La révolution verte est en marche

Publié le 2018-11-14 | Le Nouvelliste

Chers concitoyens et concitoyennes,

Grand est votre désir, grand est votre besoin de voir la situation générale du pays s'améliorer aussi rapidement que possible, car la situation de tous et de chacun en dépend. Malheureusement, il n'existe point de baguette magique pour transformer en un clin d'oeil la situation. Sur la terre des pêcheurs, il n'y a point de faiseurs de miracles qui résoudraient, sans avoir l'air d'y toucher, toutes les difficultés de l'heure présente. Comme les bontés de l'Eternel qui ne sont pas épuisées, ses compassions qui ne sont pas à leur terme, les difficultés - elles aussi - se renouvellent chaque matin. La révolution n'attend pas qu'elle assume la responsabilité de la chose publique pour en être pleinement consciente.

Toutefois, force est de constater que le président de la République, Jovenel Moïse, n'a pas pu aider le pays à surmonter les grandes difficultés de toute nature avec lesquelles il est aux prises. Pour s'en rendre compte, il suffit de constater les manquements et vacillations des décideurs qui n'ont pas compris - jusqu'à cette présente minute - qu'il y a urgence dans la demeure. Depuis les grandes commotions sociales de juillet dernier, c'est toute la nation qui attend la présentation d'un programme de réformes et de mesures dont la réalisation est indispensable et urgente.

Pour la première fois, dans toute l'histoire du pays, on a enregistré un déficit budgétaire record, allant au-delà de 20 milliards de gourdes. La dépréciation de la monnaie nationale et la hausse des prix des produits pétroliers sur le marché international n'ont fait qu'empirer la situation pour les Haïtiens qui continuent à payer jusqu'à la surenchère les frais d'une mondialisation sauvage.

Il y a vraiment lieu de s'inquiéter de l'état actuel des finances de la République : les services publics encourent le risque d'aller de mal en pis, les fonctionnaires ne pouvant pas recevoir leurs traitements à temps et les pensionnaires ayant du mal à collecter leurs retraites.

Le gouvernement présent - comme ses prédécesseurs - n'a pas fait de la réforme fiscale une des grandes priorités de l'heure. De même, son souci majeur n'a jamais été d'entreprendre des travaux productifs et de réduire, dans un proche avenir, d'une façon fort sensible, le taux scandaleusement élevé du chômage dans le pays. Jamais les dirigeants haïtiens n'ont cherché à atténuer la crise économique en attendant de trouver les moyens pratiques et efficaces pour la juguler, définitivement.

La révolution est d'avis qu'un sérieux redressement de la politique haïtienne s'avère nécessaire; lequel redressement doit rendre à la première République noire indépendante du monde l'autorité et le prestige qu'il faut pour mener à bien ses propres destinées.

Monsieur le président, le pays n'a pas confiance en vous en raison des pêcheurs en eaux troubles et des spéculateurs qui font leurs calculs de réussite sur la catastrophe nationale autour de vous. Ces derniers pivotent avec leurs petits agendas, tentant d'arriver à leurs fins. Plus d'uns ont forgé - à tort ou à raison - la mauvaise impression que la barque nationale est entre les mains des aveugles et des naïfs. Ceux qui arrangent et ceux qui dérangent sont logés à la même enseigne. Voilà qui ouvre grandement la porte à des intrigues de toutes sortes au plus haut niveau de l'Etat. Et le coup de balai le plus salutaire n'est d'aucun secours s'il épargne le balayeur.

Le spectre de nouvelles commotions sociales, de guerre civile ou d'une invasion étrangère reste dans l'ordre des choses possibles en Haïti, en raison de cette absence de leadership qui caractérise l'action gouvernementale de ces derniers mois. L'effritement de l'autorité de l'Etat est parvenu à son niveau le plus bas; on a fait cette expérience douloureuse pendant la journée du 17 octobre dernier, date marquant le 212ème anniversaire de l'assassinat du père-fondateur de la patrie, l'empereur Jacques 1er, au Pont-Rouge et à Saint-Marc. En témoignent également les mauvais traitements éprouvés par le locataire du palais national au moment où il délivra son discours de circonstance à l'ouverture des travaux du premier congrès de la Fédération Nationale des maires haïtiens (FENAMH), le lundi 29 octobre 2018, au Ciné Théâtre Triomphe. Il a été chahuté, à chaque phrase, à chaque promesse par des élus locaux, mécontents de ce qui a été fait du Fonds de gestion et de développement des collectivités territoriales.

Malgré tout, le Core Group a fait récemment sortir une note de presse pour manifester son appui au gouvernement en place qu'il considère comme légitime. Du même coup, il a implicitement condamné la mobilisation populaire qu'il attribue à des activités subversives visant à renverser par la violence l'héritier politique de Michel Joseph Martelly alias sweet Micky. Mais ce que ces ambassadeurs accrédités à Port-au-Prince ont failli de relever dans leurs observations, c'est une marée humaine qui défilait dans la capitale et dans les principales villes de province, le 17 octobre dernier, pour exprimer leur colère contre le président Jovenel Moïse dont ils revendiquaient le départ anticipé du pouvoir. Peu importe les opinions dans les milieux diplomatiques, c'est le peuple qui est en désaccord net avec le gouvernement; il s'est prononcé puisqu'il est souverain. La démocratie dans ses aspirations les plus nobles recommande que les gouvernants se mettent à l'écoute des gouvernés.

Il est évident que la communauté internationale n'a pas des solutions appropriées aux importants défis qui se dressent comme une muraille infranchissable devant les Haïtiens. La réforme tant attendue ne saurait venir ni des étrangers ni des nantis dont l'échec lamentable a été constaté au début du XXème siècle par le Dr Jean-Price Mars. Comment donc réformer les mentalités qui constituent - à n'en point douter - les causes de notre mal? Car les égoïsmes personnels ou de partis, les ambitions, les rancunes, les inimitiés violentes sont autant d'obstacles au renforcement de l'esprit patriotique, seul capable de rallier toute une nation derrière un idéal de grandeur et de dépassement de soi.

A dire vrai, le grand redressement ne peut être l'oeuvre personnelle d'un homme, quelque vertueux qu'il soit! Il arrive, parfois, que l'on est au pouvoir sans avoir vraiment le pouvoir d'entreprendre quoi que ce soit. D'un côté, pressé par des obstructionnistes irréductibles puissants et, de l'autre, par des supporteurs timides, hésitants, réservés et impatients, l'homme seul ne peut agir et encore moins réussir. Ce qu'un homme ne peut réaliser à lui seul, le peuple comme un bloc monolithique sous la chaleur du macadam peut le faire. Armé de sa volonté de fer, couvert de toutes les immunités nécessaires et investi des pleins pouvoirs que lui confère la souveraineté, le peuple seul peut vaincre ces mentalités obstinées.

Le travail titanesque de redressement national requiert bien plus que la volonté politique du chef. Il faut aussi de la méthode, de la perséverance dans l'effort, de la patience, du temps, et peut-être le plus important de tous: un pouvoir réel et suffisant dont le peuple souverain est le seul détenteur. Quand il le désire ardemment, en manifestant sans ambiguïté cette volonté, il peut modifier ces mentalités qui ne veulent pas changer et faire bouger les choses dans la bonne direction. Seule la manifestation éclatante de cette volonté peut assainir l'atmosphère pourrie dans laquelle vit le pays depuis trop longtemps.

Ce 18 novembre doit marquer un nouveau tournant dans la longue bataille pour le renouveau haïtien. Ces cohortes résolues venant des différents points du pays doivent comprendre qu'il est temps pour elles de se converger vers la capitale pour le grand assaut final contre le système obscurantiste vieillissant qui les a abêties pendant deux siècles.

La raison, la sagesse, la clairvoyance et le patriotisme du peuple sauront le conduire jusqu'à la victoire malgré la violence qui reste et demeure le dernier bastion des bourreaux. Ceux qui veulent encore étouffer l'expression de la souveraineté populaire en prenant ces masses résolues et disciplinées pour des canards sauvages ne doivent pas réussir dans leurs desseins criminels. Ils doivent être identifiés et maîtrisés avant même qu'ils passent à l'exécution de leurs forfaits.

Comme ces nantis ne comprennent que le langage de la violence, on s'attend à ce qu'ils sous-estiment le sens et la portée de la manif qui n'est rien d'autre que l'expression de la souveraineté nationale. Force est de croire qu'ils resteront accrochés au pouvoir au lendemain du 18 novembre comme si rien ne s'est passé la veille. La prochaine phase consistera donc à bloquer le pays pour les forcer à quitter le pouvoir.

Les expériences des 30 dernières années nous ont appris une chose: la lutte ne finit pas avec le départ anticipé du chef de l'Etat. Cette fois-ci, on a compris que le combat doit être engagé contre un système qui a lamentablement échoué. Le pays est debout comme un seul homme dans les rues en quête de nouvelles conditions favorables à l'émergence de nouvelles femmes et de nouveaux hommes, porteurs d'une vision nouvelle. La révolution verte est en marche.

Harry E. Jean-Philippe hdrewer005@aol.com Auteur

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