Présentez-nous vos excuses

Publié le 2018-06-19 | Le Nouvelliste

Editorial -

Tout le monde a droit à un faux pas.

Il faut espérer que les animations triviales entourant la diffusion des matchs de la Coupe du monde en soient un.

Cette espérance en boutonnière, on attend le communiqué de la présidence exprimant les profonds regrets du couple présidentiel après qu’un organisateur indélicat eut attiré sur le podium du kiosque Occide Jeanty le président de la République, sa femme et certains des ministres et les a mis, malgré eux, devant un spectacle de très mauvais goût.

On attend le communiqué ou les déclarations d’un porte-parole inspiré.

On attend aussi les mesures du gouvernement pour faire cesser la floraison de bêtises que l’argent public finance actuellement au Champ de Mars, sous prétexte d’amuser le peuple.

On attend. On attend les excuses. Alors et alors seulement, on pourra comprendre que c’est de saisissement que le président s’est mis à rire devant les ânonnements d’une dame incapable de chanter un couplet de notre hymne national.

On attend. On attend les mesures pour corriger ce « spectacle » et alors on pourra pardonner la méchanceté des organisateurs, on excusera l'assassinat de la dignité nationale et la tentative réussie de faire du chef de l’État le complice d’un hideux forfait.

Excusez-vous de l’insulte faite au drapeau et on oubliera même ce qui est encore plus grave, cette incitation à la débauche d’une enfant mineure dont les tours de reins lascifs et suggestifs ont été jetés en pâture à la foule, ce 18 juin, pour recueillir rires et applaudissements pour les chefs. On pourra expliquer aux autres enfants que le cadeau présidentiel fut un dédommagement, pas un trophée pour magnifier la débauche d’une enfant.

Bien entendu, nous sommes en Haïti, en 2018. Nous n’avons pas l’habitude de voir nos dirigeants reconnaitre leur erreur, corriger leur faute. Les paris sont pris qu’à la plus prochaine occasion on assistera à de pires détournements de la bienséance. Que les autorités élèveront au rang de vertu les vices les plus rédhibitoires.

Pari est pris que les organisations internationales comme l’UNICEF continueront à faire des génuflexions devant nos chefs, avec les ambassades en enfants de chœur pour les soutenir, la prochaine fois qu’elles se présenteront au palais.

Pari est pris que les organisations de femmes ne s’indigneront pas. Que les membres de la société civile comme les ministres du gouvernement et directeurs généraux prétexteront n’avoir jamais vu la vidéo que tout le monde a vue ni entendu parler de cette succession d’indélicatesses crasses qui s’est produite au Champ de Mars pour garder leur poste et leurs petites entrées ici ou là.

Chacun fera tout pour que demain soit un autre jour et qu’un autre embrassement emporte ces gouyad et ce chant grotesque, mais Monsieur le président, il vous restera à nous présenter vos excuses et à promettre de ne plus recommencer.

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