine un diplomate de carrière. Cela va-t-il changer la donne ?

Non. La rigueur avec laquelle les Américains dictent le choix Taïwan à Haïti sous Jovenel Moïse laisse peu de place à une ouverture soudaine et un changement de cap radical.

Pour la première fois aussi, Taïwan met un peu plus d’argent que d’habitude dans la coopération avec Haïti. Cela va-t-il changer la donne ?

Non. Le Parlement haïtien, par exemple, n’a jamais ratifié le prêt de 150 millions de dollars octroyé à Haïti depuis plus d’un an. L’argent devait servir à renforcer le réseau électrique du pays, projet phare de Jovenel Moïse.

Non doublement, si on se rappelle que lors de sa visite à Taïwan en mai 2018, le président Jovenel Moïse et la présidente Tsai Ing-Wen avaient signé un protocole d’accord sur l’établissement d’une nouvelle alliance. Les deux pays s’étaient entendus pour renforcer leur coopération. Cela devrait permettre à Haïti d’obtenir des crédits pour développer ses infrastructures et d’encourager des partenariats entre les secteurs public et privé des deux pays.

Pour assurer le suivi des discussions entre les deux chefs d’État, la création d’un comité binational de haut niveau avait été annoncée. Cette structure devait être dirigée par les ministres des Affaires étrangères des deux pays. Elle devait travailler durant 60 jours avant de produire un dossier sur ce que les deux pays vont décider ensemble pour l’avenir de leur coopération.

On n’a jamais entendu parler de cette structure, rappelait, cette semaine encore, Robenson Geffrard dans un article du Nouvelliste.

La question n’est pas quelle Chine Haïti veut sous Jovenel Moïse, mais bien que veut Haïti sous Jovenel Moïse.

Sans projet, sans gouvernement, sans stabilité, sans légitimité, sans des institutions fortes, les relations internationales ne peuvent servir à grand-chose avec les Chinois comme avec les autres peuples.

Frantz Duval
Auteur
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