Le planning familial, un droit méconnu pour contribuer à l’amélioration de la santé des femmes

Ce texte est rédigé à l’occasion de la journée mondiale de la population 2018, célébrée autour du thème « Le planning familial partie intégrante des droits humains, est un enjeu pour la santé des femmes ».

Publié le 2018-07-30 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

En Haïti, il existe encore un grand déficit en matière d’utilisation des méthodes contraceptives. D’après l’EMMUS VI, au niveau national, le pourcentage de femmes ayant des besoins non satisfaits est plus élevé chez les jeunes femmes: 56% pour les 15-19 ans et 45% pour les 20 à 24 ans. Chez les femmes des quintiles de bien-être les plus bas ont est à 42% et 45%.

Pour les femmes non en union, sexuellement actives, 52% d’entre elles ont des besoins non satisfaits et 34% utilisent n’importe quelle méthode de contraception. Ceci est pour une demande totale, dans ce groupe de 86%.

Demande plus élevée que pour le groupe des femmes en union. Parlant ici de besoins non satisfait nous nous référons aux définitions utilisées strictement en Santé Publique désignant la non disponibilité des services et l’accès difficile voire non existants pour les femmes et les filles. À ne pas confondre avec l’expression « Besoins Pratiques des femmes » en général qui se définit : comme les besoins pratiques correspondent à des préoccupations à court et moyen termes découlant des rôles traditionnels de genre.

Un autre élément de préoccupation, le fort taux de fécondité des 15-19 ans : de 69 pour 1000. À 15-19 ans, plus de la moitié des jeunes filles en union (51 %) ont déjà au moins un enfant contre 12 % parmi l’ensemble des femmes. À 20-24 ans, 26 % des femmes en union ont déjà deux enfants et 8 % en ont 3.

C’est pour aborder cette problématique qu’il a été créé en décembre 2014, sous l’impulsion de la SOFA et de Médecins du Monde France (MdM - France), le collectif DSSR (Droits en santé sexuelle et reproductive), constitué initialement par 16 organisations (dont font partie – SOFA – PROFAMIL – SAJ VEYE – POZ – IDEH – FONDATION TOYA). Ledit collectif a pour but de défendre les droits en santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles.

Les membres du collectif œuvrent à défendre et promouvoir ensemble et de manière efficace le droit des femmes haïtiennes de décider librement sur toutes les questions ayant trait à leur santé sexuelle et reproductive à la fois aux niveaux local, départemental et national.

Les droits en matière de planning familial et de contraception seraient-ils méconnus dans la population haïtienne ? Les croyances au niveau des méthodes de contraception modernes seraient-elles un frein à l’utilisation d’un moyen de contraception ? Les conditions de vie n’ont-elles pas un effet délétère sur la santé sexuelle et reproductive des femmes en général ?

En ce sens, le collectif s’engage à sensibiliser les différents acteurs et prestataires de services à l’approche de « proximité » pour informer et sensibiliser la population, en particulier les jeunes femmes, à l’importance de la contraception et offrir une gamme complète de méthodes modernes aux communautés. Un engagement complémentaire à celui des agents de santé communautaire polyvalents (ASCP) qui œuvrent sur le terrain au plus près des communautés, pour un travail de sensibilisation à la santé.

Un projet sur la santé sexuelle et reproductive (Projet Grossesses Non désirées, GND) mené conjointement par la SOFA, POZ et Médecins du Monde France, met en œuvre un volet communautaire. Ainsi, depuis 2016, 81 pairs éducateurs sensibilisent les communautés de cinq quartiers de la zone métropolitaine (Martissant, Carrefour, Centre-ville, Cité Soleil, Tabarre) aux questions liées à la mortalité maternelle, le planning familial, les grossesses non désirées, la violence basée sur le genre et les DSSR (Droits en santé sexuelle et reproductive). Le projet appuie, également, la ligne du Téléphone bleu (numéro 100) de la Fondation POZ, pour donner un accès gratuit aux informations concernant la santé sexuelle et reproductive.

Le gouvernement, toujours dans les engagements (PF 2020), a pour objectif de réduire de 10% le taux de besoins non satisfaits en planning familial et augmenter de 10% le taux de prévalence contraceptive à partir des données de l’EMMUS VI.

« Le collectif fait le plaidoyer pour la reconnaissance des droits en santé sexuelle et reproductive des jeunes et plus particulièrement des filles parce qu’il reconnaît l’importance de l’autonomisation des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et reproductive. « À travers son plaidoyer, le collectif se bat pour obtenir le respect de droits spécifiques : le droit à la santé, qui est un droit consacré par la Constitution de 1987 amendée et la déclaration universelle des droits de l’homme. De ce droit découle le droit à la santé psychique et physique. Par déduction, le droit à la santé sexuelle et reproductive relève du droit à la santé ».

« Le Collectif DSSR, dans ses messages, plaide pour l’égalité sociale et l’égalité de genre car les inégalités sont un frein à l’accès à la santé. Des inégalités qui mettent à l’épreuve la santé des femmes. Nous pouvons prendre pour exemple : La femme ouvrière qui est doublement opprimée. En tant qu’ouvrière appartenant à la classe sociale ouvrière, elle constitue une main-d’œuvre sous-payée. Ces femmes ont une crainte de s’engager dans des combats pour l’amélioration de leur condition sociale. Sur la question du non-respect de leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive, l’on constate leur vulnérabilité vis-à-vis des maladies et des infections sexuellement transmissibles (IST). Cette vulnérabilité s’explique par leurs faibles moyens économiques car le coût des soins empêche les femmes ouvrières d’accéder à des soins de qualité et adaptés. Seules les femmes privilégiées financièrement ont accès aux soins de santé de qualité et à une contraception adaptée à leurs besoins. Les femmes de ce pays vivent dans une société patriarcale et machiste. De ce fait, elles subissent, et peu importe leurs conditions sociales, les insuffisances du système de santé actuel, le manque d’information et d’accompagnement, la force des préjugés et des violences, qui ne leur permettent pas de disposer de leur corps et de faire des choix en termes de santé sexuelle et reproductive. Le manque d’accès aux informations et aux services de santé constitue une entrave. Ils sont, pourtant, indispensables aux femmes, pour leur permettre de choisir une sexualité responsable et éclairée. Les droits à l’information, à l’accès à des services de soins de qualité et accessibles à tous, ne sont pas respectés en Haïti et cet état de fait joue contre la santé des femmes et des jeunes filles.

Le collectif DSSR, dans ces messages et ses actions, souhaite défendre un accès à des services de planning familial de qualité, sur tout le territoire, pour toutes les femmes de ce pays, car c’est un droit et il doit être respecté».

Dans ses messages le collectif DSSR reconnait :

• « L’urgence d’allouer une partie plus importante du budget national à la santé et en particulier à la santé sexuelle et reproductive. » « Dans le projet de loi des finances 2017-2018, le ministère de la santé s’est vu octroyer une enveloppe de 6.1 milliards de gourdes, ce qui correspond à 4.3% du budget national. À titre comparatif, le budget alloué au Parlement est de 7.2 milliards de gourdes. Avec seulement 4,3% de son budget alloué à la santé, Haïti est loin des recommandations de l’OPS/OMS qui suggère que 15% des dépenses en santé doivent provenir du budget national dans les pays à faible revenu. »

• « Le gouvernement d’Haïti a pris des engagements au Sommet sur la planification familiale à Londres, Royaume-Uni, le 11 juillet 2017. Il s’est engagé à intégrer une ligne budgétaire dans le budget du ministère de la Santé publique afin de rendre accessibles les ressources allouées à la planification familiale et la santé de la reproduction. » Il s’est engagé également à contribuer un montant progressif jusqu’à hauteur de 5% du coût d’achat des produits contraceptifs d’ici 2020. Il faudrait que le gouvernement respecte ces engagements en ce sens.

• « L’importance de l’intégration de l’éducation sexuelle dans les écoles. Celle-ci devrait être faite par des professionnels de la santé et faire partie des curricula de l’école secondaire, curricula qui seront élaborés conjointement avec le MENFP et le MSSPP. »

• « L’importance de disposer d’un cadre légal facilitant l’intégration du concept de majorité sexuelle et le principe de l’accès des jeunes à la contraception. En termes de politiques et d’engagements politiques, le gouvernement haïtien a donné son accord de principe (Engagement – FP2020, 2017) pour entreprendre des actions permettant d’établir ce cadre légal pour le droit à la santé de la reproduction des jeunes et des adolescentes/cents. De toute évidence, ce cadre légal doit être adapté à la réalité haïtienne. Mais il constitue un prérequis important pour la mise en place des soins en santé sexuelle et reproductive effectifs* ».

• « Il faut faire aussi la promotion des moyens de contraception disponibles pour les hommes (vasectomie par exemple), question de les responsabiliser également. Les femmes sont les seules que l’on pousse à utiliser une méthode contraceptive alors qu’il y en a aussi pour les hommes. »

• « L’importance de faire bouger les lignes au niveau de la législation haïtienne sur le droit de choisir en matière de santé sexuelle et reproductive. Notamment, il est essentiel de modifier le code pénal actuel pour permettre la dépénalisation de l’avortement. Saviez-vous que l’article 262 du Code pénal date de 1836? Saviez-vous que, selon le rapport du FNUAP en 2009, les complications liées à un avortement sont la troisième cause de consultation et de mortalité dans les structures de soins obstétricaux et néonatals d’urgence ?

Il est impératif, estime Claudèce Joseph, cadre à la secrétairerie d’État à la Population, que l’État haïtien, à travers les institutions sanitaires et scolaires, s’engage sur cet aspect si important de la santé des jeunes à travers non seulement des programmes de sensibilisation, mais aussi des services qui leur permettraient de jouir effectivement de leur droit en matière de santé reproductive comme le prône cette année le Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA) à l’occasion de la Journée mondiale de la population ».

L’éducation sexuelle des jeunes, poursuit Claudèce Joseph, est un outil essentiel qui leur permet de se prendre en charge et mieux gérer leur vie. Ils ont le droit d’avoir accès à des informations qui soient susceptibles de les porter à faire des choix en matière de santé sexuelle et reproductive. Elle doit être un aspect important à développer dans le cadre des actions à mener pour l’autonomisation des femmes et qui doivent les porter à décider d’elles-mêmes sur un ensemble de questions les concernant comme par exemple une interruption de grossesse issue d’une relation non consentante, ou qui mette leur vie en danger, disposer de leur avenir, se développer et s’épanouir. L’avortement se pratique en Haïti dans des conditions inacceptables qui mettent en danger la vie des femmes, plus particulièrement les femmes de condition modeste. Il nous faut sortir de cette hypocrisie qui caractérise notre société ».

Nous assistons à des avancées sur la dépénalisation de l’avortement aux quatre coins du globe. Notamment, au mois de juin, en Argentine, grâce au mouvement féministe argentin. « Le projet de loi visant à dépénaliser l'avortement en Argentine, adopté le 14 juin par la Chambre des députés, est une avancée fondamentale pour les droits des femmes et des personnes pouvant concevoir, ainsi qu’un moyen de combattre la violence structurelle », reconnaît Amnesty International. Ce changement s’est réalisé grâce à la mobilisation de milliers de femmes et d’hommes, pendant plusieurs mois, c’est une marche à suivre pour Haïti. »

Les déficiences en matière d’offre et de disponibilité des services sont les principaux obstacles à la reconnaissance et à la pleine jouissance des droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive. Il faut souligner aussi les déficiences, manquements, absences en matière de législation en Haïti. Ils peuvent être considérés comme des barrières, des violations à la pleine jouissance de ces droits.

Des pays ont choisi des mesures très drastiques pour diminuer la taille de leur population et d’autres sont plus souples. Toutefois, Claudèce Joseph reconnait que la sensibilisation, l’accès à l’information et la disponibilité des services en matière de santé sexuelle et reproductive (planning familial, contraception) sont plus efficaces dans la mesure où elles permettent aux femmes de s’émanciper et de faire les choix les plus adaptés à leurs besoins et style de vie.

La journée de la population est célébrée le 11 juillet de chaque année
Katia Hilaire, chargée de projet pour la SOFA sur le Projet « GND » visant la réduction de la mortalité liée aux grossesses non désirées à Port-au-Prince Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".