Le journal de Chriss

Faisons notre mea culpa et mettons-nous en route pour un nouveau départ

Publié le 2018-11-19 | Le Nouvelliste

Les faits révèlent que notre état de déchéance n’est plus à redouter : des bandes armées informelles contrôlent sans inquiétude des artères de la capitale, des histoires de fesses intergénérationnelles se disputent ouvertement et sans retenues sur les ondes, des lieux historiques sacrés non entretenus, sont dépourvus même de drapeau en tant que symbole national. Nous traversons une crise de société pertinente et sans précédent caractérisée par, une absence de leadership évidente et une faiblesse de l’autorité de l’Etat. Nos élites sont impuissantes et incapables d’initier un dialogue de façon urgente, pour freiner cette décadence en chute libre ; il ne nous prendra plus trop longtemps pour atteindre le fonds de l’abime et personne ne peut prévoir l’impact et l’ampleur du choc qui en découlera.

Je comprends certes que la recherche du profit reste la motivation de tout entrepreneur. Cependant, Nous devrions tous déplorer le fait qu’en Haïti la classe des affaires semble réaliser son profit au détriment du bien-être collectif. Nous nous sommes arrangés auprès de l’étranger pour détruire la production nationale et prendre avantages des facilités à l’importation pour faire nos millions. Par exemple, Un quart de siècle plus tôt, Haïti était presque autosuffisant en matière de production de riz, aujourd’hui, nous importons 80% du riz consommé localement pour une valeur estimée à deux cents millions de dollars. Imaginez-vous les effets positifs que cette somme aurait eu sur notre agriculture ? Peut-être ces deux mille jeunes Haïtiens ne se seraient pas aventurés au Brésil ou au Chili.

Bill Clinton s’est excusé ( https://youtu.be/Yx1PsYBo-kE ) d’avoir détruit la production de riz en Haïti. Qu’il l’ait fait par hypocrisie ou de cœur, peu importe, mais après le tremblement de terre, lorsque Bill Clinton est revenu sur le dossier d’Haïti, nous aurions dû adresser le problème, et négocier un dédommagement en faveur de nos victimes planteurs. Nous ne l’avions pas fait parce que nous n’avions aucun intérêt direct à en tirer.

L’argent que nous accumulons à nos comptoirs de vente proviennent de la sueur des fils et des filles vivant en pays étrangers, des modestes concitoyens dont nous avons détruit le système de production et d’accumulation. Nous leur avons interdit l’accès au soleil sur leur propre terre natale, mais certains ont pu cheminer et briller dans les universités, dans le domaine médical, le système judiciaire et le circuit de la finance du monde occidental.

Les millions des recettes d’importation nous permettent de vivre très largement. Mais nous sous-estimons que notre modèle de vie de luxe crée des convoitises et des frustrations. Nous parlons de haine chez nos frères, et nous avons créé ces états d’âme. Nous nous plaignons lorsque nos parlementaires veulent suivre notre modèle d’accumulation et veulent aussi mener une vie luxueuse qui réclame beaucoup de dollars, alors qu’ils ne font que nous suivre, et le reste de la société, frustré, n’attend que leur tour pour se créer une place privilégiée dans des compromis et des tractations.

Ces dernières décennies nous nous sommes assurés que nous enfants naissent à l’étranger. Nous avons sécurisé une couverture consulaire, à défaut d’une carte de résidence ou d’un passeport étranger. Nous nous disons Haïtiens, alors que nous ne sommes rien d’autres que des flibustiers avec nul autre dessein que de sucer le miel d’Haïti.

Nous devrions tous admettre que nous avons causé du tort et bien des dommages à ceux qui crient aujourd’hui. Nous avons tenu des discours discriminatoires de : nwa / wouj, nèg anwo / nèg anba, mounn lavil / mounn andeyo, Nous nous sommes amusés indistinctement et sans exception à barrer la route à d’autres par égocentrisme, mettant ainsi des limitations et des embuches sur nos propres routes. Aujourd’hui, il nous faut tous rentrer dans notre âme et conscience pour reconnaitre nos erreurs, demander pardon à ceux qui le méritent et démarrer pour un nouveau départ.

Je n’ai nullement l’intention de critiquer ou d’acculer qui que ce soit, la faute est à nous tous en général et à personne en particulier. Dans les lieux sacrés, nous avons descendu le drapeau pour afficher les ordures, et nous mettre ainsi à notre aise pour hisser l’injustice, l’exploitation, la corruption et l’impunité. La vache n’a plus de lait et si nous continuons à presser ses mamelles, elle peut se mettra en furie ; notre modèle de société s’est tout simplement effrité. Il nous faut construire un autre mode d’organisation sociale, calquée sur nos pratiques ancestrales et inspirée en même temps du monde moderne ; nous réclamons une Nouvelle Haïti aux Haïtiens.

Chris B. Dormevil chrisdormevil@gmail.com Auteur

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