Qui a la charge de faire la police de l’aide en Haïti ?

Publié le 2018-02-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Des organisations de toute nature interviennent dans le champ de l’aide internationale en Haïti depuis le XIXe siècle avant même que l’aide ne prenne l’appellation d’aide au développement en 1949.

Parmi les plus anciennes, il y a les organisations religieuses de toutes confessions spécialisées dans l'évangelisation et l'éducation. Il y a eu ensuite les agences et les organismes des pays amis qui offrent de l’aide bilatérale. Puis, les organisations régionales ou mondiales qui se sont installées sur le terrain de l’aide multilatérale. Enfin, il y a les organisations non gouvernementales, les plus récentes. Entre les mailles du filet des définitions, il y a des intervenants qui n’appartiennent à aucune des catégories précitées, mais elles sont actives en Haïti.

L'aide au développement, l'aide humanitaire, l'aide d'urgence et la coopération en général passent par une forme quelconque d'organisation importée.

Tout ce beau monde, pour résoudre un de nos problèmes ou pour prêcher sa bonne parole, se présente un jour en Haïti, remplit des formulaires ou commence à intervenir dans l’urgence.

Certains donneurs d’aide arrivent avec leur réputation, leurs gros projets, leur enseigne. Ils ont pignon sur rue. Une légitimité. Un historique.

D’autres n’ont dans leur bagage qu’une ou deux personnes de bonne foi ou non qui se mettent elles aussi au service d’une idée ou contre une autre.

Haïti, étant demandeur et peu regardant depuis quelques années, tout ce beau monde s’installe et fait à sa guise.

L’aide est chez elle ici. Les donneurs encore plus.

Les plus rigoureux s’inscrivent sur les registres du ministère de la Planification et de la Coopération externe. Ou l’ont fait dans le temps. Certaines ne savent même pas qu’il existe en Haïti un ministère qui a la charge de coordonner l’assistance internationale de quelque forme ou nature qu’elle soit.

Dans l’un des pays les plus ouverts au monde comme nous le sommes devenus, même les organismes les plus tatillons finissent par oublier de remplir les formalités ou ne les remplissent pas toutes ou ne les ont jamais toutes remplies un jour.

En Haïti, on n’a jamais mis dehors ou hors service un donneur à qui il manque un papier ou un tampon.

La dernière et première fois que le ministère de la Planification et de la Coopération externe a publié une liste d’ONG non reconnues, la surprise fut grande d’y trouver des organisations respectables ou connues comme telles.

Cela vaut comme diagnostic de la liberté la plus totale que prennent ou dont jouissent nos donneurs dans le pays.

Mais en fait qui sait en Haïti combien il y a de projets financés par l’aide bilatérale ou multilatérale ? Où est le tableau de bord?

Où tient-on la comptabilité de l’assistance étrangère ?

Qui a le décompte des fonds promis ? Des dépenses effectuées sur place versus le pays donateur ?

Qui sait le nombre d’emplois créés ici par l’aide ? Qui contrôle les salaires versés versus les avantages pour les experts ?

Qui demande des comptes sur les projets annoncés et jamais réalisés ou achevés à moitié ou qui trainent des malfaçons et autres vices ?

Haïti se contente d’être demandeur. Nous ne sommes pas regardants sur l’aide reçue. Ni sur sa qualité. Ni sur son apport. Ni sur les problèmes qu’elle engendre aux nationaux, à la production nationale, aux déséquilibres de toutes sortes qu’entraîne un don, un prêt, une annulation de dette.

Personne ne fait une efficace police de l’aide. Alors quand on découvre qu’en 2011 Oxfam a émis un communiqué pour annoncer que des employés avaient été renvoyés pour inconduite, cela n’a titillé la curiosité de personne.

Combien de responsables haïtiens s’étaient dit à l’époque que l’argent des donneurs appartient aux donneurs et ils ont le droit d’en faire ce que bon leur semble… ?

Combien d’Haïtiens se demandent aujourd’hui encore en quoi le scandale Oxfam nous concerne ?

Combien d’entre nous essaient de décrypter le signal d’alerte derrière le malaise des prostituées payées avec l’argent de l’aide ?

En fait, en notre nom, pendant que vous lisez ces lignes, de l’argent est dépensé pour Haïti sans que personne ici s’en soucie ni s’en inquiète.

Haïti est le paradis de l'aide. Une aide sans objectif clair, sans évaluation soutenue, sans résultats vérifiés. Sans indicateur de performance. Sans finalité des fois. De l’aide mise d'abord au service du donneur. Pas du pays le plus pauvre de l’hémisphère.

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