Peut-on espérer une réussite pour un leader ou entrepreneur haïtien ?

Publié le 2018-11-22 | Le Nouvelliste

Lorsqu’on véhicule une réflexion dans un espace privé ou public, que ce soit à travers un document tapuscrit ou audiovisuel, elle est sujette à de multiples interprétations. Certains vont bien interpréter la pensée de l’auteur, et d’autres vont la mésinterpréter par manque de compréhension ou par choix idéologique. D’ailleurs, quelqu’un avant nous, du nom de Karl Pooper, avait déclaré : « Il est impossible de trouver une manière de parler par laquelle vous ne serez pas mal compris.» Donc cela nous importe peu, à savoir les mauvaises interprétations de notre réflexion, puisque cette subtilité ne date pas d’hier.

Avant d’entrer dans le sujet, posons cette anecdote. Après l’effondrement du bloc communiste pour faire place au capitalisme, comme nouvel ordre mondial de l’époque, vient Cuba avec sa résistance politique, supportée officiellement par la Russie, autrefois l’URSS. Quelque temps plus tard, à cause de la pauvreté et de l’influence des appareils idéologiques américains dans la zone caraïbe, on observe deux (2) bateaux de réfugiés-es qui font voile vers les États-Unis. Le premier groupe était constitué d’Haïtiens-nes et le second de Cubains-nes. Arrivés-es à leur destination, après de nombreuses péripéties : des moments fort périlleux ; les deux groupes prennent refuge à Miami. Le premier groupe a reproduit une nouvelle communauté du nom de Little Haiti qui signifie petite Haïti, une peinture fidèle des réalités sociales, démographiques, psychologiques, économiques de la contrée d’origine et, avec ses particularités distinctives du milieu actuel ; et le second Little Havana, soit la petite Havane, qui fait allusion à la capitale de Cuba. Sous un autre angle lorsqu’on observe l’espace économique, nous verrons une forte présence cubaine par rapport à la présence haïtienne qui est nettement moindre. Ce qui est normal, vu que d’après un recensement en 2000, 60% des Cubains ont un niveau d’éducation validé par l’obtention d’un baccalauréat ou plus, telle est donc la justification d’occupation d’emplois plus qualifiés par les Cubains-nes. Et, sans ignorer la part éducative américaine, l’une des prouesses de la réussite de l’éducation cubaine est Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde depuis 2018. Celui-ci a été adopté par un immigré cubain, quelques mois après sa naissance, Miguel Bezos.

Qu’est-ce qu’on peut espérer comme modèle de réussite de l’être haïtien? Est-ce un modèle où celui-ci est arrivé à un sommet, qui est caractérisé par une position occupée dans une grande organisation créée par d’autres individus étrangers ? Nous ne sommes pas contre la promotion sociale ou la mobilité sociale. Loin de là. Ce que nous aimerions voir et que nous ne voyons pas encore, ce sont des Haïtiens-nes capables de réussir comme Mère Teresa, Oprah Winfrey, Jeff Bezos, Bill Gates… C’est-à-dire porteurs-res de vision, et capable d’un leadership transformationnel en faveur de leur pays et, pourquoi pas du monde. Cela nous amène à questionner les finalités de notre système éducatif. Si nous avons une société divisée à tous les niveaux, c’est parce qu’on a appris à l’être. Il semble que la confiance dans l’autre n’est pas conjuguée dans le monde haïtien, comme parmi les génies constructeurs de « little Haiti ». L’être haïtien n’a même pas de confiance en lui, car il ne se connait pas. Donc il est condamné à emprunter l’identité des autres. Certains prennent un chemin honnête comme Untel. D’autres vendent leur dignité, leur personne pour gagner de l’argent aussi comme un autre tel. Dès qu’il-elle connait un niveau de progrès, celui-ci-celle-ci quitte le quartier, la province, la ville, le pays.

Quelle réussite peut-on espérer d’un-e leader-entrepreneur-e haïtien-ne si l’école ne l’avait pas introduit à la notion de culture humaine, notamment la culture de son peuple et lui avait inculqué l’esprit d’équipe? Ces dernières années nous constatons une prolifération d’écoles, d’universités, de PME, et d’organisations. Quels sont les objectifs des « business school » en Haïti. Ces écoles sont-elles capables de former réellement des entrepreneurs-es? En ce qui concerne l’éducation informelle, il y a plus de vingt (20) ans depuis qu’Amway recrute, forme, encadre des Haïtien-nes qui étaient promus-es milliardaires. Où sont-ils-elles passés-es ? Chacun rêve d’investir dans un quelconque domaine, en prenant un petit groupe de personnes qu'il-elle peut dominer par son pouvoir économique, politique, relationnel, social, académique ou intellectuel.

Nous admettons certes qu’il faut éviter la monopolisation du marché en encourageant ou stimulant des start-up, mais à quoi sert la multiplication des organisations non standardisées, lesquelles ne sont même pas orientées vers une accréditation de la part d’une institution spécialisée ? Rares sont des entrepreneurs-es qui se regroupent pour la création d’une grande société. Presque tout le monde veut avoir sa propre entreprise où il-elle veut être le-la seul-e à commander, à diriger, et faire fortune pour léguer des parts à ses enfants. D’où l’expression entreprise familiale, ennemie déclarée de l’échange des capitaux. Nous pouvons être d’accord qu’il y a des cas d’exception, mais on ne peut se baser sur ces cas pour l’espoir d’Haïti.

En Haïti, chaque innovation qui nous arrive du monde global connaît dans cette contrée une déformation conceptuelle par rapport à l’usage qu’on en fait dans les pratiques sociales. Comme quoi il y a toujours en arrière-plan une idéologie construite politiquement, par laquelle l’action sociale sera orientée vers toutes autres choses qu’au développement espéré. Des promotions ont été faites en faveur du numérique, par exemple. Plusieurs séances de formation et de causeries avec intervenants locaux et internationaux ont été réalisées sur la question, quant aux actions visant à résoudre un problème, c’est-à-dire à créer des infrastructures numériques; ces dernières sont bloquées dans le monde des idées. Il en est de même pour le « leadership » et l’ « entrepreneurship ». Des jeunes se sont autodéclarés-es leaders sans une connaissance approfondie de leur identité commune et individuelle ou le développement de leur leadership. Des entrepreneurs-es se sont autodéclarés tels-telles sans être capables de créer des richesses. Il semble qu’entre ce qui est et ce qui doit être, après avoir présenté un discours objectif traitant ces deux issus chez nous, paradoxalement on se complaît à reproduire ce qui a toujours été. Et si nous apprenions des choses du second groupe de l’anecdote, pendant que nous réfléchissons amplement sur l'éducation en Haïti qui reste une problématique?

Osée Jorsley Morvan, MBA oseejorsleymorvan@gmail.com Auteur

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