Venezuela : une crise sans précédent, quelle solution ?

Publié le 2019-04-10 | Le Nouvelliste

La crise économique, politique et sociale sont des signes révélateurs qui prouvent qu’il y a un malaise, un dysfonctionnement dans un pays. Comme beaucoup d’autres pays, le Venezuela n’en est pas épargné. La crise vénézuélienne dure plusieurs mois. Son origine est à la suite de la chute des cours du pétrole. Pour remédier à ce problème économique, le président Nicolas MADURO (le successeur d'Hugo Chavez) a décidé de réquisitionner les principaux ports du pays et des usines. Ce dernier «impose l'ordre et l'autorité dans tous les maillons de l'économie», alors que l’opposition vénézuélienne le critique vivement et se mobilise. Dans la rue, les manifestations ont fait plusieurs morts et le pays a connu une inflation vertigineuse. La crise dégénère, une bonne partie de la population vénézuélienne n’a pas de quoi à manger, c’est pour cela que près de 10% à 15 % de Vénézuéliens ont quitté le pays dans l’espace de deux ans. Déjà mal en point, la banque américaine CITIBANK fermait le compte international utilisé par le Venezuela, un coup dur pour Nicolas MADURO ; ou il l’a même considéré comme un «blocus financier».  Un autre coup dur encore, c’est sa défaite aux élections législatives en avril 2015 où l’opposition devient majoritaire. Cette même opposition a réclamé l'organisation d'un référendum pour révoquer Nicolas MADURO. Beaucoup de mobilisations, pour certains y aura-t–il l’élection présidentielle en mai 2018 ? Finalement, a eu lieu la réélection de Nicolas MADURO. Le chef de l’opposition du Venezuela et les pays occidentaux particulièrement les États-Unis ont contesté sa réélection. Qui pis est, le chef de l’opposition Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale, s’est autoproclamé chef d’État par intérim le 23 janvier 2019. Face à toutes ces situations, le Venezuela devient l’enjeu d’une lutte de la diplomatie planétaire, certains pays de l’Amérique latine, le Vatican, les États-Unis, la France, l’Union européenne, l’OEA et l’ONU,  la Chine et la Russie  ont leur point de vue en ce qui concerne une sortie de crise. La question qui se pose : pourquoi tous ces pays et structures internationales sont intéressés à la crise vénézuélienne ? La mobilisation de l’opposition peut-elle dégénérer davantage ? Pourquoi les États-Unis n’exclurent-ils pas une intervention militaire pour soutenir l’opposition ? Quel est le rôle de l’ONU dans cette crise ?

La lutte de la diplomatie mondiale

Le Venezuela devient un point d’ancrage d’une bataille entre les pays occidentaux et le reste du monde. Les pays de l’Ouest, notamment les États–Unis sont contre le président MADURO et soutiennent l’opposition vénézuélienne. Ils accusent le président MADURO d'être un dictateur, sa réélection présidentielle avait été entachée de beaucoup d’irrégularités, elle n’était pas démocratique ; il doit quitter le pouvoir. Les États-Unis ont été le premier pays à légitimer Juan Guaidó comme président par intérim et suivi par 11 pays voisins. Même Haïti historiquement qui ne supportait pas l’ingérence, a reconnu Juan Guaidó. En Europe, l'Espagne, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Portugal, rejoints par l'Autriche, exigeaient du président Nicolas MADURO d'annoncer la convocation d'une présidentielle anticipée, sinon ils reconnaîtraient Juan Guaido en tant que président. Le président MADURO a rejeté l’ultimatum, Juan GUAIDO est donc reconnu président par intérim au Venezuela. Les pays de l’Est soutiennent le président MADURO, particulièrement la Russie, la Chine et la Turkie qui dénoncent une usurpation de pouvoir par le chef de l’opposition, ces derniers  jouent le jeu diplomatique aussi à l’ONU. Le président MADURO a  le soutien indispensable de l’armée vénézuélienne.  La bataille diplomatique continue, deux projets de résolution sur le Venezuela ont été rejetés jeudi 28 février 2019 au Conseil de sécurité de l’ONU. La résolution américaine réclamait que l'aide humanitaire puisse être livrée au Venezuela malgré le refus du président Nicolás MADURO. Celle de la Russie soutenait le gouvernement MADURO et la recherche d'une solution politique au Venezuela. Le projet américain a été bloqué par un double véto russo-chinois, tandis que le texte russe était écarté faute de voix suffisantes.

Pourquoi toute cette bataille entre les pays de l’Ouest et l’Est ? Tout d’abord, c’est parce que le Venezuela est un pays pétrolier, qui possède la première réserve de pétrole du monde. Les pays occidentaux particulièrement les États-Unis veulent imposer leur hégémonie et leur leadership sur Caracás depuis longtemps, mais il y a eu un leader charismatique au pouvoir qui s’appelait Hugo CHAVEZ qui avait résisté à leur influence. À l’époque, ils ont même tenté un coup d’État de 48 heures contre Hugo CHAVEZ, qui a été avorté grâce à la mobilisation populaire du peuple vénézuélien qui a été avorté. Selon certains analystes politiques, il semble que MADURO a mal remplacé CHAVEZ, il n’a pas assez de charisme et il n’est pas présent dans la vie de son peuple. CHAVEZ reste dans l’imaginaire de beaucoup de Vénézuéliens. Par ailleurs, la Russie et la Chine ont leurs intérêts au Venezuela, et veulent constituer une force majeure face aux pays occidentaux particulièrement les États-Unis. Beaucoup d’analystes pensent que la reconnaissance de Juan Guaidó en tant que président par intérim au Venezuela est un NON SENS et le retour au droit de l’ingérence de la part des pays occidentaux et pourrait jeter de l’huile sur le feu. C’est de la division à la division. C’est un peu paradoxal et antinomique, les pays occidentaux ont reconnu un imposteur, tandis qu’ils n’ont pas reconnu l’élection présidentielle de MADURO, la raison parce qu’elle était accusée de fraudes. En tout cas, c’est un mauvais précédent pour la politique internationale, pour un oui ou non, un chef de l’opposition ou un leader peut s’autoproclamer président, surtout quand il sait que son action va éventuellement être validée par les pays occidentaux.  L'élection entre G.W. Bush et Al Gore à la présidence des États-Unis le 7 novembre 2000 avait été soupçonnée d’irrégularités, mais  M. Al Gore ne s’était pas s’auto-proclamé président à l’époque. En Haïti, un leader de l’opposition pourrait autoproclamé président, ou du moins un leader des Gilets Jaunes pourrait s’autoproclamé président en France … Après que Juan Guaidó s’est proclamé président, les États-Unis ont même  accordé rapidement une aide de 20 millions dollars à Juan Guaidó. Sur ce, la presse américaine a fait une réflexion intéressante: « Pour une fois, son président ne s’entend pas et n’aime pas un dictateur », parce que d’habitude les dictateurs il s’entend plutôt bien avec eux…. Cet agissement du président TRUMP pousse la curiosité des observateurs et des analystes. En tout cas,  l’ONU doit jouer son rôle au Venezuela.

Le rôle de l’ONU

Le Venezuela est au bord de la guerre civile s’il n’y a pas une médiation internationale. L’ONU, (l’Organisation des Nations unies) ne doit pas fuir ses objectifs prioritaires : (le maintien de la paix et de la sécurité). Ainsi dire, les activités des Nations unies reposent essentiellement sur les domaines de la prévention des conflits, du rétablissement, du maintien et de la consolidation de la paix et de la prise de mesures coercitives. L’ONU ne doit pas laisser les pôles l’Ouest et l’Est se battent entre eux, ces deux pôles sont dans leurs intérêts. Tandis que l’ONU doit être dans l’intérêt du peuple vénézuélien d’où le maintien de la paix et de la sécurité au Venezuela. Cela passe par la médiation de l’ONU entre les protagonistes. À faute d’une résolution équitable de l’ONU, cela pourrait donner des prétextes d’intervention au Venezuela par des pays occidentaux, notamment les États-Unis qui ont déjà fait cette intention. Par contre, l’envie de l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela suscite de nombreuses réflexions sur la doctrine de Monroe au XXe siècle « l’Amérique aux Américains », la région leur appartient. N’est-ce pas le retour de la guerre froide ou du moins peut-on dire que la guerre froide est totalement terminée ? En tout cas, si ce n’est pas la guerre froide, la ressemblance est, pour le moins, frappante. On retrouve les mêmes protagonistes avec les mêmes intérêts de puissance et de domination, les mêmes pôles « Est-Ouest », comme à l’époque de la guerre froide. D’un côté, un président de gauche est soutenu par Moscou et de l’autre Washington soutient l’opposition vénézuélienne et qui fait pression pour qu’on sanctionne, isole le pouvoir de Caracás. On peut donc, pour le moins, avouer que ces ressemblances sont troublantes.  En tout cas, l’intervention n’est jamais au profit de la population d’un pays, prenons par exemple l’intervention américaine en Irak, et celle de la France en  Libye….

Au final, le peuple vénézuélien ne demande pas la guerre civile ou la guerre froide et de l’ingérence des pays occidentaux, mais plutôt un climat stable pour que tout le monde puisse vivre, qu’il s’agisse des partisans de l’opposition et de Maduro. L’ONU doit éviter la même crise que la Syrie au Venezuela. Cela veut dire que le moment est au dialogue entre les protagonistes, il paraît que le pouvoir en place est favorable à cela.  L’ONU peut jouer ce rôle de médiation ou déléguer son pouvoir afin de faciliter un accord politique entre les deux parties, pour que le Venezuela connaisse enfin une paix et un développement durable. Les Vénézuéliens qui ont quitté leur pays à cause de la crise  économique, politique et sociale peuvent retourner au bercail.

DEJEAN Jean Dario,

Sociologue, diplômé en économie et en psychosociologie, spécialiste en éducation et en prévention contre la délinquance juvénile ; en médiation sociale et familiale ; expert en criminologie et en Sureté aéroportuaire.   

E-Mail : djean71@yahoo.fr

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".