Comprendre l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil

Publié le 2018-10-31 | Le Nouvelliste

Le sexagénaire Jair Bolsonaro vient d’être élu au Brésil avec 55,13% des voix face à Fernando Haddad du Parti travailliste (PT) qui a récolté 44,87% des suffrages. Les sorties sulfureuses du candidat de l’extrême droite, qui affirme avoir voté « Oui » à la mémoire du colonel Carlos Alerto Brilhante (accusé d’avoir torturé lui-même l’ancienne présidente), lors de la destitution de la présidente Rouseff en Avril 2016, ne laissaient pas entrevoir le destin d’un futur président. Ironie de l’histoire, deux ans plus tard ce sera le cas.

Peuplé de 208 millions d’habitants sur un territoire de 8 514 876 km2, le Brésil est le plus grand pays de l’Amérique latine en termes de population et de superficie. C’est un pays où l’inégalité sociale, marquée par une répartition très inéquitable, fait rage. Classé huitième pour son PIB, qui le fait reculer de 76 places et son IDH de 71 places. Toutefois, l’ascension du président Lula au pouvoir avait largement contribué à ce niveau de croissance du PIB, de même que la déchéance de son parti coïncide avec la chute économique et sociale du pays qui a rendu le terrain propice à l’avènement de l’extrême droite au pouvoir.

Truffé de racisme, de misogynie, de négationnisme, d’anticommunisme, le discours de Bolsonaro est avant tout dirigé contre les noirs et contre les indigènes. Ce discours qui a su devenir populaire avec le temps jusqu’à favoriser son élection à la magistrature suprême du pays est greffé au discours anti-PT et aux stratégies anti-PT que la justice et le congrès brésilien a rendu coupable de tous les maux sociaux, économiques et politiques du Brésil. En ce sens, si la présidente Dilma Rouseff a été destituée avec beaucoup de célérité suite aux accusations dont elle a été l’objet, le congrès a paradoxalement refusé d’enlever l’immunité de son successeur Michel Temer quand il fut également accusé de corruption.

Cette complaisance envers la droite et d’hostilité envers le PT ont créé un climat tout à fait favorable pour l’apparition d’un faux outsider, qui a passé près de 3 décennies au pouvoir mais qui s’est vendu comme tel au cours de la campagne, en l’occurrence Jair Bolsonaro, à l’instar de nos dirigeants nationaux (suivez notre regard). En contrepartie, cette droite républicaine constatant la faiblesse de leur candidat Geraldo Alckmin ne s’est fait pas prier pour soutenir financièrement, matériellement et médiatiquement l’ancien capitaine des armées de l’extrême droite.

Dès la prise du pouvoir en 2016 de Michel Temer, on assiste à une remilitarisation de la vie politique au Brésil. Alors que depuis Fernando Henrique Cardoso l’autorité civile était l’autorité compétente en matière d’armée. Depuis, l’armée a eu une influence de plus en plus grandissante dans la vie politique brésilienne au point que, le 9 septembre 2018, le commandant du chef des armées brésiliennes a déclaré que l’armée se réserve le droit de vérifier la légitimité ou l’illégitimité du prochain président brésilien. Le 13 septembre 2018 la Cour suprême brésilienne a désigné un chef d’État-major retraité comme conseiller. De là résulte le poids de l’armée sur l’appareil électoral et judiciaire brésilien.

Jair Bolsonaro, pour rester cohérent à cette ligne, n’a cessé de mentionner qu’il sera entouré de généraux dans son prochain gouvernement. Augusto Heleno, le premier commandant en chef de la mission des Nations unies pour la paix en Haïti de 2004 à 2005, aurait pu être son colistier durant la campagne, n’était le refus du parti du commandant, le PRP. En outre, le nom d’autres généraux comme Oswaldo Ferreira et le pilote de chasse astronaute Marcos Pontes sont en train d’être cités comme prochains ministres de l’Administration de Bolsonaro qui prendra le pouvoir officiellement en janvier 2019.

Nationaliste de conviction, il faut tout de même souligner que la ligne économique de départ du président élu Jair Bolsonaro fut étatiste nationaliste. Un disciple de Chicago au nom de Paolo Guedes a changé radicalement cette ligne de départ vers l’ultralibéralisme. Ce qui a d’une part permis à Jair Bolsonaro d’avoir la confiance du marché, d’autre part gagner la confiance des évangélistes brésiliens qui auraient une théologie appelée « Théologie de la prospérité ». Cette théologie dite de la prospérité serait, par ce fait même, très proche de l’idéologie néolibérale.

Parlant des évangélistes, dans la dynamique compréhensive de l’élection de Bolsonaro que nous nous versons, nous devons souligner qu’ils jouent un rôle prépondérant. Ils ont su combler l’absence de l’Église catholique, dans le temps, et l’absence d’État, depuis tantôt deux ans, dans les favelas en oeuvrant dans le social. Ces 22 millions d'évangélistes sont très présents et très influents sur les réseaux sociaux et également très influents politiquement au congrès, à la télévision et à la radio. C’est leur influence qui a dévié le vaste mouvement de femmes ayant gagné les rues un week-end avant les élections contre Bolsonaro en faveur de ce dernier. Cette influence explique aussi le passage du Brésil d’un pays de 80% catholiques à un pays très protestant. Par ricochet, elle corrobore de fait la statistique qui prévoit qu’en 2030 il y aura autant de protestants que de catholiques au Brésil.

Le Brésil actuel est surtout marqué par l’échec du système politique, l’effondrement de l’économie et le déferlement de la violence. Pour répondre à ces problèmes, le candidat Bolsonaro a proposé un renouveau économique, l’abolition de la corruption, la distribution des postes à des généraux et la légalisation du port d’armes. Cependant, l’attitude provocante et les déclarations de plus en plus démesurées sur ses prédécesseurs et ses adversaires, qui lui ont valu le nom de « Trump Tropical», laissent perplexe sur sa volonté de pérennisation de la démocratie au Brésil. D’autant plus, ces approches économiques ultralibérales font déjà peur aux noirs, aux indigènes et aux plus pauvres des favelas qui depuis 2016 ne savent quel saint prier à cause de la dégradation continuelle de leur niveau de vie. Ceci dit, est-ce la fin des politiques économiques et sociales à des fins de justice sociale qui caractérisaient l’ère du pouvoir du Parti Travailliste ? Il n’est que d’attendre, l’avenir dira le reste !

Stanley Karly JEAN-BERNARD, Politologue, Spécialiste en Relations Inernationales, E-Mail : stakajebe@gmail.com, tel :(509)36192832/33267187 Auteur

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