Des deux côtés de l'île d’Haïti, les évêques dénoncent la corruption

En l’espace d’une semaine, les évêques catholiques des deux côtés de l’île d’Haïti, dans leur homélie, ont élevé la voix pour dénoncer la corruption, la violence, l’impunité et l’injustice sociale régnant en maître absolu dans leurs pays respectifs. Ces hommes d’Église ont jugé utile de tirer la sonnette d’alarme devant l’effritement, à un rythme hallucinant, des valeurs morales dans les deux sociétés.

Publié le 2018-07-03 | Le Nouvelliste

Le palais national n’a que moyennement apprécié de s’être fait taper sur les doigts par l’évêque du diocèse de Jacmel, Monseigneur Launay Saturné, également président de la Conférence épiscopale d’Haïti, lors de la patronale de la paroisse St-Jean Baptiste de la Vallée de Jacmel, il y a une semaine. Dans son homélie, Monseigneur Saturné a en effet rappelé à l’ordre le président de la République, Jovenel Moïse, sur les gaspillages des ressources du pays orchestrés par les grands commis de l’État.

« Notre pays est pauvre alors que ses ressources sont gaspillées. Il faut que l’on soit conscient de la situation précaire de notre pays et que l'on évite les gaspillages à tous les niveaux », a planté l’homme d’Église exhortant le chef de l’État à œuvrer à une meilleure utilisation des fonds publics et à combattre la corruption. « Les taxes augmentent mais les conditions de vie de la population ne s’améliorent pas », avait ensuite dénoncé le président de la CEH s’interrogeant ouvertement sur les retombées des taxes prélevées par les autorités.

Des propos qui viennent en renfort au communiqué pessimiste publié au début du mois de juin par la plateforme Religions pour la paix tirant la sonnette d’alarme sur la situation scrabreuse d’Haïti. « Un pays qui se meurt, rongé par la violence avec une multiplication des zones de non-droit et une augmentation des gangs montrant l'incapacité des forces de l'ordre à protéger la population […] Une corruption généralisée qui atteint tous les secteurs de la vie nationale », avait alors énuméré le communiqué de Religions pour la paix interpellant les élites à assumer leurs responsabilités.

De l’autre côté de la frontière, l'homélie de l’évêque auxiliaire et vicaire de Santo Domingo Est, Monseigneur Benito Angeles Fernandez, à la cinquante-sixième Assemblée plénière de la Conférence épiscopale dominicaine, qui a débuté le dimanche 1er juillet 2018, ne diffère pas trop de celle de son homologue haïtien. En effet, la corruption dans les trois branches du pouvoir, la violence touchant les différents niveaux de la société, l’extrême pauvreté, le chômage, l’injustice, l’inégalité sociale et la violation généralisée des lois ont été dénoncés à pleins poumons par Monseigneur Ángeles Fernández lors de cette assemblée à laquelle participaient les évêques ainsi que les évêques auxiliaires des onze diocèses du pays, plusieurs évêques émérites et le chargé d'affaires de la nonciature apostolique, Mgr Alvaro Izurieta.

Contrairement aux autorités dominicaines, l’administration Moïse-Lafontant n’a perdu de temps pour riposter. Dans un premier temps, c’est le ministre de la Communication, Guyler C. Delva, en conférence de presse, qui a pris la responsabilité de Mgr Launay Saturné en arguant que le gouvernement auquel il appartient ne gaspille pas les ressources. « Nous sommes en train de construire beaucoup de routes. Nous réalisons beaucoup d’investissements dans différents secteurs », a-t-il claironné.

« On ne peut construire un pays sur le mensonge, sur de fausses informations, des rumeurs, la haine, la violence et l’hypocrisie. Ces actes sont contraires à l’Évangile », a lui-même contre-attaqué le président de la République, Jovenel Moïse, au stade Sylvio Cator, le 27 juin dernier, à l’occasion de la célébration des 75 ans de consécration d’Haïti à Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Loin de botter en touche, le président de la Conférence épiscopale, Mgr Launey Saturné, contre toute attente, est resté droit dans ses bottes dans son discours de clôture de l’année de jubilé au stade Sylvio Cator dans lequel il a affirmé que le pays était malade. Selon le prélat haïtien, Haïti est ravagé par plusieurs formes de petite vérole dans plusieurs domaines, y compris l’appareil judiciaire.

« Des gens qui devaient répondre de leurs actes circulent dans les rues sans se soucier le moindre du monde. Pire encore, des gens qui étaient derrière les barreaux sont relâchés tout simplement après un appel téléphonique. Ces choses ne peuvent en tout cas provoquer qu’un climat d’insécurité dans le pays », a conclu le président de la CEH avant de ranger la corruption, l’insécurité, l’injustice, le chômage parmi les maux qui rongent la société haïtienne.

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