Filipo rend hommage à une esclave à Bordeaux avec une sculpture

PUBLIÉ 2019-05-23
La mairie de Bordeaux a inauguré, le 10 mai, la statue de Modeste Testas au quai Louis XVIII, pour commémorer l’abolition de l’esclavage mais aussi le passé de port d’esclaves de la cette ville de France. La statue de 1 m 70 représentant fidèlement une esclave qui a vécu au XVIIIe siècle est l’œuvre de Filipo, 26 ans. Pour le jeune sculpteur haïtien, c’est un grand bond dans sa carrière au niveau international qui se dessine depuis quelque temps.


Il y a des hasards qui ont des allures de destin, disait l’autre. Un tel adage se vérifie par plus d’une fois autour de nous. Une parfaite illustration pour le corroborer, c’est bien le cas de Filipo, né Wooly Caymitte, qui se retrouve en France pour une formation en fonderie tandis qu’un appel à candidature de la mairie de Bordeaux pour réaliser une statue de Modeste Testas était encore à l’ordre du jour. « Une fois que j’en avais pris connaissance, j’ai décidé de soumettre ma candidature », confie-t-il

L’homme, qui est un ancien de l’Enarts et de l’ISA(Institut supérieur d’art) de Cuba, a donc soumis son portfolio et aussi un buste d’Antoinette, la fille de Modeste, aïeule du président Légitime. Il a été retenu par le jury. « Je n’en était pas trop étonné, car je suis perfectionniste. Je sais ce que je vaux. Je sais ce que j’ai déjà réalisé », dit-il. Son CV est marqué par des sculptures de Lòlò et Manzè du groupe Boukman Ekpseryans commandité par le groupe Encre d’Or dans le cadre de leur projet « Mapous de la chanson haïtienne ». La statue de Guyto Toussaint à la BNC de Lalue. Une statue d’un de ses professeurs à l’Enarts.

Durant 4 mois l, l’artiste s’est mis à la tâche dans l’optique de se rapprocher le plus fidèlement de la description qu’on fait du personnage par ses descendants dont certains vivent au pays et l’anthropologue Carole Lemee. « En tant que sculpteur classique, on est tenu à respecter la physionomie du personnage le plus fidèlement possible », explique Filipo. Le sculpteur a cité des étapes dans son travail qui doit être compris surtout par les initiés (sommaire, soudure, bronze…).

La statue, inaugurée à Bordeaux le 10 mai (jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage), raconte l’histoire de cette femme née en Ethiopie. Elle a été la propriété des frères Pierre et François Testas. Elle a été, selon l’anthropologue, à la fois leur esclave et esclave sexuelle. Elle a ensuite été déportée à Saint-Domingue pour être affranchie tandis que son maître passait de vie à trépas.

Filipo est membre du collectif Klorat Bizart, une sorte de cluster réunissant des artistes de disciplines différentes dont caricaturistes, peintres, graphistes et bien entendu sculpture. Avec cette structure, ils ambitionnent de partager leur savoir avec les plus jeunes, notamment ceux qui ont des difficultés économiques. « Nous tous au sein de la structure, nous avons connu de grandes difficultés. S’il n’en tenait qu’à l’argent, nous n’en serions pas où nous sommes », confie celui qui s’est dirigé vers les arts à la place de la médecine.

Un autre projet en cours pour le sculpteur qui gagne sa vie en majeure partie grâce à son art, c’est d’ouvrir une école de fondeurs en Haïti. Il confie qu’il bénéficiera du soutien de l’école où il y a été initié en France et de celui de la mairie de Bordeaux.

Pour Filipo, qui dit avoir perçu ce travail de sculpter Modeste Testas comme un honneur, cette réalisation demeurera comme un grand bond dans sa carrière internationale qui se dessine depuis quelque temps.



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