Il faut aider les Américains à mieux nous aider

Publié le 2019-05-24 | Le Nouvelliste

Les diplomates américains ont-ils le temps de dormir ces jours-ci ?

C’est la question que doivent se poser de nombreux observateurs au constat que pas un jour ne se passe sans une nouvelle initiative américaine en Haïti.

Quand ce n’est pas l’intelligence artificielle ou les technologies de l’information, ce sont les investissements gros ou petits qui sont mis de l’avant.

Les USA, de temps à autre, avec à leurs côtés Taïwan, depuis décembre dernier, portent à bout de bras le régime de Jovenel Moïse. Nos deux pays amis, en binôme, dépensent et supportent. Ils font même du bouche-à-bouche en permanence au régime pour qu’il ne perde pas son souffle.

Et cela marche.

Depuis la dernière visite en Haïti, en décembre 2018, de Kenneth Merten avant qu’il ne passe à un autre poste, on ne peut pas compter les signes d’amour entre Port-au-Prince et Washington.

Parmi eux : la visite du ministre des Affaires étrangères Edmond Bocchit à la Maison-Blanche en février ; la visite du numéro 3 du Département d'Etat, David Hale, celle du sénateur de Floride Marco Rubio et le sommet de Mar-a-Largo entre les présidents Moïse et Trump en mars ; la tournée en Haïti de la remplaçante de Merten, la sous-secrétaire adjointe des USA Cynthia Kierscht, en avril ; et, en mai, la visite du président de l’OPIC.

Les États-Unis ont aussi pris en main le dossier Haïti a l’ONU dans le cadre des efforts de la diplomatie de Jovenel Moïse de sortir Haïti du Chapitre VII sur le maintien de la paix. C’est fait. La Minujusth s’en va et on verra pour l’avenir. 

Parmi les grands moments de la diplomatie haïtienne contemporaine, il faut commencer par rappeler, bien entendu, en janvier 2019, le vote d’Haïti à l’Organisation des États Américains (OEA) contre le régime de Nicolas Maduro sur injonction américaine, après des années de résistance et de fidélité envers les milliards de PetroCaribe.

En échange, on ne comptabilise plus les gestes forts marquant l’appui américain à Jovenel Moïse. Et à Haïti.

Oui, à Haïti.

Bien entendu, toute l’aide de PetroCaribe bue depuis des années, Moïse a dû, pour se sauver des eaux troubles de la contestation, laisser son ami Maduro nager tout seul pour essayer de s’en sortir. Il s’est réfugié dans les seuls bras puissants de l’Amérique.

Et c’est ce qui doit enlever le sommeil aux diplomates américains. Ils ont Jovenel Moïse pour eux tous seuls ; ils sont les plus grands et les plus forts, mais leur allié ne va pas mieux.

L’opposition ne pouvant plus mobiliser dans les rues, on pourrait croire le régime Tèt Kale à l’abri. Mais voilà que la machine Haïti ne démarre pas. Le pays est toujours lock. Jovenel Moïse et ses alliés locaux n’arrivent pas à faire mieux que résister.

L’autre palier du support américain consiste à offrir des opportunités et des ouvertures à des jeunes. Cela fait déjà quelques années que l’aide US est branchée sur une flopée de nouveaux leaders. Bien sous tous rapports, ils ne s’imposent pas pour l’instant comme étant l’image de quoi que ce soit d’autre que celle de leur sauvetage personnel. Ils s’agitent. Ils s’affichent. Et c’est tout.

Un troisième palier passe par les entrepreneurs, grands et petits. Agricoles ou des petites et moyennes entreprises. Des hommes d’affaires, comme des brasseurs d’affaires. Là encore, depuis 2010, les projets américains s’enchaînent sans des résultats forts. Le parc industriel de Caracol ou les projets dans l’agriculture ont épuisé des millions par centaines. Pour quels résultats ?

Les Haïtiens refusent de mettre du leur. Ils gaspillent les possibilités offertes par l’aide US. Rares sont les bailleurs et les bénéficiaires qui estiment que l’aide implique des résultats autres que les opportunités photos et les rapports bien écrits.

Ce n’est pas seulement Caracol qui doit être catalogué dans la liste de nos échecs par nos seules fautes. Il faut aussi lister la faible utilisation de ce que nos élites et nos gouvernements ont fait des dispositions de HOPE, de HELP, de la CBTPA, des dérogations commerciales qui auraient dû entraîner créations d’emplois et croissance.

Reste que les États-Unis d’Amérique ne désespèrent jamais dans l’attente des miracles. D’ailleurs, si à la fin l’histoire finit mal, l’échec sera l’échec d’Haïti. Pas le leur. Le nôtre.

Pour dix mille raisons, mais surtout pour celle-là, aucun de ceux qui s’intéressent au sort et à l’avenir d’Haïti ne devrait ignorer les efforts américains pour impulser le pays dans une direction ou une autre.

Notre premier et plus important ami, nos chers Américains, ont un poids certain et ils méritent d’être aiguillés pour aller dans de bonnes directions. Ignorer les Américains et ignorer le jeu des Américains en Haïti n’ont jamais été bons pour Haïti.

Il faut remettre constamment en question l’aide américaine à Haïti. Il nous faut aider les Américains à donner une autre direction à l’aide qu’ils nous offrent. Les aider à gérer leur hégémonie monstrueuse. Il faut un plaidoyer tranquille et permanent pour les aider à nous aider efficacement.

Ce ne sera pas facile.

Les Etats-Unis d’Amérique sont toujours dans la posture de ceux qui savent tout de nous et qui croient tout savoir de nos besoins. Il faut les obliger à rechercher l’efficacité et à rendre imputables leurs vis-à-vis Haïtiens pour tous les cadeaux reçus.

Que les cadeaux américains à Haïti cessent d’être plus politiques qu’autre chose s’ils veulent que cela serve à Haïti ! Convertir l’aide en aide utile est nécessaire. Si on essaie, si on y arrive un peu, il y aura moins de corruption, moins de contrebande, moins d’impunité, moins d’insouciance, moins d’inefficacité chez leurs alliés haïtiens.

Et les diplomates américains en charge d’Haïti dormiront mieux.

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