Moïse et Céant auraient dû subventionner œuf, farine, spaghetti et hot-dogs…

Publié le 2019-02-25 | Le Nouvelliste

Editorial -

En décidant de renoncer à ses taxes sur l’importation de riz et de fixer un taux de change fixe en douane de 80 gourdes pour un dollar, l’administration Moïse-Céant a décidé d’amonceler un peu plus de riz importé dans les assiettes haïtiennes, au détriment de la production nationale de cette céréale.

Encore une fois, comme en 1986 et même avant, du temps de Jean-Claude Duvalier, l’État haïtien va faire la part belle aux agriculteurs étrangers et aux importateurs locaux. Le riz pour tous est depuis des décennies le riz importé. Jovenel Moïse, qui a tant parlé de la relance de l’agriculture, comme René Préval qui vantait la production nationale, se retourne vers les solutions de facilité quand les temps sont durs. Des émeutes de 2008 à celles de 2019, le ventre haïtien est devenu plus dépendant de l'extérieur, le riz plus présent dans nos assiettes.

Certains diront, avec raison, que les producteurs de riz de l’Artibonite ne rapportent rien au Trésor public. Ils ne paient pas de taxes. L’État leur donne régulièrement un coup de main en subventionnant le prix des engrais, en offrant des tracteurs, en arrosant les terres, en curant les canaux d’irrigation et en accordant des subventions, plus politiques qu’efficaces, à ses alliés dans les zones rizicoles.

D’autres insisteront pour dire que la culture du riz national, celle qui dispose du plus important paquet technique et bénéficie depuis longtemps des projets de la coopération internationale, ne peut pas tenir ses promesses. L’État haïtien, notre bon ami Taïwan, les bailleurs multilatéraux, tout le monde met des cadeaux dans la corbeille du riz sans augmentation significative de la production. Année après année, ce sont les importations qui augmentent.

Les plus cyniques feront remarquer que les Haïtiens qui cultivent et vendent le riz ne financent pas de campagnes électorales. Il n’y a personne qui sort élu grâce aux gourdes du riz pays, alors que les dollars du riz importé engraissent le budget de la République et paient banderoles, affiches, spots publicitaires et meetings de nos chefs.

Sur les trois tableaux, Madan Gougousse, Sheila et Lacrête ne font pas le poids face aux riz américains, vietnamiens, thaïlandais et autres.

N’empêche que le gouvernement haïtien, l’administration Moïse/Céant, aurait pu faire les choses différemment. Pour combattre la vie chère et réduire la faim, il aurait pu supporter la production nationale de mets produits ou transformés sur place. La farine avec nos minoteries disponibles, le spaghetti avec les capacités nationales déjà en place, le hotdog produit en Haïti, les oeufs de nos poulets d'élevage, s’ils étaient subventionnés auraient fait du bien au capital, à la valeur ajoutée et à l’emploi en Haïti.

L’opération permettrait même de dégager des marges de profit pour pousser la production du riz et d’autres cultures saisonnières. Cela protégerait la gourde. Inciterait à d’autres investissements dans le tissu productif local.

Avec les différentes recettes ces produits locaux sont plus proches de la diète actuelle de la population qu'un simple plat de riz. 

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Il y a tellement de formules que l’on pourrait tenter sans revenir à chaque fois aux solutions les plus simples et les plus inefficaces.

Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant prouvent encore une fois, si cela était nécessaire, que l’économie, le développement et même le social ne peuvent se concevoir dans la précipitation et sans plan à long terme.

Quelle meilleure façon de ne pas réussir que de reprendre les formules qui n’ont jamais marché !

Frantz Duval
Auteur
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