Quand le discours politique est mis au scanner

PUBLIÉ 2019-07-09
Sur le thème « Le discours politique : un long monologue », s’est tenue à l’Institut Français une conférence-débat coanimée par le rédacteur en chef du Nouvelliste Frantz Duval et le docteur en sociologie Lukinson JeanDans cette présentation très interactive, l’histoire du discours politique et ses finalités ont été mises en évidence.


La quatrième édition du festival En Lisant, il convient de le rappeler, met l’emphase sur les « monologues », un genre peu exploité, peu connu des outsiders selon les initiateurs. C’est donc tout à fait naturel qu’ils aient pensé à insérer dans la programmation une conférence-débat intitulée « Le discours politique : un long monologue » (ou en créole « Politisyen pale pou tèt li avan li pale pou moun »). Le rédacteur en chef du Nouvelliste, Frantz Duval, et le sociologue Lukinson Jean étaient les panélistes. Ralph Thomassaint Joseph d’Ayibopost faisait office de modérateur.

Frantz Duval remonte aux héros Toussaint et Dessalines pour arriver au chef actuel de l'État, Jovenel Moïse, sans oublier les ex-présidents Jean Bertrand Aristide ou Leslie François Manigat. Il explique que le discours de chaque politicien dépend de son époque et du contexte auquel il fait face. Quelques cas de figure pour corroborer ses propos... Aristide est le premier à introduire le créole dans le débat politique. « Cette langue durant la période des Duvalier n’était utilisée que dans les médias à caractère religieux (Radio Soleil) ou encore pour les publicités sur le planning familial. Le discours d'Aristide au ton de théologie de libération se diffusait facilement grâce à ce créneau », dit Duval.

Au sujet de René Préval que d’aucuns considèrent comme un muet vu qu’il ne parlait pas beaucoup, le rédacteur en chef du Nouvelliste estime que son mutisme était son moyen à lui de communiquer. « Le discours, parfois, ajoute-t-il, permet de pallier à un manque de réalisations par rapport aux promesses de campagne. C’est le cas pour Obama qui rentre dans la galerie des grands orateurs. »

Toujours selon Duval, il arrive parfois que le discours piège son orateur. «  Jovenel Moïse, note-t-il, en faisant de la corruption son principal argument de campagne, s’est ensuite retrouvé pris au piège quand des suspicions le concernant ont fait surface. »

Le sociologue Lukinson Jean lui a surtout critiqué les médias  de chez nous qui selon lui sont trop de mèches avec les politiciens. Ces mots à l’endroit des travailleurs de la presse ne sont pas tendres. « Ils manquent de professionalisme, ça se voit à l’œil qu’ils ne pensent pas à mener des investigations ». L’universitaire en est venu à questionner la raison d’être de l’omniprésence des politiques sur la radio qui est le média le plus accessible.

Frantz Duval en réaction à ces propos avance que l’idée ce n’est pas de revenir à l’époque où la parole était bridée, (lè te gen baboukèt) tout en admettant cette ominiprésence. La rencontre s’est bouclée par un échange entre les deux présentateurs et le public dans le quel se retrouvait le professeur Josué Mérilien.



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