Fermeture de deux hôpitaux de MSF : les frères Bitar proposent des solutions

Publié le 2018-03-07 | Le Nouvelliste

National -

Dans la salle de conférence de l’hôpital Bernard Mevs, les Dr Bitar,, responsables de l’hôpital Bernard Mevs, l’air serein, invitent le journal pour parler d’une crise qu’ils voient venir à l'approche de la fermeture du centre hospitalier de Médecins sans frontières spécialisé dans la prise en charge du trauma et d’urgences orthopédiques.

Le tableau qui se présentera n’a rien de réjouissant : des patients qui auraient de la difficulté à avoir accès aux soins, des cas urgents qui auraient du mal à être pris en charge, des hôpitaux dépassés par les évènements… « La fermeture par MSF de l’hôpital va affecter le fonctionnement des hôpitaux de l’aire métropolitaine d’autant plus qu’il n’y a pas assez d’établissements hospitaliers qui font la prise en charge du trauma », ont expliqué tout de go les frères Bitar.

Depuis quelques années, le trauma reste la première cause de décès en Haïti. On constate que les chiffres sont en hausse en dépit du grand support de l’organisation Médecins sans frontières. La note pourrait être beaucoup plus salée avec le départ de MSF qui prenait en charge la majorité des cas de victimes d’accidents de la voie publique.

Selon ces deux chirurgiens qui ont été décorés par l’ambassade des États-Unis en Haïti pour avoir sauvé la vie d’une diplomate américaine, on peut anticiper, on peut prévenir la catastrophe. Les frères Bitar proposent deux solutions pour combler le vide que va laisser l'OMG MSF. « La première proposition serait que le MSPP prenne en charge la structure afin qu’elle ne soit pas fermée. Dans ce cas-là précisément, les médecins qui sont sur place à l’hôpital seront nommés par le MSPP et émargeront à son budget. Ils doivent garder les équipements et matériels », ont proposé les médecins qui suggèrent une plus grande allocation du budget national à la santé.

La deuxième proposition concerne l’établissement d’une nouvelle forme de partenariat public-privé, laquelle prévoit une augmentation des capacités des hôpitaux qui font déjà la prise en charge des cas de chirurgie en urgence.

« On comprend bien que le budget restreint du MSPP représentant 4,5% du budget national peut ne pas pouvoir assurer la gestion d‘un hôpital comme le Centre de traumatologie et d’orthopédie de MSF. Le plan B pourrait être une nouvelle forme de partenariat public-privé. Cela coûterait à l’État moins cher. Il permettrait aux hôpitaux qui détiennent l’expertise, le plateau technique et les ressources humaines adéquates de pouvoir suppléer ce manque.

Cette nouvelle forme de partenariat se manifesterait par l’augmentation des capacités des hôpitaux qui font déjà la prise en charge des cas de trauma en vue de pallier cette crise qu’on voit venir », ont expliqué les médecins animés par le désir de contribuer.

Les deux responssables de l’hôpital Bernard Mevs ont fait savoir que du temps où MSF fonctionnait à plein régime, l’hôpital Bernard Mevs était presque toujours rempli. « L’hôpital de Médecins Sans frontières recevait plus de patients que nous. Il avait une capacité de plus de 100 lits. Nous, nous ne disposons pour le trauma que 50 lits et un service de soins intensifs de huit lits pour adultes, de 4 lits pour enfants et 4 autres pour les nouveau-nés », ont indiqué les médecins.

Avec l'expansion du phénomène de taxi-moto, les patients dont les cas nécessitent des soins intensifs sont en nette augmentation. Mais l’installation des hôpitaux spécialisés en traumatologie pouvant prendre en charge ces patients ne suivent pas le rythme. Le ministère de la Santé, dans un rapport daté de 2005, a reconnu qu’il y avait un manque d’hôpitaux de ce genre. Mais plus de 10 ans après, la situation n’a pas changé. « La nécessité aujourd’hui c’est de penser à combler ce vide qui va se faire sentir », ont exhorté les Dr Bitar.

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