Haïti, débâcle d’une interminable querelle fratricide pour l’accaparement du pouvoir

Publié le 2019-06-17 | Le Nouvelliste

215 années se sont déjà écoulées depuis que ce peuple parte à la conquête de sa destinée. Sa quotidienneté, à travers une kyrielle d’artifices, se voit bafouée, puis dissimulée dans un tohu-bohu cyclique suscitant à la fois admiration ou déception des observateurs du système dépendamment des motivations mises en exergue.  Ces observateurs bien que constitués d’un conglomérat regroupant à la fois acteurs nationaux et internationaux, contemplateurs, bénéficiaires  et victimes ; l’identification des éléments distincts générateurs de la descente vertigineuse aux enfers en vue de parvenir à une décantation causale de la réalité en présence est dosée d’une portée philosophique supérieure aux énigmes d’un sphinx. Ainsi, incompétence, trahison, déboire,  malheur, subterfuge, tromperie, hypocrisie, traitrise, combine, assassinat, mal gouvernance, élan dictatorial, âpreté au mal, coup d’État, crime prémédité, instabilité généralisée ; deviennent les armes utilisées par nos soi-disant ayant-droits ou ayant-causes pour nous opprimer. Le peuple est multiplement victime.

Le vieux Cicéron a eu à dire : « c’est se comporter comme un éternel enfant que d’ignorer ce qui était passé avant nous ». Cette considération a établi de façon irréfutable le pouvoir pédagogique de l’histoire dans l’interprétation des évènements présents et la planification de ceux à venir. Les manœuvriers qui s’obstinent dans l’anachronisme ou dans la mésinterprétation volontaire des faits historiques  tracent une voie sans issue à leurs suiveurs et, la tragédie socio-politique de la société haïtienne y trouve une explication factuelle.   

Pourquoi l’irrémédiable dérive d’aujourd’hui ?

Une compréhension systémique des déboires du peuple haïtien pourrait aisément s’expliquer dans l’interprétation des contenus figurés dans la liste ci-dessous :

A- Mandat écourté (dechouke)

1              Jean Pierre Boyer (1818-1843)

2              Rivière Hérard (1843-1844)

3              Jean-Louis Pierrot (1845-1846)

4              Emp Faustin Soulouque (1848-1859)

5              Fabre Nicolas Geffrard (1859-1867)

6              Michel Domingue (1874-1876)

7              Boisrond Canal (1876-1879)

8              Lysius F. Salomon Jeune (1879-1888)

9              Nord Alexis (1902-1908)

10           Antoine SDimon (1908-1811)

11           Michel Oreste (1913-1914)

12           Oreste Zamor (1914-1914)

13           Davilmar Théodolre (1914-1915)

14           Elie Lescot (19341-1946)

20           Franck Sylvain (1957-1957)

21           Daniel Fignolé (1957-1957)

22           Jean-Claude Duvalier (1971-1986)

23           Leslie François Manigat (1988-1988)

24           Henri Namphhy (1988-1988)

25           Prospère Avril (1988-1990)

26           Jean B. Aristide (1991-1991)

27           Joseph Nerette (1991-1992)

28           PM Marc Louis Bazin (1992-1993)

29           J. B. Aristide (en exil) (1993-1994)

30           Emile Jonassaint (1994-1994)

31           J. B. Aristide  (2001-2004)

32           Joseph M. Martelly (2011-2016)

B- Mort au pouvoir

1              Emp Jean J Dessalines (1804-1806)

2              Emp Henri Christophe (1807-1820)

3              Alexandre Pétion (1807-1817)

4              Philipe Guerrier 1844-1845)

5              Jean-Baptiste Riché (1846-1847)

6              Sylvain Salnave (1867-1869)

7              Florvil Hyppolite (1889-1896)

8              Cincinatus Leconte (1911-1912)

9              Tancrède Auguste (1912-1913)

10           Vilbrun G. Sam (1915-1915)

11           Francois Duvalier (1957-1971)

C- Mandat achevé

1              Nissage Saget (1870-1874)

2              Tirésias Simon Sam (1896-1902)

3              Sudre Dartiguenave (1915-1922)

4              Louis Borno (1922-1930)

5              Eugène Roy  (1930-1930)

6              Esténio Vincent (1930-1941)

7              Junte : Antonio Thrasybule Kébreau (1957-1957)

8              Junte : Henri Namhy (1986-1988)

9              Ertha Pascal Trouillot (1990-1991)

10           Jean Bertrand Aristide (1994-1996)

11           René Garcia Préval (1996-2001)

12           Boniface Alexandre (2004-2006)

13           René Garcia Préval (20067-2011)

14           Jocelerme Privert (2016-2017)

Sources : Ouvrages d’histoires et Galeries combinés

De Janvier1804 au début  de Juin 2019, 59 Chefs d’État et d’autres formes de gouvernements, les uns plus exceptionnels que les autres se sont succédé à la magistrature suprême de l’État ; leurs performances laissent percevoir qu’Haïti n’est autre que le centre des damnés de l’humanité, ‘‘l’entité chaotique ingouvernable’’, la déception de l’Amérique pour y être le seul pays du quart monde. Les données consignées dans le tableau ci-dessous témoignent que de ces chefs d’États et gouvernements, 23.72% complètent leurs « mandats » ; 18.64% meurent au pouvoir (soit 3 assassinats, 1 suicide et 7 morts naturels) ; 56.89% ont vu leurs « mandats » écourtés pour ouvrir la voie la transition. Cette dernière représente la file d’Ariane qui emmaillote environ les 72.88% de nos Chefs d’État ou de gouvernements de fait. Ainsi, il faut repenser la manière de diriger ce pays.

Regardons seulement les 23.72%. Les 14 nominés comme ayant leurs mandats achevés présentent certaines ambiguïtés :

4 d’entre eux (6.77%) étaient sous l’occupation américaine de 1915 ;

5 d’entre eux (8.47%) y sont classés uniquement pour avoir organisé des élections d’où émanaient des chefs d’États élus ;

  3 d’entre eux (5.08%) étaient sous le gouverne des Nations unies.

En bref, seulement 2 d’entre eux (3.38%) avaient malgré tout complété leurs mandats. A l’inverse, 94.91% des soit disant projets et visions nationaux que charrient les dirigeants haïtiens se volatilisent pour se transformer souvent en énergie de défense pour la sauvegarde du pouvoir. Ceci traduit clairement qu’Haïti a été depuis et toujours en ses 215 années de nation, le théâtre des guerres fratricides et d’interminables querelles intestines qui sont génératrices de son non développement et d’inutiles gaspillages.

Pendant 215 ans, tout reste projet : Projet de pays, projet de peuple, projet de nation, projet de société, projet de vivre ensemble- ce pivot autour duquel doit tourner la refondation de la nation.

 Y a-t-il lieu d’espérer ?

Les turpitudes exubérantes qui sévissent dans la ‘société haïtienne’, quoiqu’elles sont les résultats d’une non gouvernance, ne traduisent pas une faillite nationale. Les séquelles du colonialisme continuent à avoir d’impensables incidences sur notre histoire de peuple : face à la richesse nationale, les dirigeants s’interposent comme de vrais colonisateurs tandis qu’ils se réduisent en colonisés lorsqu’il est question transcender leurs egos pour planifier en système les projets nationaux de développement intégrés. En ce qui a trait à la priorisation des intérêts supérieurs de la nation et l’interprétation optimale des faits historiques, les déficits sont criants tant du côté du gouvernement que de l’opposition. Ceci nous place au cœur d’un imbroglio où le flux d’incertitudes s’accroit à une vitesse exponentielle. Fort de ce constat, l’heure est au changement véritable.

Que l’on soit leaders d’opinion ou conducteurs autoproclamés de la destinée du peuple haïtien, étant à un moment critique de l’histoire, le contexte de l’action requiert une dextérité ardue. Dans son discours aux gradués 2019 de la Haward University, publié le 5 juin 2019, la Chancelière Allemande, Angela Merkel rappela aux diplômés que : « tout changement commence dans la tête ». Dans le contexte haïtien, cela passe indubitablement par l’appropriation de la vision cartésienne du processus de rééducation placé dans un contexte de désorganisation et de réorganisation mentale en vue d’accéder au réel dans sa dimension générique. D’où l’émergence de nouvelles valeurs desquelles naitront d’honnêtes serviteurs, apôtres de ce changement.

Contextualisation du changement

Dans le même discours, la Chancelière Allemande précisa, en guise d’exhortation aux diplômés : « Nous devons plus que jamais penser à agir de manière multilatérale et non unilatérale, de façon globale et non nationale, être ouverts au monde plutôt qu’enfermés dans un superbe isolement ». Avec la magie de la Technologie de l’Information et de la Communication (TIC), l’ultranationalisme est frappé de désuétude et de la surannéité. Comme les ‘terriens’ d’Edgar Morin, il est temps que les Haïtiens aient une attitude monde pour pourvoir faciliter les échanges avec qui que ce soit en toute dignité. Bien que ceci nécessite aussi un vrai reformatage de notre formation tant sur le plan familial qu’académique, les mouvances sociales qui gagnent les rues ne peuvent être circonscrites dans une perspective ultranationaliste puisqu’elles sont une réalité monde visant à changer l’ancienne donne issue de l’époque moyenâgeuse et qui a connu son apogée avec la révolution industrielle et l’essor du capitalisme. Si le drame du ‘Petro-caribe’ symbolise la cause occasionnelle qui déclenche les hostilités intra nationales, il est loin d’être la cause essentielle et profonde.

Etant sous le joug de l’esclavage, Haïti avait ratée la révolution industrielle.  L’inexistence d’une vision d’ensemble de notre réalité de peuple nous a porté à gaspiller 215 ans de notre existence comme peuple. Comme la révolution française de 1789 et le courant philosophique ‘Les Lumières’ aidèrent grandement à solutionner le problème de l’esclavage, saisissons ce moment de réveil sociétal  transcontinental pour ‘poser en sage architecte’, comme a dit la bible, le fondement du développement d’Haïti.

Clérosier Etienne

Ing civil/ Sociologue/ M. Ed

+509-3773-4430/ 3353-1390

E-mail : ceced004@yahoo.fr

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