Inflation, change, chômage massif : un cocktail explosif

Publié le 2019-02-05 | Le Nouvelliste

Je n’ai pas envie d’écrire le même texte, le même article, mais la réalité m’impose en quelque sorte ce devoir de maison. Ce samedi matin, une mère de famille ayant trois bouches à nourrir me signale que le petit sac de riz floridien qui se vendait à 760 gourdes (H$ 152) est passé à 800 gourdes (H$ 160). Pris isolément, ce fait n’est pas tant significatif; cependant, il suffit de prendre  en compte les autres produits de base pour s’apercevoir que le niveau général des prix est alarmant. Deuxième exemple en guise d’illustration : la caisse de lait importé pour laquelle le ménage avait dû sortir en décembre 2018 la somme de 1040 gourdes (H$ 208) se vend à 1075 gourdes (H$ 215) en janvier 2019.

Instinctivement et de façon justifiée, vendeur et acheteur s’accordent pour pointer du doigt la dépréciation continue de la gourde par rapport au dollar américain. Ils n’ont pas tort. Tout est à la hausse, sauf que les revenus salariaux sont invariables. En effet, les rémunérations n’ont pas bougé d’un pouce. Et avec quoi les employeurs auraient-ils ajusté les salaires ? L’instabilité chronique ne favorise pas le développement des affaires. N’ayons pas la tentation de tourner autour du pont : le marasme s’est installé.

Véritable signe des temps : à Jacmel, des commerçants ont observé une journée de grève pour protester contre l’inaction du gouvernement à contrer la chute de la gourde. Le lendemain, dans une autre ville, le même fait était observé. Pour calmer ces préoccupations légitimes, le gouvernement et la banque centrale accordent les violons pour réactiver le cash management. J’ai cru comprendre que, par ce procédé, le gouvernement ne peut dépenser beaucoup plus qu’il n’a encaissé. Ce faisant, les parties espèrent une décélération de la pression sur la gourde. On se souvient qu’en 2016, le change avait baissé de 70 gdes à 63 gdes quand ce mécanisme avait été réactivé.

La veille, la banque centrale avait relevé les taux de réserves obligatoires sur les dépôts reçus par les banques commerciales. L’objectif serait de faire en sorte que celles-ci aient moins de gourdes en main pour spéculer sur le change. On s’active ici et là pour enrayer la chute de la gourde. Il faudra attendre quelque temps pour évaluer les retombées de ces dispositions.

Toujours est-il que l’impatience gagne la population. Au hasard de mes rencontres, je tombe sur des jeunes qui imputent sans détour la responsabilité de la difficile conjoncture économique au chef de l’État lui-même. Le président de la République se serait décrédibilisé en promettant l’électricité 24 heures sur 24. Bien sûr, je suis attentif au coup de pouce de Taïwan pour financer le projet à hauteur de 150 millions de dollars. Mais le temps presse. Puisque les jeunes bacheliers, les jeunes licenciés ne trouvent pas à s’occuper, le chômage étant massif.

Anthony Bennett de « Mache Ti Tony », contraint à la fermeture, craint une explosion générale. Encore de mauvais présages : dans ma ville de la Coupe, cette dernière semaine de janvier 2019, « PharMaximum » à la place St-Pierre a mis la clef sous la porte. Plus loin, à la rue Métellus, « Le bon marché » s’apprête à faire de même. Ce sont là des signaux alarmants. Au moment où le gouvernement doit encourager les entreprises commerciales existantes, voilà qu’il y en a dont les propriétaires abandonnent le terrain. Comme des footballeurs sortis sur blessure. Dans ces conditions, comment améliorer l’emploi ?

Définitivement, il faut continuer dans l’observation de l’activité commerciale et de la spéculation sur le change pour réunir les éléments d’information pour un forum au moins d’une journée. On ferait le point, puis on adopterait les résolutions pour le véritable redémarrage, la vraie reprise de l’activité en tenant compte que la priorité des priorités demeure l’emploi. Sur la lancée, l’insertion des jeunes sur le marché du travail. En plus grand, vaincre la pauvreté de masse. Il y a de l’ouvrage pour ceux qui sont aux commandes !


 

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