Haïti doit enfin faire son choix…

Echo de l’éco

Publié le 2018-03-02 | Le Nouvelliste

Economie -

Cette semaine a été particulièrement riche en évènements économiques, les uns plus médiatiques que les autres. Outre le sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Caricom qui s’est tenu à Port-au-Prince, le Fonds monétaire international (FMI), gendarme de la finance dans le monde, a signé avec le gouvernement haïtien le Staff Monitored Program (SMP). Ce moment de va-et-vient de grandes personnalités étrangères dans le pays correspond également à des élans de surchauffe très inquiétants au niveau des indicateurs économiques nationaux. En effet, avec un taux de change atteignant la barre des 66 gourdes pour un dollar américain et en déficit budgétaire record (9 milliards de gourdes), il y a de quoi avoir des sueurs froides.

Dans le cadre de la visite du FMI pour Haïti, le chef de mission Chris Walker s’est exprimé via un communiqué de presse : « Suite à de longues discussions, l'équipe du FMI a conclu un accord avec les autorités sur un SMP couvrant la période de mars à août 2018. Le gouvernement d'Haïti, sous la direction du président Moïse et du Premier ministre Lafontant, avec le soutien du ministre de l’Économie et des Finances et du gouverneur de la Banque centrale, s’est engagé à mener des réformes économiques et structurelles pour promouvoir la croissance économique et la stabilité et réduire la pauvreté en Haïti. La communauté internationale et les principaux donateurs se félicitent de la volonté du gouvernement de mettre en œuvre des réformes pour assurer une croissance durable et inclusive. »

Le FMI, dans le cadre du SMP, demande au gouvernement d’appliquer une politique fiscale qui se concentrera sur la mobilisation des recettes et la rationalisation des dépenses courantes, afin de faire de la place pour des investissements publics critiques dans les infrastructures, la santé, l'éducation et les services sociaux. Il est à se demander maintenant si le gouvernement a les coudées franches dans cette affaire pour atteindre les objectifs de cet accord. Dans la mesure où cet accord enjoint Port-au-Prince de prendre des mesures visant à améliorer la perception et l'efficacité des impôts et à éliminer les subventions excessives, y compris sur le carburant.

Même si une frange de la communauté internationale salue déjà cet accord, à l’instar de la représentation de la Banque interaméricaine de développement (BID), certains points peuvent buter sur la position d’organisations sociopolitiques, de syndicats qui indexent toujours les autorités dans des subventions qui ne profitent pas aux couches les plus vulnérables de la société. En outre, Un déficit budgétaire de de plus de 9 milliards de gourdes avant la fin du deuxième trimestre de l’exercice fiscal ne vient pas arranger la situation. Les analystes prévoient qu’à un tel rythme, ce déficit pourrait même atteindre les 20 milliards de gourdes en septembre prochain.

En général, les accords ne manquent pas entre la communauté internationale, les bailleurs de fonds et Haïti. Quand il s’agit de parapher les accords internationaux, Haïti se porte toujours volontaire pour se trouver des années après en totale inadéquation avec ses partenaires. Notre choix d’économie de marché est asymétrique par rapport à la manière dont nous collaborons avec les institutions. Haïti doit savoir ce qu’elle veut.

D’aucuns croient que la décision des dirigeants haïtiens de s’entendre avec le FMI s’inscrit uniquement dans la logique de convaincre des bailleurs (particulièrement l’Union européenne) à se montrer moins réticents en ce qui concerne le déblocage de certains fonds qui font cruellement défaut au pays. Une fois cet objectif atteint, Haïti oublie ses engagements et ne fait rien pour consolider ses bases et divorcer d'avec les pratiques déficitaires.

Combien de temps allons-nous prendre pour réduire la corruption, punir corrupteur et corrompus ? Combien de temps va encore prendre l’État haïtien pour dire « holà » à la subvention des carburants et de l’électricité qui constitue un fardeau quasiment trop lourd à porter par le Trésor public ? Il est grand temps que les Haïtiens se résolvent à vivre selon leur moyen. C’est tout ce que le FMI attend de nous. Nous ne pouvons pas tout avoir même avec notre statut de première république nègre et indépendante. Entre la vache, le beurre, la viande, il faut bien faire un choix et inspire le respect dans le concert des nations.

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