Eudgie, la reine de Tanbou Ibo

PUBLIÉ 2018-12-05
En Haïti, rares sont les femmes qui tiennent les rênes d’une émission compas. Dans la jungle de la bande FM truffée d’animateurs avides de gloire, une dame parvient pourtant à sortir sa tête de l’eau. Avec seulement quatre ans de carrière dans la presse, cette enfant de la section communale de Debouchette réussit là où tant d’autres ont échoué. Avec maestria, Eugeline Deller a.k.a Eudgie assure la direction de « Tanbo Ibo », qui reste et demeure un programme à succès de la 98.5.


Un sourire timide vient éclairer ce visage allongé sur lequel on soupçonne que très peu de maquillage. Qui l’aurait cru ? En dehors du micro, celle qui s’autoproclame l’animatrice la plus sexy sur le cadran est une grande timide. Le look de rockstar qu’elle a arboré pour l’occasion (lunettes de soleil, jeans blancs, corsage rose, veste et baskets rouges) ne parvient pas non plus à dissimuler son trac. « Laissez-moi déposer mes cliques et mes claques sur le bureau. Ainsi, j’aurai l’impression d’être dans un cadre habituel, car je suis très timide », lâche-t-elle, avant que la présentatrice de radio Ibo ne nous glisse dans l’univers d’une femme éprise de son métier.

Tout a commencé en classe de seconde. Par un heureux hasard. En zappant sur son récepteur, Eugeline Deller est envoûtée par cette voix qui passe à la radio. « Je ne peux vraiment pas placer un nom dessus. Sauf que je me suis tout de suite vue dans la peau d’une animatrice. J’ai cru immédiatement que j’avais en moi le potentiel, que je pouvais faire mieux que cette personne que j’entendais pour la première fois à la radio », se rappelle l’ancienne élève de l’école nationale de Debouchette. Dès lors, écouter des aînés comme Bernier Sylvain, Jean Mary Simon, Ruth Occéan et Patricia Latour devient une routine dont mademoiselle ne peut vraiment pas se passer.

La routine se transforme en profession. En 2004, la native du Verseau intègre Radio Zénith qu’elle laissera deux années plus tard pour le média d’Hérold Jean-François. « Mon aventure avec Ibo a débuté bien avant que j’intègre officiellement la radio en 2016. Sur invitation de Patricia Latour, je faisais déjà partie du panel de Platfòm Fanm, un programme qui se déroulait chaque samedi. Ainsi, une fois l’aventure Zénith terminée, je me suis tournée vers Radio Ibo », explique Eudgie qui a également effectué un bref passage à Mélodie FM.

En 2018, le lien unissant la présentatrice à la 98.5 subsiste. Dans un univers peuplé d’hommes, celle qui a effectué des études en communication sociale tient le flambeau de Tanbou Ibou. Elle conquiert son auditoire même après le départ de Patricia Latour, ancienne figure de marque de cette émission très prisée de Port-au-Prince. Quelle est donc la clef de votre réussite ? « Mon auditoire serait mieux placé pour vous répondre, car, à dire vrai, je ne sais pas. Je peux dire que j’ai ma façon particulière de gâter mon public », indique-t-elle.

Authenticité, diversité et complicité. Trois armes, trois piliers sur lesquels s’appuient l’ex-étudiante en hôtellerie et tourisme afin de bénéficier d’une place au soleil. « Ma façon de faire et ma voix jouent en ma faveur. De plus, à chaque nouvelle émission j’apporte quelque chose de différent. Un ‘’vibe’’ différent à travers des termes spécifiques : lundi love, mardi invité, mercredi rétro, jeudi et vendredi diversité, samedi live avec nos correspondants de la diaspora », énumère la native de Debouchette. Le produit du lycée Jean Mary Vincent se félicite de mettre son cœur au service des super branchés de Tanbou Ibo. « Je suis à la fois un mélange de douceur et de chaleur », affirme celle qui prend pour modèles ses homologues Ruth Occéan et Jean Mary Simon, mais surtout le journaliste Roberson Alphonse. « Je suis une malade de Roberson Alphonse. J’apprécie son humour, sons sens de l’analyse. Je l’aime beaucoup », confie Eudgie.

Si elle est satisfaite de son travail d’animatrice, la petite dame critique malgré tout les dérives de certains de ses pairs. Eugeline pointe du doigt tous ceux qui troquent le professionnalisme contre de l’argent. « La promotion est payante dans tous les pays du monde, et cela n’a jamais constitué un problème. Un animateur peut faire la promotion d’un groupe, mais pas au détriment d’un autre. Dans un pareil cas, tu te transformes en soldat. Tu es tout, sauf un professionnel », martèle-t-elle sans prendre de gants. « Moi, on ne peut pas m’acheter. D’ailleurs, je suis une grande gueule », s’enorgueillit cette passionnée de la danse qui dit ne favoriser aucun groupe.

Du haut de sa trentaine, mademoiselle Deller n’a ni mari ni enfant. Un petit ami, alors ? Elle émet un sourire de banane. La reine de Tanbou Ibo a subitement des papillons dans le ventre. On sent qu’il existe un amoureux à l’horizon. « Je suis sur le point d’avoir quelqu’un dans ma vie. Je suis très amoureuse et très confiante en mes sentiments. C’est quelqu’un qui me ressemble. Je veux grandement lui témoigner mon amour », déclare-t-elle avec les yeux étincelants. L’heureux élu se connaît sûrement !



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