Relier Haïti à la République dominicaine par chemin de fer

Publié le 2018-02-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

Au moment où la totalité des médias haïtiens assurait la couverture de l’incendie du marché du port de Port-au-Prince, huit jours après la catastrophe du marché Hyppolite, la presse dominicaine faisait écho de la proposition du Conseil dominicain de développement régional (CRD) au président Danilo Medina sur la construction d’un chemin de fer international. Cette proposition vise à relier la République dominicaine à la partie nord d’Haïti par voie ferrée dans le but d’intensifier les échanges commerciaux entre les deux pays. Les membres du Conseil de développement régional ont soumis, au même moment, au président dominicain d’importants projets d’infrastructures, mais ont défendu la voie ferroviaire internationale, en s’appuyant sur des études socio-économiques réalisées en la circonstance.

Comment le gouvernement dominicain va-t-il approcher son homologue haïtien sur ce projet ?

Selon toute vraisemblance, l’idée de relier la partie nord d’Haïti par voie ferroviaire à la République dominicaine s’explique dans la perspective d’intensifier les exportations dominicaines vers les départements du Nord et du Nord-Est d’Haïti. A la fin du mois de décembre 2017, le gouvernement dominicain s’était donné comme objectif pour l’année 2018 de tripler ses exportations vers Haïti. Depuis plusieurs années, plus de 60% des activités économiques des départements du Nord et du Nord-Est proviennent des biens importés de la République voisine. Mis à part une partie des produits agricoles d'Haïti, les activités économiques de ces deux départements dépendent de nos voisins dominicains. Les chambres de commerce du Nord et du Nord-Est, les directions départementales des ministères du Commerce et des Finances ainsi que les hommes d’affaires de la région Nord constatent comme n’importe quel observateur l’envahissement quotidien des produits dominicains sur le marché de ces deux départements.

Dans le département du Centre et dans l’Ouest par la route de Malpasse, la réalité n’est pas différente. La République dominicaine exporte vers Haïti les produits agricoles et autres biens produits en Haïti et souvent des biens de mauvaise qualité fabriqués exclusivement pour l’exportation vers Haïti. Aucun bien produit en Haïti ne peut franchir la frontière pour concurrencer ce bien fabriqué en République dominicaine. Ce commerce à sens unique fait l’affaire des Dominicains au détriment de la production nationale. Le protectionnisme dominicain permet à l’industrie dominicaine d’accroître sa production de façon régulière en raison de l’inexistence du gouvernement haïtien. Depuis vingt-cinq ans, les gouvernements qui se sont succédé en Haïti n’ont élaboré aucune politique économique et, par ricochet, aucune politique d’exportation. Aucune organisation du secteur privé n’a exprimé depuis quelque temps la moindre volonté de relever l’économie du pays sur le modèle de l’exportation de biens en comparaison des importations massives de la République dominicaine, du Panama et de la Chine. Haïti a réinventé le système de l’exclusif au XXIe siècle : tout par et pour l’importation.

Comment changer ce modèle économique fondé sur l’importation pour changer le destin de ce pays ?

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