Il y a 50 ans tombait Raymond Jean-François

Publié le 2019-07-04 | Le Nouvelliste

                                                                                                                                                   Bay kou bliye, pote mak sonje

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O deux juillet féroce sous une lune basse

 Tressautement de l’abeille tapie dans les gouttières

 Au coin de la rue 5

 Deux juillet de cuivre et de plomb.

 Anthony Phelps

Le 2 juillet 1969 tombait sous les balles assassines d’un macoute le révolutionnaire héroïque Raymond Jean-François.

Il milita aux côtés de Jacques Stephen Alexis, fondateur du Parti d’Entente Populaire.

Il participa activement à la grève des étudiants lancée par l’UNEH (l’Union nationale des étudiants haïtiens) en 1960.

D’une extraordinaire capacité d’organisation, sa dévotion à la cause des masses populaires, son esprit d’initiative dans le travail pratique d’organisation accouplé à une grande vision, expliquent son élection  à la direction du parti à l’âge de 18 ans.

Étudiant à l’École normale supérieure, il fut arrêté en 1961 ainsi qu’une vingtaine d’étudiants et de lycéens. Sauvagement torturé, il eut le bras cassé. « Une menace de grève totale des étudiants de l'ENS » força la dictature à libérer les jeunes.

Sous le pseudonyme de Levantin, il publia dans les journaux du PEP plusieurs articles de réflexion profonde et d’orientation sur la lutte anti-impérialiste et antiféodale pour une révolution démocratique en Haïti.

Ce 2 juillet 1969, Raymond n’a pas eu la chance de se défendre, à cause d’une défectuosité de son arme. Pour semer ses poursuivants, il aurait pu fuir  au milieu des marchandes  (il était proche du marché). Il ne le fit pas, par peur d’exposer leur vie. Et il paya de la sienne cette ultime démonstration de générosité. Il fut exécuté à bout portant par l’un de ses poursuivants.  

La militante Adrienne Gilbert qui l’accompagnait fut arrêtée. Après l’exécution de Raymond près du marché du Cap-Haïtien, au coin de la rue 5, son cadavre fut transporté à la morgue de l’hôpital Justinien où il eut la tête tranchée sur ordre du capitaine Gérard Louis. C’était le vœu de papa doc, qui voulait sur son bureau les têtes de ses plus solides adversaires. À l’époque les communistes et révolutionnaires haïtiens.

Plusieurs autres camarades seront également arrêtés le même jour, comme Aymard,  le jeune frère de Raymond.  Adrienne Gilbert emmenée aux casernes du Cap-Haïtien fut sauvagement maltraitée par une horde de macoutes aussi capons que féroces. L’un d’eux, mécontent d’avoir couru pour les rattraper, lui éclata le crâne d’un coup de revolver.[2]

Raffinement de cruauté, le capitaine Gérard Louis emmena dans son véhicule deux prisonniers, Aymard Jean-François, le jeune frère de Raymond, et Adrienne Gilbert. Cette dernière dut faire le voyage Cap-Haïtien/Port-au-Prince avec, au milieu de ses jambes, le seau contenant la tête de son camarade Raymond, récemment exécuté.

Le nom de Raymond Jean-François  appartient à l’histoire d’Haïti et à celle de tous les peuples de notre Amérique en lutte pour leur libération.

Honneur et gloire à tous les communistes, révolutionnaires et patriotes tombés pour l’émancipation de notre peuple.

Port-au-Prince, 2 juillet 2019

Myrtha Gilbert

[1] Haïti sous Duvalier : Terrorisme d’État et visages de la résistance

[2] Témoignage de Adrienne Gilbert, ancienne prisonnière politique de 1969 à 1973.

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