Banque/ Publication

Les trois règles d'or de Jean Médicis

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2018-08-10 | Le Nouvelliste

Economie -

Jacques Trauman fait un travail formidable ; après une longue carrière de banque internationale (en poste de dirigeant de grandes banques pendant 35 ans dans plusieurs pays d’Asie et des Amériques), il se donne à fond dans l’histoire de l’économie financière internationale. Ce banquier d’affaires, aujourd’hui retraité, remonte aux origines de l’histoire universelle pour exhumer des faits troublants, des expériences regrettables et fâcheuses mais auparavant s’attarder sur une ascension fulgurante, un « success story» avant que ne vienne la chute retentissante. L’histoire de la banque n’a pas toujours été un «long fleuve tranquille». Les risques encourus par des banquiers qui jouissaient au départ d’une réputation irréprochable ont conduit à la faillite de leurs entreprises, à des crises gravissimes et malheureusement à des destins brisés.

En 2013, Jacques Trauman, en collaboration avec le professeur d’HEC, Jacques Gravereau, frappe un grand coup en publiant chez Eyrolles l’essai «Les alchimistes de la confiance. Une histoire des crises monétaires. Sous-titre : De Dioclétien à Nixon, de l’or des Médicis jusqu’à l’euro». Une longue randonnée, une intéressante ballade dans l’histoire de la finance internationale.

Le but recherché par les deux auteurs est d’en tirer les leçons des crises qui ont secoué les soubassements du capitalisme financier tout le long du XXe siècle et malheureusement dans la première décennie du XXIe siècle.

Le livre « Une histoire des crises monétaires» est divisé en 4 parties :

1) Les architectes de confiance ;

2) Quand tout dérape ;

3) Les grands systèmes ;

4) Le temps des gourous.

Le livre est novateur parce que foisonnent les révélations. Une abondante bibliographie, un index des noms de personnes et d’organismes, un index des notions et monnaies pour faciliter la tâche du lecteur. Lequel est servi ; quand il referme l’ouvrage, il est au comble du ravissement- Il se sent armé après avoir fait provision de connaissances - pour mieux affronter les crises qui peuvent éclater à tout moment à cause de la démesure de « golden boys» et de financiers qui prennent des risques hasardeux.

cet été 2018, avec une surprise non dissimulée j'accuse réception de « Tout vu, rien retenu / De Macron à Berlusconi» sorti de chez Descartes & Cie, juin 2018.

Aussitôt, je plonge dans la lecture de ce nouvel essai de Jacques Trauman en collaboration avec Olivier Marbot. Le second est journaliste d'investigations au groupe « Jeune Afrique» et n'est pas inconnu du lectorat averti. Avec Jacques Trauman, Olivier Marbot a signé « Panique à la banque», une série qui comporte déjà quatres titres.

« Tout vu, rien retenu» commence par l'ascension et la chute de ces seigneurs de la finance qui à Rome, en 33, étaient juchés sur le Capitole et descendirent sur la roche tarpéenne.

Avec le chapitre 2, je prends plaisir à vous donner un avant-goût, de la relation faite par les deux complices en écriture, de la floraison bancaire à Sienne, puis à Florence. un nom émerge durant cette période : Giovanni de Médicis, plus connu sous le nom de Jean de Médicis.

« À Rome, écrivent les deux auteurs, Jean de Médicis avait appris son métier de banquier et amassé une petite fortune (…) Son nouveau projet était simple : lancer sa propre banque à Florence, ville soumise à une instabilité politique permanente et où l’on pratiquait l’usure. Les Juifs prêtaient de l’argent à un taux pouvant atteindre 30% par an (…) .»

Jean de Médicis avait tiré les leçons des faillites qui ébranlèrent Sienne, puis Florence. Trauman et Marbot nous font pénétrer dans le secret de la réussite de ce banquier d’exception : « À l’inverse de beaucoup de ses concurrents, il avait pris le temps d’analyser les catastrophes survenues à Sienne, à Gênes et à Florence au cours des décennies précédentes. De cette observation, il tira trois grandes règles qu’il eut la sagesse d’appliquer à sa propre activité.»

Énumération de ces règles de prudence : « Première règle : la banque étant un métier de rigueur, aucun manquement ne saurait être toléré et Jean de Médicis créa, au sein de son institution, un corps dédié au contrôle du respect des règlements : l’inspection. Dès lors, malheur à qui enfreignait les règles, ou même commettait une erreur, par exemple lors de la conversion de la monnaie d’or en monnaie d’argent ».

« Deuxième règle : la sagesse populaire dit qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est pourtant ce qu’avaient fait les banquiers florentins du début du siècle en devenant trop dépendants de quelques puissants débiteurs, ce fut le cas avec le roi d’Angleterre, qui pouvaient provoquer la banqueroute de la banque elle-même. Jean de Médicis inventa donc ce qu’on appela plus tard la dispersion des risques : répartir ses investissements, ne pas dépendre d’un seul partenaire ou client ».

La concentration du crédit entre les mains de quelques puissants du jour « est une mauvaise affaire». Plus les créances sont réparties entre des débiteurs de catégories sociales différentes, plus la banque est à même de gérer une situation confuse et de rétablir une confiance entamée.

« Troisième règle : la chute d’une succursale ne devait plus entraîner celle de la banque tout entière. Chez les Médicis, chaque entité devint donc juridiquement indépendante des autres. Si, dans le pire des cas, l’une d’entre elles devait faire faillite suite au défaut de l’un de ses gros débiteurs, l’incendie ne risquait plus de se propager à toute l’institution ».

Circonscrire le début d’incendie est donc la règle d’or. Éviter la théorie des dominos.

Évidemment, ces quelques lignes de présentation partielle sont destinées à aiguiser votre curiosité de lecteur. Un ouvrage de référence à se procurer en quatrième vitesse, à commencer par ceux qui font le commerce de l’argent et ceux qui veillent sur la stabilité monétaire comme de l’huile sur le feu. En plus grand, les ménages, les épargnants, bref toutes les catégories économiques. Nous leur donnons un avant-goût et les prions d’accorder le plus grand intérêt au travail de bénédictin de Jacques Trauman, Jacques Gravereau et le jeune Olivier Marbot, trois lanceurs d’alerte.

Jean-Claude Boyer Lundi 2 juillet 2018 Auteur

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