L’État haïtien face à la sécurité alimentaire

Publié le 2018-03-06 | Le Nouvelliste

Economie -

Assurer la sécurité alimentaire de sa population est l’un des premiers devoirs de tout État qui se respecte. Chaque État doit s’assurer que tous ses citoyens trouvent de quoi se nourrir afin de reproduire leur force de travail. L’alimentation est un droit élémentaire que l’État doit garantir.

- La faim silencieuse en Haïti

Près de cinq millions de personnes se vautrent dans la faim et la malnutrition en Haïti. Parmi cette catégorie, actuellement (janvier-février) 1.32 million de personnes sont en phase de crise, soit environ 18 % de la population analysée . Le chômage bat son plein. La pauvreté s’accroît. Les moyens de subsistance de la population se réduisent. Les prix des denrées alimentaires augmentent. De plus en plus, le cercle vicieux de la faim s’agrandit. Les catégories sociales vulnérables peinent à joindre les deux bouts pour se nourrir. La faim continue à causer des maux sans que les dirigeants ne l’aperçoivent. Bref, l’insécurité alimentaire est généralisée.

Des organisations de la société civile, étatiques et internationales ont élaboré plusieurs rapports pour alerter le gouvernement haïtien de l’imminence de la crise alimentaire qui guette le pays. Jusqu’à présent, rien de concret n’est fait. L’État haïtien fait la sourde oreille à la faim silencieuse des masses défavorisées.

L’alimentation devient un privilège et non un droit en Haïti. Près de la moitié de la population croupit dans la faim sans espoir en un lendemain meilleur. La population est sans recours.

- L’État haïtien et la sécurité alimentaire

L’État haitien a trois grandes obligations face à la sécurité alimentaire de la population. Tout d’abord, il doit respecter le droit à la sécurité alimentaire de la population, ensuite le protéger et enfin donner effet à ce droit. L’obligation qu’a l’État de respecter, protéger et matérialiser ce droit lui impose de prendre toutes les mesures nécessaires pour que la population ait accès à une alimentation nutritive et saine tout en mettant en œuvre des programmes de protection sociale pour les plus nécessiteux et en créant des emplois pour la population active.

Cette triple obligation est loin d’être respectée en Haïti. Car le constat est le suivant : aucun programme d’assistance sociale (alimentaire) du gouvernement en faveur des démunis, aucune cohérence dans les projets des instances stratégiques, aucune loi spécifique à la sécurité alimentaire, aucun plan de redressement pour les agriculteurs appauvris. En résumé aucune politique publique relative à la sécurité alimentaire n’est adoptée jusqu’à aujourd'hui. C’est donc l’absence de gouvernance alimentaire.

L’État haïtien, à travers toutes les instances concernées, doit rapidement prendre sa responsabilité afin d’éviter une catastrophe humanitaire et/ou alimentaire dans les mois prochains. Il doit non seulement donner effet à la sécurité alimentaire, mais surtout créer les conditions adéquates pour nourrir sa population. Car assurer la sécurité alimentaire de la population est une obligation de l’État haïtien.

- La sécurité alimentaire, une affaire d’État

L’État haïtien a l’impérieuse obligation de satisfaire les besoins alimentaires et nutritionnels de toute personne vivant sur son territoire. La sécurité alimentaire est une affaire d’État. Le premier responsable de cette situation alimentaire précaire est l’État.

L’État haïtien ne peut plus continuer à avancer comme argument son manque de moyens financiers pour justifier son irresponsabilité face à l’insécurité alimentaire qui ravage le pays. Quand il s’agit de nourrir sa population, aucune excuse n’est valable.

L’alimentation est un droit sacré qui est lié au droit à la vie. Sans une alimentation saine et équilibrée de la population, aucune perspective politique et/ou sociale n’est envisageable. Comme l’a si bien expliqué Jean Ziegler : « Quiconque meurt de faim meurt assassiné ».

Haïti risque de perdre, dans un futur proche, plusieurs milliers de ses filles et fils du fait de la faim qui ravage le pays, si rien de concret n’est fait. L’État haïtien est donc aujourd’hui face à ses responsabilités.

- Quelques stratégies pour contrer l’insécurité alimentaire

Les stratégies pour lutter contre l’insécurité alimentaire sont de divers ordres. Tout d’abord, il faudrait valoriser une approche multidisciplinaire pour remédier à cette calamiteuse situation alimentaire. Ensuite, les parlementaires devraient jouer leur partition législative en dotant le pays de lois spécifiques à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, également en ratifiant les conventions internationales relatives à l’alimentation. Par ailleurs le gouvernement devrait, par l’entremise de ses ministères et organismes concernés, élaborer et mettre en œuvre une politique publique efficiente et efficace pour répondre à la situation alimentaire désastreuse qui sévit dans le pays. Il faudrait aussi réaliser un programme d’assistance alimentaire aux populations des zones économiquement défavorisées. Il faudrait enfin renforcer les institutions travaillant dans le domaine et créer des emplois pour la population active.

L’État haïtien doit agir immédiatement, en adoptant les mesures drastiques pour lutter contre la faim; il doit prendre les décisions adéquates pour assurer durablement la sécurité alimentaire de la population.

Uel Davidson OLIVIER, Av chercheur en sécurité alimentaire, Directeur Exécutif, Solidarité haïtienne pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SOHASAN) davidsonolivier2012@gmail.com Auteur

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