Haïti : « On réfléchit sur les prochaines élections, mais pas sur la croissance »

Publié le 2019-05-24 | Le Nouvelliste

« En Haïti, l’économique est prisonnier ou tributaire du politique. C’est tellement vrai qu’on a  l’impression que l’économique n’est jamais dans l’agenda politique des acteurs, en Haïti ».  Tels sont les propos tenus par l’économiste Etzer Émile lors d’une interview accordée à la Voix de l’Amérique le 10 mai 2019. Répondant à une invitation du journaliste Jacquelin Bélizaire de La Voix de l’Amérique (VOA), l’économiste a dépeint brièvement la conjoncture socioéconomique d’Haïti où les acteurs rechignent à parler, voire à faire des projections sur la croissance et le développement. La politique ne laisse aucune place aux projets de croissance.

Pour appuyer ses dires, Etzer Emile, qui a  participé la veille comme intervenant à une conférence à George Washington University sur les perspectives visionnaires de développement en Haïti organisée par la HRA,  a mis en exergue les tractations de certains aventuriers politiques pour ravir les élections générales de 2019.

 « Déjà en  2019,  il y a des politiques qui réfléchissent sur les stratégies pour gagner les élections de 2022. Et là, on n’est même pas dans une réflexion qui viserait à trouver la formule nous permettant d’arriver à la croissance économique, ou de chercher à trouver comment sortir de l’étape pays pauvre à pays de revenu moyen. Comment faire pour permettre aux hommes d’affaires de faire des affaires et de fonctionner plus facilement ? On se sacrifie plus dans des combines pour la prise du pouvoir, pour s’y maintenir et pour le  passer au moment venu à celui qu’on désire », s’offusque-t-il.

À en croire l’invité de La Voix de l’Amérique, la situation du pays et son état de pauvreté n’est pas un fait du hasard. Selon lui, la structure de pensée de l’homme haïtien est conçue de manière à reproduire de façon permanente le système d’impunité.

« Ce qui se pratique sur le terrain est d’ordre superstructurel. Ce que donnent les acteurs n’est que le fruit de leur réflexion conçue à des fins personnelles ou claniques, estime l’auteur du livre : ‘’Haïti a choisi d’être un pays pauvre’’. C’est pour cela que je plaide pour une nouvelle  génération de citoyens et de leaders en Haïti. Pourquoi je dis ça ? Parce qu’il est clair qu’il y a une série de gens aujourd’hui qui ont prouvé leur limite, leur mauvaise intention et leur mauvaise foi dans la gestion du pays. Et là, je ne parle pas seulement des gens au pouvoir. Je parle aussi de ceux de l’opposition et du secteur privé, car il doit être clair pour tout le monde qu’en 2019 Haïti, avoir le pays le plus pauvre en Amérique, c’est un échec pour tous ceux qui ont eu l’opportunité de diriger ce pays au cours des 30 dernières années ».

Malheureusement, se plaint M. Emile, à chaque fois qu’on dit ce genre de chose,  les concernés ne veulent pas l’admettre, et rejettent la responsabilité sur l’étranger, le Blanc. « Parce que, prétendent-ils, c’est le Blanc qui a demandé que l’on privatise les entreprises du pays, etc.»

À ces gens-là, l’économiste a tenu à rappeler que ce n’est pas seulement aux Haïtiens qu’on avait fait l’exigence de la privatisation. « Le Chili, le Costa Rica aussi avaient été contraints de privatiser. Ils ont tous été à l’écoute du FMI et de la Banque mondiale. Mais on ne peut pas dire que ces pays ont suivi les consignes de la même façon ; on ne peut pas dire que les dirigeants de ces pays sont aussi malhonnêtes et aussi corrompus que ceux de chez nous.  Est-ce qu’ils étaient obligés de créer un système d’impunité permanent ?, s’interroge l’invité de la VOA, qui croit que cette perspective visionnaire dont Haïti a tant besoin doit provenir d’un autre type de mentalité avec de nouvelles gens qui mettraient le pays au centre de leurs intérêts.

« Si tel n’est pas le cas, les actions qu’on aura à entreprendre ne vont pas aller dans le sens de l’intérêt collectif. On se retrouve pratiquement dans un jeu permanent de survie où chaque acteur voit la durée de sa vie ou de son mandat tellement courte dans un climat instable et incertain qu’il envisagera toujours de tirer le maximum de profit de son temps de gestion au timon des affaires. On ne croit plus dans le développement planifié qui s’inscrit dans la durée,  ce qui nous place dans un schéma où la situation devient de jour en jour plus critique, conclut Etzer Emile.

Cyprien L. Gary

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