Jovenel Moïse compte ses amis

Publié le 2018-07-11 | Le Nouvelliste

Editorial -

« L’Allemagne reste à côté d’Haïti et condamne toute violence contre le pouvoir légitime et le peuple haïtien », a posté sur Twitter, mardi soir, le compte de l’ambassade d’Allemagne en Haïti.

C’est le premier appui non équivoque d’un membre de la communauté internationale à l’administration Moïse-Lafontant depuis les évènements de la fin de semaine dernière.

L’Allemagne, faut-il le rappeler, est en affaire avec l’homme de la banane

?depuis ?bien avant son entrée en fonction comme président de la République.

Ce mercredi, c’est le Venezuela qui a volé au secours de Jovenel Moïse. Le chancelier haïtien, Antonio Rodrique, et le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Salonom, ont signé à Caracas un accord de don qui va permettre au gouvernement haïtien de disposer de fonds frais pour financer des programmes sociaux (Ti manman cheri, Kore Etidyan, cantines) ainsi que la Caravane.

L’agriculture servira de pierre angulaire au programme. Comme cela se dit sans suite depuis des années, Haïti devra exporter vers le Venezuela des produits agricoles en contrepartie des nouveaux millions de PetroCaribe.

Là encore, Jovenel Moïse peut compter sur Nicolas Maduro, ami de longue date des gouvernements haïtiens. Le Venezuela, en besoin d’alliés, aide sans s’ingérer dans les affaires internes des pays aidés.

Un peu plus tôt, c’est le président du Sénat et de l’Assemblée nationale, Joseph Lambert, qui a rendu visite au Premier ministre Jack Guy Lafontant. Cette visite est perçue comme un appui d’un allié à un autre en temps difficiles.

Si les journalistes n’ont pas compris l’opportunité de la rencontre des deux hommes et la nécessité que ces derniers les convoquent pour un point de presse de quelques minutes, sans aucune annonce, c’est que la presse haïtienne oublie vite que le gouvernement Lafontant est l’émanation du Parlement. Un vrai pwason kraze nan bouyon. Le Premier ministre a tant fait pour le Parlement que chaque élu lui doit au moins fidélité jusqu'à son dernier jour en poste?.

Dans la crise résultant du choc pétrolier de vendredi dernier, le gouvernement n’a pas perdu ses amis même s’il a perdu la face.

La majorité parlementaire, le secteur privé et la communauté internationale sont dans leurs petits souliers. Le régime Moïse est leur régime. Ils sont les alliés naturels des chefs qui nous gouvernent. Ils ont supporté les mauvaises politiques mises en place depuis des mois, sans élever la voix.

Les flammes des barricades se sont éteintes, il leur convient de rechercher ensemble la bonne manière d’introduire le changement sans toucher ni à l’essentiel ni au délicat échafaudage qui tient en place le régime. D’où le ballet des rencontres et des négociations.

Cependant, Jovenel Moïse ne doit pas se réjouir trop vite ni trop tirer sur la corde. Un jour, le Parlement, le secteur privé et la communauté internationale peuvent se rendre compte qu’il est incapable de protéger leurs intérêts et de faire prospérer leurs attentes.

Et si personne ne met en question le respect de l’ordre constitutionnel, pour le moment, personne n?'?oublie que Michel Martelly a dû partir le 7 février 2016 avant le terme de son mandat le 14 mai de la même année.

C’est un vrai examen que passe le président Jovenel Moïse depuis vendredi dernier. Il connaît sa première crise et il doit se réinventer. Pour rester au pouvoir, il devra contracter de nouvelles dettes, casser des alliances, nouer de nouvelles ententes.

Il doit faire vite ?pendant que l'opposition politique est inexistante ?et surtout bien? faire les ajustements dans son équipe et dans ses programmes?.

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