« Les tribunaux resteront fermés le temps qu’il faut », dixit Stanley Gaston

La rencontre du jeudi 12 décembre 2018 entre le conseil de l’ordre des avocats du barreau de Port-au-Prince et des membres du groupe d'avocats qui souhaitent trouver une issue au conflit opposant le barreau de Port-au-Prince au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance s’est révélée infructueuse. Le groupe majoritaire s’accroche à sa position, la démission du commissaire du gouvernement Clamé-Ocnam Daméus et l’arrestation des policiers, dont Berson Soljour, l’ex-directeur départemental de l’Ouest.

Publié le 2018-12-13 | lenouvelliste.com

À quand la fin de l’arrêt de travail des avocats du barreau de Port-au-Prince? Voilà une question à laquelle même les hommes de loi qui ont déposé leur toge depuis le 9 octobre 2018 ne sont pas à même de répondre. D’ailleurs, le bâtonnier de l’ordre des avocats Stanley Gaston semble s’en ficher totalement, si cette crise va perdurer longtemps. « Les tribunaux resteront fermés le temps qu’il faut », a-t-il pesté. Pour lui, les avocats ne sont pas responsables du dysfonctionnement des tribunaux. « Si les tribunaux sont paralysés, c’est la faute à l’État. Car la justice c’est l’affaire de l’État », a tempêté Me Gaston, qui a fait remarquer que les avocats n'expriment pas de revendications salariales. Il s’agit d’un combat pour défendre leur dignité, a-t-il martelé.

Le bâtonnier soutient que la résolution, une fois prise en assemblée générale, ne saurait être modifiée par l’intervention anodine d’un groupe minoritaire (68 avocats), laquelle modification ne peut être changée que par l’assemblée elle-même. « On a une corporation d’avocats qui réunit un millier d’avocats. Lors de cette assemblée générale, près de cinq cent d'entre eux avaient fixé leurs positions. Dans une société démocratique la minorité ne doit pas être imposée, elle doit être entendue. Ce qui a été fait », a rappelé Me Stanley Gaston. N’écartant pas la possibilité d’organiser une autre assemblée générale sur cette affaire, l’homme de loi invite le groupe de 68 à faire du lobby afin de convaincre la majorité pour être en position de force.

Très ferme dans ses positions, le président de la Fédération des barreaux d’Haïti met en garde les avocats qui s’aviseraient de défendre des clients sous peine de sanction. « La résolution issue de l’assemblée générale est toujours maintenue. Si des avocats s’aviseraient de défendre un client, ils seront sanctionnés conformément à la loi. Cela ne concerne pas seulement les avocats, il y a va de même des juges et des substituts commissaires du gouvernement qui souhaiteraient réintégrer le tableau de l’ordre.

Pour Me Samuel Madistin qui se fait le porte-parole du groupe 68, l’arrêt de travail des avocats a des graves conséquences sur les justiciables. En dénonçant les violences orchestrées par des avocats, Me Madistin, qui ne cache pas ses préoccupations, a souligné la nécessité que le conseil de l’ordre mette en place une cellule d’urgence permettant de statuer sur certains dossiers. « Nous condamnons les violences de certains avocats contre des confrères et des juges, ceci est inacceptable. Mais la crise ne peut pas continuer ainsi. On dessert trois millions de justiciables dans la juridiction de Port-au-Prince. Cette crise affecte également les avocats des autres juridictions », a expliqué l'homme de loi. « L’arrêt de travail est préjudiciable aux justiciables », a conclu Me Madistin, qui menace de porter l’affaire devant la Cour de cassation en cas du refus dudit conseil d’entendre raison.



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