Nous avons besoin d’hommes et de femmes d’État en urgence

Publié le 2018-10-29 | Le Nouvelliste

Haïti est classé parmi les pays les plus pauvres au monde. Nous avons même l’étiquette du pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Notre mauvais classement dans tous les rapports relatifs aux conditions de vie des populations conforte ceux qui nous collent, à tort ou à raison, cette étiquette sur le dos. C’est dur de nous voir dans un tel état plus de 200 ans après notre indépendance. Pourtant, ce n’est pas le plus dur. Ce qui devrait nous indigner le plus, c’est l’incapacité à trouver des hommes et des femmes d’État à la hauteur des défis à relever.

La crise systémique à laquelle le pays fait face aujourd’hui est la conséquence de l’incapacité de nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui à assumer leurs responsabilités. Les informations relayées par la presse haïtienne ce lundi ne laissent guère croire que la situation va pour le mieux. Au premier congrès de la Fédération nationale des maires d’Haïti (FENAMH), le chef de l’État, Jovenel Moïse, a été chahuté par des maires – les premiers citoyens de nos communes – pour n’avoir pas respecté ses promesses de leur donner des véhicules, entre autres. Les hauts dirigeants de la République – le chef de l’État et les maires – ne pouvaient-ils pas trouver une autre formule pour traiter cette question ? Le président Jovenel était-il obligé de faire des promesses qu’il ne peut pas tenir ? Les mairies, étant autonomes, devraient-elles être à la merci de l’exécutif pour leur fonctionnement ?

Les maires peuvent se réjouir d’avoir fait passer leurs revendications ; les opposants au pouvoir en place peuvent sabrer le champagne, mais une chose est sûre, il s’agit d’un spectacle de mauvais goût pour la République. Ce n’est pas de cette manière que nous allons construire un État fort et responsable.

La journée n’était pas seulement marquée par cette drôle d’image. Il y a eu aussi les affrontements entre gangs rivaux à Martissant, un quartier de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, où se concentrent les organes chargés de la sécurité, notamment les unités spécialisées de la Police nationale, le bureau du secrétaire d’État à la Sécurité publique ainsi que le quartier général des Forces Armées haïtiennes naissantes de l’ère Jovenel. Ce climat de tension dure déjà des mois. Aujourd’hui encore, l’État se montre impuissant face aux gangs qui terrorisent la population. Pendant ce temps, certaines autorités judiciaires et policières, qui devraient être en première ligne dans la recherche d’une solution durable à ce problème, sont en conflit ouvert avec les avocats du barreau de Port-au-Prince pour un litige qui devait être traité selon les lois de la République. Les deux parties, chargées de faire respecter la loi, choisissent la voie de la confrontation. Il est prévisible que personne n’en sortira gagnant.

L’actualité est aussi marquée par l’arrestation de l’ancien directeur de la Police nationale d’Haïti Godson Orélus le week-end écoulé pour trafic d’armes. Une accusation que rejette l’accusé dans un message qui circule sur WhatsApp. Parallèlement, des dossiers de la PNH qui devraient être confidentiels en lien avec l’accusation de trafic d’armes contre l’ancien DG de l’institution policière circulent sur les réseaux sociaux depuis ce week-end. Des documents qui devraient pourtant servir à la défense de l’accusé devant la justice. La méfiance dans le système judiciaire fait que même des hommes de loi préfèrent défendre leurs clients dans les médias et sur les réseaux sociaux en lieu et place des tribunaux. Les acteurs continuent d’affaiblir la justice pour qu’elle ne soit pas en mesure de faire son travail.

Notre pauvreté n’est pas seulement une question d’argent, elle est aussi liée à l’incapacité de nos dirigeants à se hisser à la hauteur de vrais hommes et de femmes d’État. On n'est pas sorti de l'auberge. Loin de là.

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