Où sont nos élites ?

Publié le 2019-05-27 | Le Nouvelliste

Haïti est comme un bateau ivre en pleine tempête. Tous les passagers font le dur constat que le capitaine et ses matelots perdent le contrôle du navire.

Qui ne se demande pas que dirigent aujourd’hui les autorités haïtiennes ? Et qui dirige Haïti ?

L’incapacité de nos dirigeants à freiner la dégringolade de la gourde par rapport au dollar américain et la montée spectaculaire de l’insécurité à travers les grandes villes du pays particulièrement à Port-au-Prince confère à ces questions tout leur sens. Et voilà qu'on se rappelle que le Parlement et l’exécutif peinent à s’entendre pour doter le pays d’un gouvernement légitime depuis environ deux mois.

Sans gouvernement légitime, le pays n’est pas en mesure de négocier avec les bailleurs de fonds. Pour cause, l’économie se meurt. La misère prend des gallons. Entre-temps, la magistrature assise est à sa deuxième semaine de grève, privant ainsi les justiciables de leurs droits. Il faut aussi se rappeler que le pays n’a toujours pas de budget pour l’exercice fiscal qui a débuté en octobre dernier.

Le plus dur dans tout cela, on ne voit pas même l’envie chez nos dirigeants de soigner les maux qui rongent le pays. L’exécutif et le Sénat ne se parlent pas pour tenter de défaire le nœud gordien qui empêche la tenue de la séance de ratification de la déclaration de politique générale du Premier ministre Jean-Michel Lapin.

Après une semaine de grève, aucune négociation n’est entamée entre les protagonistes en vue de la reprise des activités dans les tribunaux.

Dans les rues, on ne constate aucun dispositif pour traquer les bandits qui sèment le deuil. Pendant que le Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti et le haut commandement de la PHN sont visiblement en plein sommeil, les bandits, eux, ne chôment pas.

Le climat socio-économique n’est pas reluisant, mais il semble loin d’inquiéter la communauté internationale, notamment le Core Group et l’ambassade des États-Unis qui étaient venus à la rescousse du président Jovenel Moïse lors de l’opération «Peyi Lòk». Leur silence doit nous rappeler que c’est à nous Haïtiens qu’il revient de trouver des solutions aux problèmes que confronte notre pays.

La communauté internationale a déjà essayé plusieurs formules dans le cas d’Haïti : tutelle, occupation, protectorat, pour les mêmes résultats. Dans l’un ou dans l’autre cas, nous n’avons récolté que crise économique, instabilité politique et affaiblissement de nos institutions.

N’est-il pas temps que nous cherchions des solutions haïtiennes à notre crise profonde ? Voilà la responsabilité qui incombe à nos élites. Il y a 100 ans, soit en 1919, Jean Price Mars a publié l’ouvrage célèbre "La Vocation de l’élite" pour inviter ceux qui détiennent le pouvoir économique, nos faiseurs de chefs et l’élite intellectuelle à jouer leur rôle.

Aujourd’hui, c’est le moment pour que nos élites se mettent au travail. C’est bien d’afficher le besoin de changement sur les réseaux sociaux ; c’est bien de dénoncer dans les médias ; c’est bien d’annoncer des initiatives individuelles pour faire face à la crise. Il serait cependant mieux que ceux qui détiennent réellement le pouvoir dans le pays acceptent de se mettre autour d’une table pour trouver des mécanismes pour sortir le pays de cette crise permanente. Sinon, pour combien de temps pourront-ils encore ignorer l’effondrement de l’État ? Pendant combien de temps pourront-ils encore fermer les yeux sur les dures conditions de vie de la majorité de la population ?

Une Haïti où les gangs armés sont mis hors d’état de nuire, où les institutions jouent leur rôle, où la justice est forte, où les besoins primaires de toute la population sont satisfaits sera bénéfique à tout le monde. Nos élites ont intérêt à jouer leur rôle pour y arriver.

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".