Specheline François, la création dans la peau

PUBLIÉ 2018-11-06
Juste quatre ans depuis qu’elle s’est lancée dans la création d’habits et d’accessoires, et la voilà en passe de faire l’expérience d’Artisanat en fête les 10 et 11 novembre 2018. Specheline François invite les visiteurs à découvrir ses vêtements, ses sacs, ses bijoux et ses bouteilles décoratives qu’elle garnit à la fois de peinture, de perles et de broderie. Portrait d’une jeune femme avec la création dans la peau.


À part son blue jeans et ses sandales, tout ce que Specheline François porte à notre rendez-vous vient de ses créations. Le boubou jaune, les bijoux ethniques… tout (ou presque) est griffé des initiales de Spech Collection.

Sans une décision de sa mère, la plus grande des deux filles de la famille ne serait pas aujourd’hui une confectionneuse d’accessoires assez connue sur le marché local. La native des Cayes affirme avoir été une gamine très timide. « Je ne pouvais pas traverser une salle où se retrouvent des inconnus ou encore regarder les gens dans les yeux », raconte-t-elle. Pour chasser ce problème qui empoisonnait sa vie, sa mère l’inscrit donc dès 9 ans à une agence de top-modèle que dirigeait Muriel Leconte. Une activité que Specheline a embrassée à cœur joie jusqu’à l’âge de 15 ans. « J’ai donc pris goût à la création d’accessoires sans penser qu’un jour j’en ferais mon métier », explique-t-elle.

En pleine adolescence, un songe va changer la vie de Specheline. « Dans mon sommeil, quelqu’un m’a tendu un morceau de tissu et m’a demandé de le lui broder. En me réveillant j’ai cherché un morceau de tissu de la même couleur que celui dans le rêve et je me suis mis tout bonnement à le broder », raconte-t-elle. Cette révélation, probablement divine, ne suffit pas pour conduire la jeune fille vers on destin de créatrice. Il faudra un peu plus tard qu’on l’invite à une fête pour qu’elle se découvre un talent encore bien latent. « Pour me rendre cette fête-là, j’avais pris la décision de confectionner moi-même mon sac à main au lieu de détruire toutes mes économies dans un prêt-à-porter », poursuit la confectionneuse. Arrivée sur les lieux, le tout premier sac que Specheline a réalisé ne passe pas inaperçu. Mademoiselle est assaillie de commentaires et de questions : « C’est joli » ; « Où tu l’as acheté ? »... Elle reçoit d’ailleurs une douzaine de commandes.

L’étudiante à l’époque en marketing à Cedi connaîtra le même succès avec ses sacs quand elle décide d’en ramener un à cette école supérieure. Comme à la fête, les commandes n’ont pas manqué, relate-t-elle. C’est dans ces conditions que la belle a monté « Spech Collection ».

Au fur et à mesure que se forge sa réputation, la confectionneuse diversifie sa gamme de produits. Aux sacs s’ajoutent les bouteilles décoratives, des vêtements et des bijoux. Devenue propriétaire d’une marque, Specheline François se met donc à sillonner avec ses articles tout ce qu’il y a comme activités. Fête de médias, exposition à l’ambassade des USA, expositions privées...

L’artisane explique que sa touche est remarquable par son attrait pour le jute. Ce tissu qu’on appelle communément « twal sak sik wouj ». « Depuis que j’en suis tombée amoureuse, je diminue mon usage d’autres types de tissu », confie-t-elle. Un autre élément pour reconnaître du « Spech », c’est le fait pour elle de garnir chaque pièce de broderie, de peinture et de perles ; disciplines qu’elle estime avoir maîtrisées sur le tard.

Parlant de broderie, à côté de sa ligne, la designer confie s’occuper pour des externes de la confection de leurs initiales sur tissu. Un exercice qu’elle exécute à l’aide d’un appareil hautement sophistiquée. Des ONG, des écoles, des entités étatiques réclament son expertise en ce sens, nous dit-elle. Un travail qu’elle mène avec son mari qui est un vieux de la vielle dans ce secteur.

L’ambition de Specheline ? Convaincre principalement la diaspora de supporter la production locale. « Je souhaite pouvoir, dit-elle, les encourager à commander pas seulement de moi mais de tous les créateurs qui sont en Haïti une pièce réalisée selon leur goût. » Madame se souhaite une expansion à l’international également.

Dans son panthéon de modèles, on retrouve surtout des peintres et des créateurs d’accessoires et d’habits comme elle. Elle n’a d’ailleurs d’yeux que pour des grands maîtres dont Tiga, Jean René Jérôme et Louisiane Saint-Fleurant.

Perfectionniste dans l’âme, Specheline François participe activement à la confection de chaque pièce. « C’est mon nom qui est en jeu », dit-elle avec un zest d’humour. Elle dessine, peint, brode et enfile des perles. À ses côtés, quatre employés participent au nettoyage, à la découpe et à la couture.

Pour celle qui fera pour la première fois l’expérience d’Artisanat en fête, cette foire de L’Irpah réalisée de concert avec Le Nouvelliste représente un summum pour sa jeune carrière de quatre ans. Pouvoir se faire remarquer dans une foule de pas moins de 300 exposants représente, selon l’artisane, un véritable challenge. Specheline attend la grande foule les 10 et 11 novembre dans le traditionnel site du Parc Historique, qui viendra supporter le « made in Haiti » à retombées positives sur l’économie du pays.



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