De bonnes raisons d'opérer le miracle haïtien

Publié le 2018-03-07 | Le Nouvelliste

Editorial -

Encore une fois, nous faisons la une des médias internationaux. Pas dans le bon sens. Ce ne sont pas nos plages, ni notre artisanat, ni notre histoire qui font la une des médias étrangers ou le buzz sur les réseaux sociaux. Ce sont plutôt nos compatriotes, nos frères et sœurs, à la recherche d’une vie meilleure au Chili qui deviennent une grande préoccupation.

Nous savions tous que la lune de miel entre le Chili et les migrants haïtiens n’était pas éternelle. Aucune note officielle, aucune loi n’interdit (encore) aux Haïtiens d’entrer au Chili, mais les informations qui circulent ces derniers jours ne sont pas rassurantes. L’image de migrants désabusés après que des voleurs de grand chemin eurent emporté leurs bagages et celle de dizaines d’autres compatriotes enfermés dans le couloir d’un aéroport pendant plusieurs jours avant d’être expulsés par les autorités chiliennes doivent nous porter à réfléchir. Surtout ceux qui sont résolus contre vents et marées à se rendre dans le nouvel eldorado de l’Amérique du Sud. On peut douter de certaines des images diffusées sur les réseaux sociaux, on peut ne pas croire à toutes les informations communiquées dans les médias, une chose est sûre cependant : le départ massif de nos jeunes vers le Chili est préoccupant.

Au rythme auquel les Haïtiens s’installent au Chili depuis tantôt deux ans, on s’attendait à un revirement de la situation un jour ou l’autre. Comme c’est souvent le cas dans les phénomènes migratoires, le rêve chilien se transforme aujourd’hui en désillusion pour beaucoup de nos compatriotes. Jusqu’ici, le Chili a été l’un des rares pays qui ouvraient leurs portes, sans trop de contraintes, à nos refugiés économiques. Cette migration massive répondait à un besoin qui est peut-être aujourd’hui satisfait. Car on sait que ce n’est pas l’amour qui lie les pays, mais les intérêts. La migration haïtienne en République dominicaine en est la preuve. Quand il y avait la nécessité d’une main-d’œuvre bon marché pour le secteur agricole et la construction des infrastructures de base, on faisait venir les Haïtiens. Quand ces besoins sont satisfaits, on les chasse. Aujourd’hui, on ouvre la porte à une autre catégorie de migrants.

Si nos jeunes, en dépit des incertitudes, quittent le pays massivement pour le Chili, c’est parce qu’ils ne voient pas leur avenir ici. A cela, il y a le discours défaitiste qui les encourage à partir, quel que soit le prix à payer. Pourtant, cette force de travail pourrait être mise au service du pays. Le gouvernement, le secteur privé, ceux qui détiennent les richesses du pays en sont-ils conscients ?

Quand la République dominicaine militarise la frontière pour garder loin les sans-papiers haïtiens, quand les Etats-Unis mettent fin au TPS accordé à nos frères et sœurs après le séisme du 12 janvier 2010, quand d’autres pays de la région nous voient comme une menace pour leur économie, il y a de quoi nous indigner. Une indignation qui devrait nous porter à nous unir pour changer le cours de l’histoire, c’est-à-dire construire une Haïti qui ne repousse pas ses enfants. C’est le prix à payer pour que les autres peuples nous respectent. Nous cesserons ainsi de faire la une des médias internationaux dans le mauvais sens. Voilà le miracle que nous avons à opérer.

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