Urbanisation

Le choix de la normalisation sur la route de Juvénat

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Publié le 2019-07-08 | Le Nouvelliste

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

L’investissement hôtelier de  Karibe répondait à une nécessité. Le visiteur, qu’il vienne de Pétion-Ville ou qu’il ait remonté la route du Canapé-Vert en passant par la localité de Débrosse, pénètre dans le quartier résidentiel de Juvenat pour atteindre sur une pente surélevée l’important complexe hôtelier. Un sourire de satisfaction se dessine sur ses lèvres. Comme ce fut mon cas le mardi 18 juin 2019 au cocktail donné en fin d’après-midi dans ce local par les organisateurs de la foire « Livres en folie ». Débuté dans les jardins, le cocktail devait atteindre son summum dans la grande salle de projection où Dany Laferrière reçut le trophée de gardien du livre et prononça une belle causerie. Le Nouvelliste en fit la relation dans son édition du mercredi 19 juin.

Je veux plutôt embrasser la route qui mène à l’hotel Karibe dans son quotidien. L’inauguration a eu lieu le 6 février 1988 par le général-président Henri Namphy sur le départ. Le lendemain, il devait passer le maillet au professeur Leslie Manigat, président élu. Le rappel est nécessaire puisque durant les 4 mois de son passage aux affaires, son gouvernement s’attaqua au développement anarchique de la zone. On ressentit par cette intervention ou par cette reprise en main de l’État de la situation un début d’ordre. Les constructions anarchiques au bord de la route étaient démolies, dans les hauteurs interdiction  de la coupe des arbres et subséquemment de construire des maisonnettes. Tout cela dura l’espace d’un cillement.

J’emprunte la route du Juvenat avec régularité depuis la semaine du 1er juillet. Les yeux courent sur un spectacle effarant : des deux côtés de la route le béton a pris le dessus. Des immeubles commerciaux en veux-tu en voilà. Poissonnerie, quincaillerie, car wash, station d’essence, banque commerciale, écoles, dépôts de produits alimentaires, banques de borlette, studios de beauté,… Ces activités formelles répondent au souci de satisfaire la demande multiforme. Or, l’invasion de l’informel dérange et nuit à l’environnement, il est certain que le « petit dégagé pour vivre » éloigne de l’urbanisation. Je n’ose ajouter : ordonnée.

Faites-en l’observation : dès le passage sur le petit pont donnant à gauche sur l’entrée de la localité de Philippeaux, la pression du quotidien pousse les marchandes à étaler leurs produits sur les accotements. À droite, une échoppe de réparation de pneus. Évidemment, les trottoirs sont de jour comme de nuit occupés par des véhicules en stationnement. La circulation avec surtout les véhicules tap-tap qui font le trajet jusqu’à Débrosse—et le non respect du Code de la route par ces chauffeurs—est infernale. Arrêts au beau milieu de la voie pour l’embarquement et le débarquement des passagers. Je ne vous fais pas un dessin mais c’est ainsi tous les jours malgré les efforts de la police pour mettre de l’ordre dans ce désordre.

Comme le constatait Jean-Claude Gianadda de passage à Port-au-Prince en mai 2017, ce sont les images de pauvreté au bord de la route qui bouleversent. Le Canapé-Vert n’échappe pas à ce constat. Réparateurs de pneus, installation de réchauds sur lesquels sont juchées des chaudières de nourriture, consommation de nourriture sur le pouce, marchands d’eau de coco et parfois de canne-à-sucre,… Plus loin, jusqu’à la station de Débrosse installation de bacs de poulet grillé. Le spectacle n’est jamais beau à voir.

Le mercredi 3 juillet, au matin, étalement d’alluvions après la pluie diluvienne de la veille en soirée. Pour cause : dans la montagne le déboisement accéléré pour, dans ces surfaces, multiplier les constructions anarchiques, surtout de nuit. Je m’explique : pendant la journée empilement de sable blanc au bord de la route puis ensachage pour faciliter le transport sur les pentes. Je ne cherche pas à savoir comment ces gens de l’informel s’arrangent pour le transport de blocs. Une chose est certaine : ils y parviennent. Conséquence : en deçà de Boutilliers on remarque de moins en moins d’espaces verts.

Le plus désolant est cette décharge de détritus au bord de la route. Le mercredi 3 juillet, très tôt et tout le long de la journée, à l’aide d’un camion avec pelleteuse la mairie s’activa à déblayer la route. Concomitamment, la décharge de détritus fut aux trois quarts évacuée. Cette intervention rapide peut s’assimiler à un coup pour rien. « Lave men siye atè ». Dans la mesure où si les pluies recommencent, les mêmes causes produiront les mêmes effets. D’autant que l’incivisme est têtu : dans le même emplacement des gens mal intentionnés déversent encore du fatras.

J’arrête ici le long constat, précédé de considérations historiques. Je voulais faire ressortir que l’urbanisation et le développement touristique sont contrariés par la persistance de l’extension de l’informel. Le choix doit être fait : le « lese grennen » ou la reprise en main de la situation par État central et mairie. Sans quoi, nous tournons en rond.

Un dernier mot : longeant la route menant au complexe hôtelier, l’attention est attirée sur l’initiative unilatérale de résidents ayant, mal à propos, placé des pieux sur les trottoirs. Ce qui réduit les espaces de stationnement. Là encore, le sens du collectif doit prévaloir.

                                          

                                                                                                                                                Jean-Claude Boyer

                                                                                                                                                Jeudi 4 juillet 2019

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