Sue Jonathane Célestin, pour l’amour du violon

PUBLIÉ 2019-01-11
Lors du grand spectacle du chanteur nigérian Runtown en Haïti le 21 décembre 2018, une jeune femme a électrisé le public de El Rancho avec le magie de ses doigts en reprenant prodigieusement, avec son violon, le titre ‘‘La nuit est jeune’’, un remix de Bayo de Reylex. Son nom : Jonathane Sue Célestin. Cette musicienne résidente au pays de l’oncle Sam est une vraie haïtienne amoureuse de ce petit instrument depuis sa tendre jeunesse. Ticket vous présente la sulfureuse Sue, talentueuse artiste qui se partage entre les flammes de son violon et son chapeau d’ingénieure-chimiste.


Qui a dit que l’on ne pouvait partager ses sentiments et que l’amour ne pouvait se scinder ? Jonathane Célestin est bien la preuve vivante que le cœur a suffisamment de place pour vivre deux idylles. Car mademoiselle chérit autant son violon que sa carrière d’ingénieure-chimiste. On est le premier jour de l’année 2019.  Dans son souci d’arriver à l’heure pour son entrevue, notre violoniste est là quelques minutes avant l’heure de notre rendez-vous. Sans artifices, arborant un jeans et un maillot qui laisse bien deviner une jolie silhouette, la jeune femme arrive tout sourire. Un peu timide au début, elle se sentira vite à son aise pour nous conter sa passionnante histoire d’amour avec la musique.

Sue n’avait que 4 ans quand elle a fait connaissance avec cet instrument qui l'accompagnera toute sa vie. Sous la pression de ses parents eux-mêmes passionnés de musique, elle a été obligée de suivre des cours de violon. Encore une fillette plus intéressée à ses jouets à l’époque, elle prend ses premiers cours de musique à l’École Vision Nouvelle sans grand intérêt. « Je détestais le violon au début. Mes parents me forçaient parce qu’ils n’avaient pas eu le privilège de faire de la musique comme ils l’avaient tant désiré. Je pleurais à chaque fois que je devais aller en cours, ce n’est qu’avec l’âge que j’ai appris à aimer ce qui est maintenant devenu mon dada », se rappelle la musicienne qui aujourd’hui n’imagine pas sa vie sans ce petit instrument à cordes. À 10 ans, Sue est transférée à l’École de Musique Sainte-Trinité. Là, elle commence véritablement à tomber en amour pour les symphonies.

Émigrée au Canada par la suite, Sue n’abandonne pas le quatrième art pour autant. Elle participe à des camps de musique et poursuit ses leçons de violon et s’offre un peu plus tard un diplôme en performance musicale de classique et de jazz  alors qu’elle effectuait aussi des études en génie chimique. En 2012, Sue est obligée de prendre une décision des plus difficiles. Elle doit faire un choix, mettre son violon dans un coin afin de poursuivre ses études en chimie qui lui tiennent autant à cœur pour l’obtention de son PhD. Mais une année plus tard, elle retourne à son premier amour. Malheureusement, pressurée par sa carrière de chimiste, Sue n’a plus temps pour son dada. « J’ai été de nouveau forcée de faire mes adieux à mon violon jusqu’à en faire une dépression en 2017. Et c’est là que j’ai compris que ma vie n’avait aucun sens sans la musique », affirme l’ingénieure en chimie qui a renoué avec la musique en 2017, pour le meilleur. « J’ai essayé de lâcher à plusieurs reprises, mais je n’y suis pas parvenue : notre histoire c’est pour la vie », avoue la musicienne.

Pas un jour sans musique pour notre Sue depuis. « Je travaille douze heures par jour ; mais dès que je rentre à la maison, je saute sur mon violon. Je dédie tous les jours deux à trois heures à la musique », confie celle qui se produit régulièrement à divers événements dont les anniversaires, les mariages, les fêtes, les cocktails et autres.

Runtown a été son premier grand événement en Haïti. Les organisateurs de la soirée ont fait appel à la professionnelle après avoir vu son cover du hit "Madada" sur son compte Instagram. « Je peux jouer n’importe où, il suffit qu’il y ait de la musique », a révélé Jonathane qui enregistre également pour des artistes qui désirent avoir des partitions de violon sur leur opus.

Née un 30 novembre, Sue Jonathane Célestin est membre d’une famille de quatre enfants qui n’ont pas pu échapper à la fièvre musicale de leurs parents. Pourtant, Sue est la seule à avoir fait un si long voyage avec cet art. Ses deux soeurs et son frère ont lâché prise avec le temps. Pour tout loisir, l’ancienne élève du collège Marie-Anne se contente des escalades en montagne et  des petits moments intimes avec son violon. Elle aime aussi la danse, la lecture et l’astronomie. Chez les gens, ce qu’elle cherche surtout, c’est l’authenticité. « Oui, j’aime les personnes authentiques... Avec elles pas de surprises, la vie est bien plus simple », croit la native du Sagittaire. Autre détail important dans la vie de la musicienne, c'est le sport. « J’essaie de faire du sport 3 à 4 fois par semaine, j'estime que c'est nécessaire pour que je me sente bien dans ma peau. » La silhouette de la jeune dame est la preuve vivante que ce n’est pas une perte de temps.

Ah oui, à ne pas oublier surtout, la céleste Sue est un cœur à prendre. Bien que la musique et la chimie y occupent une grande place, il y a encore de l’espace pour gentilhomme aventurier qui aura le pouvoir de la stimuler, de la pousser à grandir intellectuellement.  

 



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