Haïti au cœur de la foire du livre de Bogotá

PUBLIÉ 2019-05-13


Du 25 avril au 6 mai 2019, la 32e édition de la Foire internationale du livre de Bogotá a battu son plein. À cette édition qui coïncide avec le bicentenaire de la Grande Colombie, Haïti s’est imposé comme un sujet de premier rang grâce aux interventions de l’historien Jean Ledan Fils dans lesquelles il est revenu sur la contribution d’Haïti dans la libération de l’Amérique latine. Il faisait partie de la délégation menée par la Direction nationale du Livre (DNL).

Avec la question « Où est-ce que le drapeau de la Grande Colombie a-t-il été hissé pour la première fois ? », Jean Ledan Fils confie avoir suscité un grand débat au cours de ses interventions dans le cadre de la 32e édition de la Foire du livre de Bogotá. L’auteur, qui faisait partie de la délégation haïtienne menée par la Direction nationale du Livre (DNL) et l’ambassadeur Yves Carlo Chéry qui représente notre pays tant à Quito qu’à Bogotá.

« La plupart n’en revenaient pas quand je leur ai appris que c’est à Jacmel qu’il a été hissé les deux premières fois », raconte l’historien. En effet, selon son récit, le drapeau bleu, rouge et jaune a été pour la première fois planté sur un flagship dans la baie de Jacmel le 12 mars 1806. Des témoins oculaires rapportent que cela s’est fait avec grande solennité. C’est de là qu’est partie la flotte de Francisco de Miranda qui a bénéficié du soutien du général haïtien Jean-Jacques Dessalines qui lui a suggéré la « tabula rasa ». L’armée Miranda a été défaite par les Espagnols.

La deuxième fois, c’était en 1816. Simon Bolivar, réfugié en Jamaïque, gagne Haïti où une foule de révolutionnaires latino-américains l’attendaient, notamment aux Cayes. Pendant plusieurs jours, sous les ordres d’Alexandre Pétion, le général Marion et l’ensemble des habitants de la ville les gratifient d’un traitement royal.  Cette tranche d’histoire est connue sous le vocable « La expédicion de Los Cayos ». La flotte est partie en avril 1816 pour arriver à l’île Maragrita le 3 mai. Comme c’était le cas pour Miranda quelque dix ans plus tôt, la campagne est soldée par une défaite. Bolivar revint en septembre en Haïti pour repartir le 3 décembre. Le même drapeau auquel on ajoute un arc-en-ciel flotte dans la baie de Jacmel ce jour-là et cette fois-ci, la horde des révolutionnaires remporte la victoire qui conduira à l’édification de cinq nouveaux pays dont le Pérou, l’Equateur, la Colombie, la Bolivie et le Venezuela.

Parmi la foule qui s’accrochait aux lèvres de l’auteur de la série « A propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… », quelques-uns étaient plus ou moins informés. Un post-gradué lui a avoué être au courant. C’est aussi le cas pour deux haut-gradés de l’armée qui ont d’ailleurs invité M. Ledan à revenir en Colombie pour une présentation réservée aux militaires.

Une Vénézuélienne à qui on a appris que Pétion et Bolivar se querellaient a invité également notre compatriote dans son pays. « Je lui ai recommandé vivement de rejeter une telle idée qui est mensogère. J’ai dit à tout le public de ne pas travestir l’histoire non plus », confie Jean Ledan Fils.

Dans l’ensemble, tous admettent que si la contribution d’Haïti à la libération de l’Amérique latine se savait, cela aurait modifié leurs rapports. « De leur aveu, ces pays se montreraient plus cléments à l’endroit du nôtre. Ils évoquent toutefois les mauvaises images qui leur parviennent comme une pierre d’achoppement qui peuvent plomber ces rapports », ajoute-t-il.

A l’Etat Haïtien l’historien recommande de vulgarise le cette contribution en envoyant des émissaires dans ces pays pour en faire état au plus grand nombre possible, en faisant le récit dans des ouvrages dans le langue de Cervantès.



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