Submergés par le change

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Publié le 2019-06-04 | Le Nouvelliste

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Le change monte et n’en finit pas de monter. Entrainant les prix dans son sillage. Personne ne sait où donner  de la tête  ni à quel saint se vouer. Au-delà du réflexe facile, par les commerçants, de valse des étiquettes, il faut bien poser le problème de la double circulation monétaire, déjà trop longtemps esquivé.

Sommes-nous à la veille d’une nouvelle explosion sociale ? Au fil des rencontres, l’inquiétude est extériorisée : « Gen yon mizè ! » (Il y a une misère !). Votre interlocuteur s’empresse d’ajouter : « Lajan an est à 95 gourdes. Et il faut sortir 100 gourdes pour en trouver. Pour en trouver, il faut avoir besoin d’au moins 20 000 dollars. » Comme quoi en-deça, la demande (de monnaie-devise) n’est pas intéressante.

Il est vrai que ce matin-là du vendredi 31 mai 2019, je m’entretiens avec une commerçante de la place. Au-delà du change qui monte et des prix qui le suivent pas à pas, est vivement redoutée une explosion sociale. Du train que cela va, se profile à l’horizon le spectre d’un nouveau déchaînement de la grogne populaire. Il suffit de l’extériorisation de ce mécontentement par le cri rageur : « Nou bouke ! Nou pa kapab ankò ! » (Nous sommes fatigués ! Nous n’en pouvons plus !) pour que tout s’embrase.

Dans la semaine du 20 mai, j’ai  suivi avec appréhension le reportage de Radio Métropole sur la dollarisation des prix jusque dans le commerce informel. Un marchand de chaussures fixe désormais ses prix en gourde et en dollar. Un marchand de vêtements en dollar. Un troisième et dernier en dollar. Ils avouent ne pouvoir en faire autrement. Ils suivent la tendance.

En réalité, l’instabilité des prix devient permanente et plonge les ménages dans le désarroi. Les vendeurs n’ont plus de parade, ils ajustent les prix à la moindre poussée du change et ils redoutent la mévente. Sur le marché du travail, ceux qui sont actifs, c’est-à-dire qui ont un emploi et perçoivent un revenu, s’appauvrissent. Et les vendeurs ne sont pas étonnés de ne pas voir partir le stock comme ils le voudraient. Dans cette incertitude, ils relèvent les prix et ne peuvent s’en empêcher.

Radio Métropole, dans un reportage, fait état, à partir de récentes statistiques disponibles, du glissement mensuel de l’inflation à 2½%. Chaque mois, les prix à la consommation augmentent de 2½%. Commentaire de Rivers Dunac suite au reportage de Luckner Garaud : « Et le salarié n’est même pas foutu de produire auprès de son patron une demande d’augmentation de sa paye! » Un véritable cercle vicieux.

L’indexation des salaires joue plus facilement dans un milieu industriel, pas automatiquement dans une économie de services. Encore moins dans une économie à double circulation monétaire. Car toute la difficulté réside dans l’équilibre à trouver dans le change (dans le délicat rapport gourde/dollar) et dans la contention des prix. La stabilité exige la renonciation à la double circulation monétaire. Mais qui osera prendre cette décision ? Déjà que le gouvernement a cédé devant le désir de dollariser de ceux qui se sont sentis lésés, dès l’annonce du 1er mars 2018, par l’enclenchement du processus de dédollarisation de l’activité économique. Pourtant, il faut bien y penser !

Deux monnaies en circulation interne avec un change flottant posent de sérieux problèmes, indépendamment du déficit budgétaire que les autorités essaient de contrôler à travers le cash management. La réduction significative du train de vie de l’État, ce n’est pas tout. L’injection de 150 millions de dollars sur le marché financier pour faire baisser les prétentions des spéculateurs et ainsi le change, ce n’est pas tout. Est hautement souhaité le retour de la stabilité politique par le gouverneur de la banque centrale et par la majorité silencieuse. Mais demeurera le problème de la double circulation monétaire que nous traînons aux pieds comme un boulet de forçat !

   Jean-Claude Boyer

    Dimanche 2 juin 2019

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