Un demi-siècle pour le Collège Canado-Haïtien

PUBLIÉ 2018-10-08
C’est avec une messe inaugurale suivie d’une activité récréative à laquelle ont pris part un tas d’anciens sur leur 31 que le ton a été donné ce 7 octobre au lancement du cinquantenaire du Collège Canado-Haïtien. Tout en souhaitant d’autres cinquante ans au collège, l’actuel directeur, frère Augustin Nelson, affirme que la transition vers une école en conformité avec la révolution technologique est mise en branle au sein de l’établissement jubilaire.


C’est dans l’optique de créer un établissement « flagship » façon Cegep (Collège d’enseignement général et professionnel) que les frères du Sacré-Cœur, déjà bien installés en Haïti, ont ouvert en 1969 le Collège Canado-Haïtien. « Dans notre congrégation, nous croyons fermement que l’éducation ne se limite pas à la théorie. Nous joignons au cursus intellectuel les champs de la technique et du professionnel », explique le frère Augustin Nelson, l’actuel directeur du collège jubilaire. Le Ph. D a au passage fait un pied de nez au Nouveau Secondaire initié durant le précédent quinquennat dans le curriculum haïtien. « C’est, dit-il, une récupération de la vision des fondateurs du Canado mais qui n’est pas efficiente parce que ces apôtres ne se donnent pas les moyens pour y parvenir. » Plus loin, le responsable avance qu’aucun pays ne peut emprunter la route du changement avec une éducation qui ne priorise que l’assimilation de notions le plus souvent abstraites.

Pour revenir à l’épopée du Collège de 50 ans, l’éducateur souligne que les filières techniques, commerciales, entrepreneuriales qui ont fait sa renommée n’ont pas été initiées dès l’année zéro ; il a fallu attendre 1972.

Durant son existence, le CCH a fait l’objet de multiples modifications qui se sont révélées exigibles avec le temps. D’abord c’était une école réservée exclusivement aux garçons. Si le consacré ne se rappelle pas de l’année, il assure que c’est devenu mixte quelques bonnes années après son ouverture. Il n’y avait pas d’uniforme au départ, on y allait en civil. Quand enfin on a adopté l’uniforme, pendant longtemps le mercredi était réservé au civil. « C’était, lui rappelle un ancien, une façon de permettre aux écoliers de laver leur uniforme ce jour-là pour les deux derniers jours de la semaine… »

Ce n’est pas parce qu’il n’a que cinquante ans que le CCH n’a pas donné des hommes et des femmes qui marquent notre histoire récente. Dans son « Hall of fame » on retrouve vraiment de grands noms. L’Académicien Dany Laferrière, l’artiste Rodney Saint-Eloi, l’illustre écrivain Gary Victor, la star NBA Skal Labissière, l’ancien Premier ministre Gary Conille, l’actuel président Jovenel Moïse, le rédacteur en chef du Nouvelliste, Frantz Duval, le coiffeur et styliste Michel Chataigne, le poète André Fouad... La fratrie Moussignac aurait également été scolarisée dans ce collège, selon frère Nelson.

Nos lecteurs de moins de 30 ans n’ont pas connu l’époque où les supporteurs de leur formidable équipe de basket-ball entonnaient le chant de ralliement « Canado big up, big up ! ». Derrière la belle histoire de l’école au bâtiment imposant dominant le quartier dynamique de Turgeau, il y a aussi des moments sombres. L’aventure aurait cessé net à deux reprises dans l’histoire du CCH. La première fois en 1986, face à une crise de vocation des frères canadiens. Les plus vieux mouraient l’un après l’autre, on était à deux doigts de céder l’école à une équipe externe qui aurait pu en faire probablement une autre chose de l’aveu du frère. « Les frères haïtiens sont venus à la rescousse. Ainsi on a gardé le collège sous l’étendard de la congrégation », affirme frère Nelson.

En 2010, une bonne partie du bâtiment n’a pas résisté au séisme. Qui pis est, Jean Daniel Jacques, l’un des religieux, est mort sous les décombres de l’auditorium : un véritable coup dur pour la communauté du Sacré-Cœur et le collège lui-même.

À 50 ans, le défi c’est de faire la transition véritablement vers une école en conformité avec son époque, selon le directeur. « La révolution numérique vit son âge d’or. Il n’y a pas de prétextes qui tiennent pour qu’on rate ce train au niveau du CCH », pense-t-il. Par conséquent frère Nelson annonce, parmi les projets phares, la mise sur pied d’un laboratoire de sciences bien mieux équipé et dynamique que celui de chimie qui est assez réputé dans le milieu scolaire haïtien.

L’école fonctionnant en double vacation compte pas moins de 1 100 élèves. 25 salles d’enseignement. Le cours de secourisme est obligatoire pour tous les écoliers. Quand les élèves ne suivent pas des cours basiques comme les maths ou les langues, ils sont initiés aux télécommunications et autres domaines techniques.

Cinquante ans, ça se fête de façon grandiose durant toute l’année scolaire ! Le 7 octobre, une messe d’action de grâces a été célébrée dans la cour de l’établissement. Elle était suivie d’une cérémonie à laquelle ont pris part beaucoup d’anciens en costard cravate ou tailleur pour les femmes. L’institution truffée de talents notoires dont Péguy Roberto Carlos Chavannes, champion de Podium Lycéens en mars dernier, n’avait pas besoin de « guest stars » pour enjoliver sa matinée d’activité. Tous les ingrédients étaient à sa disposition pour réussir le rendez-vous de lancement de son jubilé.

D’autres activités dont un mois dédié à la culture, un rétrospective de l’histoire de l’institution, une mobilisation en faveur de l’environnement sont à suivre. Une collecte de fonds est aussi eu programme. Le frère Augustin Nelson appelle tous les anciens à la mobilisation afin d’assurer à l’alma mater d’autres cinquante ans. « Quel que soit le montant qui sera donné, il sera pris en compte par le comité formé par des anciens et la direction. Nous garantissons la transparence dans l’usage qui sera fait du moindre centime offert. Le nom de chaque donateur sera inscrit en lettres d’or dans la galerie de ceux qui nous permettront d’atteindre nos objectifs », conclut le directeur.



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