Jean-Henry Céant s'en va

Publié le 2019-03-21 | Le Nouvelliste

Quelques heures après la nomination du ministre Jean-Michel Lapin comme Premier ministre par intérim, Jean-Henry Céant a tiré la révérence par lettre adressée au président de la République. Convaincu de son échec dans sa tentative de traduire en justice la Chambre des députés, en raison de la motion de censure, il a enfin jeté l’éponge après avoir été le dindon de la farce de cette comédie grotesque. Juriste de formation et candidat malheureux aux deux dernières élections présidentielles, Me Céant paraît suffisamment expérimenté sur l’échiquier politique pour se laisser berner par des parlementaires qui n’ont aucune vertu ni attachement à la bienséance.

De la date de l’investiture du Premier ministre Martial Célestin en février 1988, sous la présidence de Leslie François Manigat, à celle de la double interpellation du Premier ministre Jean-Henry Céant le lundi 18 mars 2019, qui restera gravée dans l’histoire du Parlement haïtien, l’observateur haïtien assiste perplexe au fonctionnement du régime mixte haïtien, notamment les rapports entre le président de la République et le Premier ministre. Choisi comme chef de gouvernement après le retour à l’ordre constitutionnel, en octobre 1994, Smack Michel remit sa démission au président Jean-Bertrand Aristide en octobre 1995 à la suite d’une mésentente  sur le dossier  de la privatisation des entreprises publiques. Le 9 juin 1997, Rosny Smarth démissionna de son poste de Premier ministre sur fond de désaccord avec le président René Préval au sujet du refus du Conseil électoral provisoire de comptabiliser les votes blancs des sénatoriales du 6 avril de la même année.  Le 17 janvier 2002, ayant constaté qu’il n’a plus la confiance du président Jean-Bertrand Aristide, le Premier ministre Jean-Marie Chérestal remit sa démission afin d’échapper à la motion de censure des sénateurs à la date du 22 janvier de la même année.

Sans solliciter la démission de son Premier ministre, le 1er janvier 2008, à l’occasion de la fête de l’Indépendance aux Gonaïves, le président René Préval, dans son discours de circonstance, exprima son insatisfaction des actions du gouvernement. Au début du mois d’avril, des manifestations de rue éclatèrent dans certaines villes du pays contre la cherté de la vie. Le samedi 5 avril, Port-au-Prince se réveilla sous les assauts des émeutiers de la faim. Des dépôts de nourriture et des magasins furent pillés aux Cayes, à Port-au-Prince. Le mouvement s’intensifia le lundi 7 avril dans d’autres villes du pays. Le mercredi 9 avril, plusieurs sénateurs sollicitèrent la démission du Premier ministre Jacques–Edouard Alexis. Le jeudi 10 avril, 16 sénateurs fixèrent au 12 avril la séance d’interpellation du Premier ministre. A la date indiquée, ces sénateurs votèrent une motion de censure contre le Premier ministre. Dix-huit mois plus tard, le Premier ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis fut évincé par le Sénat, après avoir perdu la confiance du président René Préval. Par contre, le 14 juillet 2018, la Chambre des députés, malgré le soutien du président jovenel Moïse à son Premier ministre Jack Guy Lafontant, força ce dernier à donner sa démission pour éviter une motion de censure. Dans l’histoire du régime mixte haïtien, il s’agit de deux cas d’interpellation de Premier ministre qui n’étaient pas planifiés par le président de la République. Le cas du Premier ministre René Préval interpellé par la Chambre des députés le 13 août 1991 et celui de Jack Guy Lafontant le 14 juillet 2018. Le Premier ministre René Préval n’avait pas été évincé par les députés en raison de la perturbation de la séance.

Selon toute vraisemblance, le président de la République, élu au suffrage universel en Haïti, n’est pas encore prêt à accepter le fonctionnement d’un pouvoir exécutif bicéphale. Cette dualité, entre les fonctions de chef de l’Etat  et de chef de gouvernement au niveau de l'exécutif, partagées par le président et le Premier ministre, ne permet pas le fonctionnement harmonieux des institutions.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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