Les conséquences néfastes de la grève des douaniers

Publié le 2018-03-12 | Le Nouvelliste

Editorial -

On n’est pas obligé d’être un cadre supérieur de la direction des études économiques du ministère de l’Economie et des Finances ni un homme d’affaires spécialisé dans l’importation ou l’exportation de biens pour comprendre l’impact de la grève des douaniers, pendant une semaine, sur l’économie du pays et d’autres secteurs vitaux qui reçoivent des intrants de l’étranger. Des analystes rendraient les autorités gouvernementales responsables pour n’avoir pas trouvé la solution à un problème qui relève de la compétence de l’Etat. Alors que le gouvernement claironne partout qu’Haïti est ouvert aux affaires, pendant une semaine, une grève de douaniers qui exigent la publication de statuts particuliers paralyse toutes les douanes du pays.

Ce genre d’événement, qui ne peut que causer du tort à l’image du pays, a déjà provoqué la fermeture de six entreprises. D’autres hommes d’affaires étrangers menacent de plier bagages si la grève persiste cette semaine. En matière de taxation, les recettes douanières, qui sont évaluées à 150 millions de gourdes par jour, constituent déjà un manque à gagner pour l’Etat pour le mois de mars. Une campagne de vaccination du ministère de la Santé publique et de la Population, planifiée du 11 au 15 mars contre l’épidémie de diphtérie, n’a pu se faire en raison des vaccins bloqués à la Douane de Port-au-Prince. Plus de 50 communes de neuf départements du pays devraient être touchées par cette campagne contre cette maladie grave et mortelle, mais qui peut être évitée par la vaccination. 2 millions d’enfants et d'adolescents compris entre un et quinze ans doivent être vaccinés contre ce virus qui a ressurgi dans le pays en 2014.

Si les responsables de différentes institutions du pays devaient intervenir dans les médias sur les intrants, les matières premières et autres biens et produits nécessaires au fonctionnement des hôpitaux, des imprimeries et d’autres entreprises qui sont bloqués à la douane, on comprendrait l’impact de cette grève sur le fonctionnement du pays. Certaines tâches exécutées par des institutions comme la douane, la police, l’armée, le Conseil électoral, la Direction générale des impôts constituent des missions de souveraineté pour lesquelles l’Etat, dans certaines circonstances, se voit obligé d’intervenir pour rétablir l’ordre et la discipline. Les douaniers ont le droit de revendiquer, l’Etat a le devoir de faire fonctionner les douanes en cas de grève ou de menace de grève.

L’implantation de statuts particuliers dans des institutions de l’Etat au bénéfice de certains corps constitués à l’instar des douaniers, des enseignants et du corps médical facilite l’aménagement de la carrière au sein de l’Etat et une grille de salaires par catégorie de fonctionnaires. Ces statuts permettront l’avancement en grade et le recrutement interne par catégorie de fonctionnaires sans clientélisme. Dans un Etat moderne, l’administration prend l’initiative de doter certaines institution de statuts particuliers pour consolider la carrière à l'intérieur de ces entreprises.

Si l’Office de management et des ressources humaines était à la hauteur de ses responsabilités, il devait pourvoir certains corps de l’Etat de statuts particuliers bien avant le syndicat de la douane.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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