Haïti : quel budget pour la santé?

En avril dernier, l'ancienne ministre de la Santé du Rwanda, le Dr Agnès Binagwaho, avait visité Haïti. Plus que les tonnes de rapports qui jonchent les bureaux du MSPP, c'est un symbole d'efficacité dans le domaine de la santé publique qui nous a indiqué la marche à suivre. Le budget de la santé est l'indicateur le plus fiable pour comprendre l'importance accordée à ce secteur.

Publié le 2018-08-09 | Le Nouvelliste

National -

Les grèves dans les hôpitaux publics et/ou mixtes, qu'il s'agisse du personnel administratif ou des médecins praticiens, ont en commun un système de santé tétanisé. Il faut laisser l'actualité de côté pour penser l'évènement, sinon essayer de comprendre le fil conducteur qui mène à la dégradation de la situation sanitaire du pays. À mesure que le coût de la vie augmente, nos institutions sanitaires se retrouvent dans l'incapacité d'offrir des soins de santé et sont incapables de maintenir à un niveau optimal la chaîne de soins.

La population s'appauvrit à longueur de journée. En Haïti, c'est elle qui finance majoritairement la santé, surtout dans un contexte où les acteurs nationaux sont de plus en plus perplexes. Cette situation nous plonge dans le cercle vicieux de la pauvreté. «Dans les pays où le financement de la santé est en grande partie assuré par la facturation des soins aux usagers eux-mêmes, les frais de santé acculent chaque année 100 millions de personnes à la pauvreté», a mentionné l'OMS. Cependant, «nul ne devrait être acculé à la ruine pour se procurer les soins de santé dont il a besoin», a déclaré le Dr Margaret Chan, ancien directeur général de l’OMS.

Dépenser l’argent plus efficacement

Ce sous-thème a été proposé à plusieurs reprises par l'OMS en vue d'augmenter le financement de la santé dans les pays sous-développés.

Dénoncer la faible part du budget national accordée à la santé ne suffit pas ; il y a eu des études et audits pour illustrer l'utilisation qui a été faite par le tant soit peu d'argent affecté au MSPP. Augmenter le budget ne servira à rien si l'utilisation est irrationnelle.

Dans les pays à faibles revenus, le meilleur système est celui de paiement à l'acte. Au lieu d'investir une quantité d'argent dans une institution sanitaire, il serait mieux que l'État paie suivant le service donné. Si un hôpital réalise 1000 césariennes par année, le budget de sa maternité ne peut pas être inférieur à celui d'un autre hôpital qui en réalise 100.

Pourquoi un approvisionnement régulier dans une pharmacie si les médicaments ne sont pas offerts gratuitement dans les hôpitaux?

Le recouvrement de coût devrait permettre à une institution sanitaire de s'apprivisionner en intrants de base. L'OMS a fait savoir que les soins hospitaliers constituent une piste importante ; ils absorbent souvent entre la moitié et les deux tiers des dépenses publiques totales pour la santé. Près de 300 milliards sont gaspillés chaque année en raison du manque d’efficacité à ce niveau. Une gestion plus efficace des dépenses hospitalières pourrait se traduire par un gain de productivité de 15%.

Au niveau central, il faut se questionner sur les colloques organisés dans les hotels de luxe pour redire ce qui a été dit ou dire ce qui devrait être en train d'être faite. Il faut se questionner, entre autres, sur l'efficacité de certains programmes qui coûtent énormement d'argent pour très peu de résultats.

Le Rwanda comme modèle

Pour une population sensiblement égale, le Rwanda a élaboré environ 890 indicateurs sanitaires sur lesquels il faut agir pour une dépense efficace en santé. "En dépensant l’argent plus intelligemment, on pourrait accroître la couverture sanitaire à l’échelle mondiale de quelque 20 à 40% », selon les rapports de l'OMS.

Après avoir assuré que chaque centime depensé par le MSPP soit efficace, il faut augmenter le budget dudit ministère.

Les études ont montré que pour qu'un système de santé soit viable, il faut au moins mettre une enveloppe budgétaire de 15% du budget national dans ce secteur. En Haïti, le budget de la santé avoisinne les 5%. Plus de 90% du budget de la santé sert à payer les salariés, environ 5% est investi dans les services de qualité. Rien d'étonnant si nos hôpitaux sont fermés tous les 3 mois, rien d'étonnant si les ministres se suivent et se ressemblent au MSPP.

Si le Dr Agnès Binagwaho est devenu une référence en matière de santé globale, ce n'est pas uniquement en raison de ses généreux mots ou de sa vision. C'est tout simplement parce qu'elle avait les moyens. En matière de santé, les responsables sont liés à une obligation de moyens et non une obligation de fin. Si Haïti met les moyens qu'il faut à la disposition d'un ministre de la Santé compétent, Haïti pourra obtenir plusieurs "Agnès Binagwaho."

Durant ces 20 dernières années, le Rwanda est le pays qui a fait le plus de progrès en matière de santé. Il figure parmi les trois pays en Afrique qui ont maintenu le budget de la santé à 15 %, au moins, chaque année. Résultat ?

L'OMS a pu montrer que « si les gouvernements des 49 pays les plus pauvres de la planète allouaient chacun 15% de leur budget national à la santé, ils pourraient mobiliser 15 milliards de dollars supplémentaires par an, c’est-à-dire pratiquement doubler les fonds disponibles ».

Le gouvernement rwandais et celui du Norvège ont alloué une partie de leur PIB à l'aide publique au développement. Selon l'OMS, cela aide à sauver trois millions de vie supplémentaires dans les pays à faibles revenus d’ici 2015.

Les journalistes ont beau établir des comparaisons entre le budget de la santé et celui du parlement. Des comparaisons qui frisent l'indignation. Cependant, c'est à travers le budget 18-19 que tout va se jouer. C'est à travers ce budget que le gouvernement peut témoigner de sa volonté d'endiguer la dégradation du système de santé haïtien.

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